CTA
Petite police
Polic moyenne
Grande police
English |
Passer à l'anglais
Français
Passer au français
Filtrer par Questions agricoles
Produits de base
Régions
Type de publication
Filtrer par date

Différentes approches de la promotion de la transformation et du commerce du manioc

17 octobre 2014

Des informations de presse récentes d'Afrique australe et occidentale ont souligné les approches très différentes qui peuvent être adoptées pour promouvoir la transformation et le commerce du manioc.

Au Malawi, la production de farine de manioc de qualité supérieure a été développée par une association d'agriculteurs, la Nkhotakota Cassava Processors Association (NCPA). Cela a nécessité un niveau d'organisation élevé et une formation pour garantir que les souches de manioc appropriées soient produites, manipulées et livrées pour transformation de manière à permettre une production de farine de manioc de qualité supérieure. Cela a également exigé des efforts soutenus pour identifier et développer des marchés fiables, qui ont été considérés comme indispensables pour accroître la production de farine de manioc de qualité supérieure. L'association a développé des entreprises locales, dont les acheteurs en vrac Maldeco Fisheries et Universal Industries.

La NCPA s'est concentrée sur le développement du marché local afin de fournir un débouché et un revenu fiables aux agriculteurs cultivant du manioc dans le cadre de l'association, qui gère la meunerie et la commercialisation de la farine de manioc de qualité supérieure. La demande se développe actuellement, et une association nationale de transformateurs de manioc est en phase de création pour rassembler les cinq associations de transformateurs existantes afin de satisfaire cette demande croissante. Des efforts sont en cours pour améliorer l'infrastructure de base dans les zones de production et de transformation (par ex. garantir l'accès à l'eau potable), améliorer les technologies utilisées, et renforcer les compétences des associations de producteurs et transformateurs, y compris dans le domaine capital de la commercialisation.

Si la production de farine de manioc au Malawi se situe à une extrémité du spectre, la production et la transformation du manioc au Nigeria se trouvent à l’autre extrémité, le Nigeria étant le plus grand producteur de manioc du monde (18 % de l'offre mondiale). Au Nigeria, les efforts se poursuivent pour promouvoir le mélange de la farine de manioc avec la farine de blé par le biais d'exigences de mélange obligatoires dans les produits de boulangerie. Toutefois, ces efforts se heurtent non seulement à des contraintes techniques mais aussi à une concurrence commerciale. Des informations de presse parues à la fin juillet 2014 ont souligné que le Nigeria était prêt à « obtenir au moins 1,3 milliard de dollars des exportations de chips de manioc en 2014 » sur la production actuelle, estimée à 18 milliards $US dans le journal en ligne Business Day du Nigeria.

D'après le ministre de l'agriculture nigérian, des contrats pour l'exportation de 3,2 millions de tonnes de chips de manioc ont été signés en 2013. En 2014, il semble qu'un éventail plus large de marchés d'exportation potentiels s'ouvre au pays. D'après le ministre, « si nous nous tournions vers l'Europe, nous pourrions gagner 1,3 milliard de dollars, si nous approvisionnions la Chine, nous pourrions gagner 803 millions de dollars ». Le ministre a par conséquent exprimé « un intérêt certain à envisager comment [les exportateurs nigérians] peuvent pénétrer » ces marchés potentiels.

Cette concurrence des marchés d'exportation met en lumière les usages de plus en plus diversifiés du manioc. En Asie, le manioc est utilisé à des fins industrielles et énergétiques. L’évolution vers « le développement de la production de manioc à des fins industrielles pour le marché intérieur et d'exportation » est maintenant bien amorcée au Nigeria. 

Commentaire éditorial

La demande de plus en plus diversifiée de manioc, au niveau local et mondial, ouvre potentiellement de véritables opportunités pour les producteurs de manioc en Afrique. Une question se pose dès lors : quelle voie vers le développement de la production et la transformation de manioc offre les meilleurs revenus pour les producteurs de manioc ?

De toute évidence, des questions d'échelle de production se posent ici. Avec 18 % de la production mondiale, le Nigeria doit trouver un marché pour 45 millions de tonnes par an. Au Malawi, les associations de producteurs tentent de trouver des marchés pour la farine de manioc de qualité supérieure pour des centaines ou milliers de tonnes uniquement. Les défis en termes de commercialisation sont par conséquent assez différents.

Cela peut poser un dilemme pour les décideurs politiques nationaux. Les responsables du commerce pourraient avant tout s'inquiéter des problèmes immédiats liés à la balance des paiements et se focaliser sur les marchés d'exportation facilement accessibles pour les chips de manioc, plutôt que d'investir dans des processus à long terme de création de marchés locaux pour le manioc à plus forte valeur ajoutée.

Les responsables du développement agricole et rural, en revanche, pourraient souhaiter promouvoir une transformation locale plus importante et le développement de filières locales du manioc. Cela pourrait cependant exiger des investissements conséquents dans l'infrastructure locale, la formation, l'équipement de transformation, le développement de marchés et l'élaboration de normes de qualité harmonisées.

Ces facteurs peuvent donner lieu à des choix politiques difficiles. À défaut d'obtenir un équilibre entre le développement de marchés particuliers, les efforts visant à promouvoir la chaîne de valeur du manioc pourraient être compromis par les bénéfices commerciaux qui peuvent être obtenus en répondant à la demande mondiale en pleine croissance.

Les estimations de revenus très différentes présentées par le ministre nigérian de l'agriculture pour l'approvisionnement du marché européen, comparé au marché chinois, soulignent les pressions commerciales bien réelles qui existent en termes de ciblage des marchés d'exportation les mieux cotés.

Un tel ciblage à court terme des exportations pourrait cependant ne pas fournir les gains à long terme en matière de développement rural qu’offre l'utilisation commerciale croissante de ce légume-racine polyvalent. 

Commenter

Termes et conditions