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L’USDA critique à nouveau implicitement la politique nigériane dans le secteur du blé

18 janvier 2014

D’après un rapport de l’USDA, la production de blé nigériane a chuté de 10,5 %, passant de 95 000 tonnes en 2011/12 à 85 000 tonnes en 2012/13. Ceci est imputable aux conditions climatiques locales défavorables et aux menaces persistantes des activités de Boko Haram dans la principale région de culture du blé.

La demande de blé, cependant, reste élevée et est en augmentation (4,2 millions de tonnes prévues en 2013/14, contre 4,1 millions de tonnes en 2012/13). Alors que l’évolution des préférences des consommateurs génère une augmentation de la demande de blé, les récents changements fiscaux (une augmentation du droit d’importation de 5 % à 20 %) sont susceptibles de provoquer une contraction de 6,25 % de la consommation en 2013/14.

Le gouvernement nigérian a annoncé des plans visant à augmenter le pourcentage obligatoire de farine de manioc à mélanger avec la farine de blé dans le secteur de la boulangerie, pourcentage qui passera de 10 % à 40 % d’ici 2015, dans le but de réduire la facture des importations de blé. L’introduction de ces mesures politiques a provoqué une « hausse des prix de la farine de blé et d’autres aliments à base de blé ». S’agissant de la politique de mélange de farine de manioc du gouvernement nigérian, l’USDA note que, si « l’inclusion du manioc dans le pain était réellement faisable, le Nigeria ne serait pas en mesure de satisfaire la demande de manioc en raison d’une production de manioc du pays insuffisante ».

L’écart important et grandissant entre production et consommation est comblé par les importations, les États-Unis représentant traditionnellement environ 75 % de celles-ci, faisant du Nigeria le troisième plus grand marché d’exportation pour le blé américain. La hausse des prix induite par les mesures politiques gouvernementales incite les importateurs à rechercher des sources d’approvisionnement meilleur marché.

La capacité installée des minoteries au Nigeria est de 6,2 millions de tonnes, cette capacité ayant été utilisée à 50 % en 2012/13. L’USDA suggère que le gouvernement nigérian serait bien avisé de « renforcer son économie en explorant les marchés nationaux et d’exportation en pleine croissance pour la farine de blé et d’autres produits alimentaires transformés à base de blé ». Elle affirme que, « vu la capacité non utilisée de plus de 3 millions de tonnes, les marchés nationaux et régionaux manquant de nourriture, et la main-d’œuvre au chômage prête à travailler (…), les meuneries et d’autres industries de transformation du blé pourraient être développées rapidement et pourraient fortement contribuer à l’économie du pays ».

 Nigeria : production, consommation, importations et exportations de blé, campagnes de commercialisation 2011/12-2013/14 (en tonnes)

  Campagne de commercialisation 2011/12 Campagne de commercialisation 2012/13 Campagne de commercialisation 2013/14
Production 95000 85 000 80 000
Consommation 3 515000 4 085 000 3 830 000
Importations 3 900 000 4 100 000 4 200 000
Exportations 480 000 100 000 450 000

Source : USDA, « Nigeria – Grain and feed update », GAIN Report, 24 octobre 2013 (voir ci-dessous).

Commentaire éditorial

Dans un contexte où la production nationale de blé représente entre 2,1 % et 2,7 % de la consommation nationale et où une importante capacité des minoteries demeure inutilisée, une politique ayant pour objectif de faire du Nigeria une base de fabrication de produits à plus forte valeur ajoutée à base de blé à destination des marchés nationaux et régionaux serait fortement souhaitable. Une telle politique pourrait augmenter le nombre d’emplois du secteur formel (dans les transports, la fabrication et la distribution de produits à base de blé) et réduire le coût net des importations, grâce à l’essor des exportations de produits à base de blé à plus forte valeur ajoutée.

Ce type d’approche politique sous-tend la trajectoire de la réforme de la PAC de l’UE, qui entend orienter le secteur agroalimentaire de l’UE vers la production de produits agricoles différenciés en termes de qualité et de produits alimentaires à plus forte valeur ajoutée à destination des marchés européens et mondiaux. Cette production utilise à la fois des matières premières agricoles nationales et internationales, la production interne étant soutenue par des niveaux élevés de soutien du secteur public aux revenus agricoles. Ceci doit être envisagé dans le contexte d’une agriculture qui représente 4,9 % de la main-d’œuvre économiquement active dans l’UE et 1,8 % du PIB (les chiffres comparables pour les États-Unis sont de 2,3 % et 1,2 %).

Dans un contexte comme celui du Nigeria, où l’agriculture représente 70 % de l’emploi et 30,9 % du PIB, les choix politiques sont plus difficiles, en particulier si la logique privilégiant la transformation à plus forte valeur ajoutée est appliquée dans toute une série de secteurs agricoles (par ex. le sucre et les produits laitiers).

Ils sont en outre compliqués par le fait que la part de l’industrie dans le PIB au Nigeria est passée de 6 % en 1985 à 4 % en 2011, ce qui laisse supposer des contraintes sérieuses sur la compétitivité de la fabrication au Nigeria, notamment dans le secteur agroalimentaire.

Néanmoins, des questions restent en suspens concernant l’efficacité des mesures politiques actuelles liées au secteur du blé, étant donné l’énorme déficit de production par rapport à la consommation de blé au Nigeria.

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