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Défis commerciaux dans le secteur de la viande de bœuf d’Afrique de l’Ouest

10 août 2014

D’après une analyse de l’université de Wageningen, les gouvernements ouest-africains entendent faciliter l’investissement du secteur privé afin de promouvoir des formes plus intensives d’élevage de bétail. L’analyse met en exergue le rôle des petits éleveurs traditionnels, notant que le bétail est majoritairement vendu sur pied et au sein de la région.

Cependant, l’analyse de Wageningen relève que, dans des pays tels que le Mali, « la production de viande des éleveurs traditionnels ne contribue pas réellement à la sécurité alimentaire locale en matière de viande de bœuf ». En effet, elle considère que la plupart des éleveurs ouest-africains n’ont qu’un intérêt limité dans les ventes commerciales de bœuf.

L’analyse met en avant les efforts importants consentis, depuis 2005, par la CEDEAO pour « rationaliser les politiques régionales en matière d’élevage qui entravent la production et le commerce », avec un plan d’action régional visant à développer le secteur du bétail approuvé en 2009. L’analyse de Wageningen remet en question la faisabilité économique de certains aspects de ce plan d’action, liés à l’amélioration de l’offre de fourrage, à l’élargissement des contrats d’assurance pour couvrir les éleveurs et à la garantie des revenus de ces derniers.

L’analyse note que, si « la plupart des pays en Afrique de l’Ouest ont maintenant des couloirs sanitaires relativement efficaces avec des services de contrôle aux postes-frontière », il reste encore beaucoup à faire en ce qui concerne les maladies telles que la pleuropneumonie contagieuse bovine (PPCB) et la fièvre aphteuse. Elle estime que, dans la plupart des systèmes de production de viande bovine d’Afrique de l’Ouest, « les coûts des traitements vétérinaires autres que les vaccins sont élevés comparés à la valeur marchande des animaux ».

Toute une série d’initiatives approuvées ou soutenues par la CEDEAO ont été lancées pour « alléger les contrôles formels à la frontière et les taxes informelles (c’est-à-dire illégales) ». Les systèmes basés sur des couloirs de transport mis en œuvre en association avec les parties prenantes du secteur de l’élevage ont remporté un certain succès dans la réduction du nombre de contrôles et de paiements non officiels le long des chaînes d’approvisionnement intra-régionales.

Cependant, l’absence de traçabilité garantissant la transformation et le transport hygiéniques de la viande de bœuf vendue au sein de la région reste problématique. Des marges existent pour améliorer l’alimentation animale utilisée, la transformation dans les abattoirs et la gestion de la chaîne du froid afin de renforcer la qualité des produits fournis aux consommateurs finaux.

Au plan politique, l’analyse affirme que, si on les compare à l’UE, les politiques de la CEDEAO « ne sont pas vraiment présentes dans le débat public », certains analystes exagérant « la force réglementaire que la CEDEAO pourrait exercer pour impulser un commerce local plus important ».

S’agissant du commerce international, l’analyse de l’université de Wageningen note que les exigences SPS établies par l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) compliquent la vente des produits d’origine animale d’Afrique de l’Ouest sur les marchés internationaux, ceux-ci ayant une législation plus stricte en matière de traçabilité, ce qui ne fait qu’exacerber les problèmes.

Un des domaines d’action possibles identifié par l’analyse de Wageningen a trait à l’apport d’un soutien plus important au développement d’initiatives régionales privées, à l’amélioration de la transformation des produits d’origine animale, ainsi qu’au renforcement des stratégies de commercialisation des produits. S’agissant du renforcement de la commercialisation, le rapport affirme que les régions semi-arides ont un avantage comparatif dans la production de viande maigre ; dans ce contexte, il serait utile d’améliorer l’image de marque et le marketing, ceci s’inscrivant dans le cadre d’une vision prospective pour le développement du commerce intra-régional dans le secteur du bœuf.

Commentaire éditorial

La demande croissante de bœuf importé en Afrique de l’Ouest est en partie liée aux développements dans le secteur de la vente de détail dans les zones urbaines des pays côtiers. Le nombre de supermarchés desservant des consommateurs ayant des revenus plus élevés (même s’ils ne représentent encore qu’une faible proportion du secteur de la vente de détail global) augmente rapidement. Ces supermarchés ont des soucis majeurs en termes de sécurité des denrées alimentaires, du fait de l’absence de traçabilité et d’assurance qualité sur le bœuf approvisionné localement, ce qui les incite à se tourner davantage vers un approvisionnement extra-régional.

Il serait judicieux de développer des chaînes d’approvisionnement locales de la viande de bœuf liées aux parcs d’engraissement commerciaux et aux transformateurs locaux, qui ont établi des systèmes de traçabilité plus fiables pour garantir une production de bœuf plus hygiénique et plus sûre, conforme aux demandes de la clientèle des supermarchés (par ex. au Ghana).

Bien que l’analyse suggère qu’il existe des tensions politiques entre, d’une part, une agriculture visant l’approvisionnement alimentaire local et la génération de revenus et, d’autre part, une agriculture industrielle pour satisfaire la demande alimentaire urbaine, il semblerait qu’il y a place pour des initiatives politiques capables de répondre à ces deux préoccupations.

Par exemple, le développement de la commercialisation de morceaux de viande de bœuf maigre produits à partir d’un élevage extensif de bétail permettrait à ce segment du secteur de la viande bovine d’Afrique de l’Ouest de contourner le défi concurrentiel posé par les importations de bœuf, en ciblant les segments de marché concernés par la consommation excessive de viande grasse. Toutefois, cela exigerait d’aborder également les problèmes liés à la transformation et au transport hygiéniques de cette viande. Par ailleurs, aux alentours des zones urbaines, il serait peut-être utile d’agrandir les parcs d’engraissement et les installations de transformation conformément aux exigences des acheteurs des supermarchés.

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