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Le prix du blé fait grimper l’indice FAO des prix alimentaires

26 septembre 2010

D’après la FAO, « la hausse des prix du blé a fait grimper de 5 % les prix mondiaux des produits alimentaires au mois d’août, soit l’augmentation la plus marquée d’un mois sur l’autre observée depuis novembre dernier ». La récolte de blé de 2010, à 646 millions de tonnes, affiche un recul de 5 % par rapport à 2009, mais constitue néanmoins le troisième meilleur résultat jamais atteint. Les stocks de blé affichent bel et bien un recul de 9 %, mais par rapport à leur niveau d’ouverture record sur 8 ans.

La hausse des prix du blé « a porté l’Indice FAO des prix alimentaires à son plus haut niveau depuis septembre 2008, même s’il reste inférieur de 38 % à son record de juin 2008 ».

Bien que la FAO prévoie une baisse de 6 millions de tonnes de la production de céréales secondaires par rapport aux premières prévisions, ce chiffre reste toutefois légèrement plus élevé que celui de 2009, le deuxième meilleur résultat jamais obtenu.

Dans l’ensemble, la dernière mise à jour de la FAO montre que « les prévisions de la production céréalière mondiale de 2010 ont été revues à la baisse pour s’établir à 2 238 millions de tonnes, soit 41 millions de tonnes de moins que les estimations de juin (à 2 279 millions de tonnes) ». La production devrait néanmoins être la « troisième récolte la plus importante jamais enregistrée et supérieure à la moyenne sur cinq ans ».

D’après la FAO, « selon les prévisions actuelles, l’utilisation mondiale de céréales dépasserait légèrement la production en 2010/11, ce qui porterait à une contraction de 2 % des stocks mondiaux de clôture [c’est-à-dire le volume total des stocks de blé détenus à travers le monde] par rapport à leurs niveaux d’ouverture record sur 8 ans, et à une légère baisse du rapport stocks-utilisation ». A 23 %, toutefois, ce rapport demeurerait nettement supérieur aux 19,5 % de la période de crise 2007/08.

La flambée des prix du blé a pris plusieurs négociants par surprise, et pas seulement les commentateurs agricoles. Plusieurs analystes ont du mal à justifier les hausses de prix au vu de l’offre mondiale plutôt abondante. Sur le marché du blé, par exemple, bien que la Russie ait interrompu les exportations en raison des températures élevées et d’une sécheresse sévère et que le Canada ait été touché par les inondations, la production australienne a connu une reprise après une terrible sécheresse et les récoltes aux États-Unis s’annoncent plutôt bonnes. Dans l’ensemble, par conséquent, aucune pénurie n’est prévue. Dans ce contexte, la FAO devrait consacrer une journée spéciale à l’examen des « récentes perturbations du marché céréalier mondial ».

D’après les rapports de Reuters, à la lumière des développements intervenus sur les marchés céréaliers mondiaux, le président français Nicolas Sarkozy devrait utiliser sa position de président du G20 pour appeler à un examen des moyens « pour limiter la volatilité des taux de change et des prix des matières premières ». Il a décrit la volatilité, dont la flambée actuelle des prix du blé est un symptôme, comme « extrêmement destructrice », et a appelé à une réglementation semblable à celle appliquée aux marchés des produits dérivés financiers. Les analystes suggèrent que bien que la « spéculation débridée » sur les marchés céréaliers n’ait pas provoqué la hausse des prix du blé, elle l'a « considérablement accéléré ». Les analystes de l’ONG allemande Germanwatch affirment que « les investisseurs ont exploité l’offre plutôt faible découlant des conditions climatiques régionales extrêmes, qui n’étaient cependant pas dramatiques à l’échelle mondiale, en achetant des volumes à terme importants et en échauffant les marchés céréaliers ».

Les répercussions politiques de la hausse des prix du blé ont déjà été ressenties dans les pays ACP, des émeutes de la faim au Mozambique ayant entraîné la mort de plusieurs personnes.

Commentaire éditorial

La situation actuelle sur le marché du blé est assez différente de la situation au cours de laquelle les prix ont flambé en 2007 et début 2008. De fait, les prix du blé en juin 2010 avaient atteint leur niveau le plus bas depuis 2005, puisque les stocks étaient élevés en raison d’une hausse de la production stimulée par la hausse antérieure des prix. Cette hausse imprévue des prix du blé pourrait bien pousser les membres du G20 des pays du Sud à soutenir l’appel du président Sarkozy pour une action mondiale pour réglementer la spéculation sur les produits alimentaires de base. Sous la direction de Michel Barnier, commissaire désigné pour le marché intérieur, la Commission européenne va entreprendre une vaste consultation sur une éventuelle initiative pour renforcer la réglementation des marchés européens de produits de base, avec une conférence publique organisée à Bruxelles le 21 septembre.

Au sein de l’Europe, la réglementation des produits de base était autrefois considérée comme une responsabilité nationale, mais plusieurs Européens – et pas seulement les Français – considèrent qu’elle a été poursuivie sans grand enthousiasme au Royaume-Uni tout au plus, où la plupart des grands marchés européens sont situés (bien que les contrats à terme sur le blé meunier soient négociés à Paris). Dans les circonstances actuelles, le Royaume-Uni pourrait avoir du mal à mobiliser des alliés européens désireux de les rejoindre dans le combat contre une réglementation plus stricte des achats spéculatifs sur les marchés des produits de base.

Les initiatives politiques visant à limiter la spéculation et à réduire la volatilité sur les marchés des produits alimentaires de base profiteraient considérablement aux pays ACP importateurs alimentaires nets. En outre, une action efficace pour limiter la spéculation pourrait également fournir un environnement plus stable pour l’élaboration de stratégies de développement agricole dans les pays ACP et la poursuite de politiques commerciales agricoles régionales communes dans les différentes régions ACP. Cela pourrait ouvrir la voie à des innovations agricoles commercialement viables qui permettraient de mieux protéger les régions ACP des effets du changement climatique.

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