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Un nouveau règlement en matière d’importation de bétail d’Afrique du Sud met en lumière les difficultés à établir des régimes d’importation SPS à l’échelle de la région

20 août 2014

Le 1er mai 2014, les autorités sud-africaines ont imposé des exigences vétérinaires strictes pour l’importation d’animaux vivants en provenance de Namibie. La nouvelle exigence réglementaire devait normalement être introduite à compter du 31 décembre 2013. Toutefois, après des consultations bilatérales, la mise en œuvre a été provisoirement reportée. Après ces consultations, les autorités namibiennes pensaient qu’un accord avait été obtenu pour maintenir les exigences existantes pour les importations en provenance de la Namibie ; toutefois, les nouvelles exigences pour toutes les importations de bétail vers l’Afrique du Sud ont été introduites à compter du 1er mai.

Entre autres mesures, il est demandé que « les exportateurs de bétail et de produits du bétail (…) fournissent une identification individuelle pour les ovins, ainsi qu’une preuve de vaccination contre l’anthrax au moins 14 jours, mais pas plus de 12 mois, avant les exportations ». Il est exigé en outre « une preuve de traitement contre tous les parasites internes et externes et la preuve que les animaux proviennent d’une région exempte de la maladie de la fièvre aphteuse ». Les coûts des mesures requises suscitent des préoccupations majeures, car ils peuvent miner la viabilité commerciale de l’élevage dans certains sous-secteurs.

Le secteur du bétail de la Namibie – dont dépendent quelque 70 % de ses 2,2 millions d’habitants – exporte en moyenne 160 000 veaux sevrés, 240 000 chèvres et 100 000 moutons vers l’Afrique du Sud chaque année. Après l’introduction des nouvelles exigences le 1er mai dernier, peu d’animaux vivants ont été exportés (seulement 2 400 chèvres vivantes ont été exportées vers la province de KwaZulu-Natal début juin 2014). Ceci est conforme à l’impact commercial immédiat escompté des mesures, un impact qui avait été prédit aussi bien par le gouvernement que par les organes du secteur privé avant l’imposition des nouvelles exigences.

Le 10 juin, les autorités sud-africaines ont annoncé un assouplissement des exigences pour « l’abattage du bétail et l’abattage des moutons », appliqué aux « animaux qui seront abattus immédiatement ainsi qu’à ceux envoyés aux parcs d’engraissement ». Un accord sur les exigences en matière d’importation devrait être conclu à la mi-juillet, ce qui devrait relancer le commerce.

Ce différend SPS avec l’Afrique du Sud a conduit le gouvernement namibien à demander davantage d’investissements dans les abattoirs locaux, les parcs d’engraissement et la production de céréales fourragères pour réduire la dépendance à l’égard des exportations d’animaux vivants. Toutefois, pour les petits cheptels, trouver des marchés pour la viande en tant qu’alternative aux exportations d’animaux vivants pourrait s’avérer particulièrement compliqué étant donné la nature spécifique des composantes de marché desservies en Afrique du Sud. 

Commentaire éditorial

Un certain nombre de problèmes plus généraux découlent du différend actuel sur le bétail opposant la Namibie et l’Afrique du Sud.

Le premier a trait au délai relativement court entre l’annonce des changements imminents (11 décembre 2013) et leur mise en œuvre (1er mai 2014). Vu l’ampleur des changements proposés, l’interruption des échanges commerciaux était inévitable. Les enchères locales dans les zones communales en vue de rassembler les veaux pour une vente ultérieure en Afrique du Sud ont été supprimées, ce qui a eu un effet immédiat sur la trésorerie des agriculteurs communaux. Bien que la reconstitution des cheptels après la sécheresse atténue certains effets immédiats, des opportunités de marché plus limitées devraient engendrer une chute des prix du bétail. De toute évidence, si l’on veut éviter une perturbation du commerce régional, des délais plus longs seront requis pour l’introduction progressive des nouvelles mesures SPS.

Le deuxième problème concerne l’ampleur des nouvelles mesures. Dans certains cas, elles vont plus loin que les exigences nationales (c’est-à-dire la reconnaissance par l’Organisation mondiale de la santé animale – OIE – comme étant exempt de pleuropneumonie contagieuse bovine, alors qu’aucune région d’Afrique du Sud ne bénéficie encore de ce statut).

Le troisième problème touche à l’élaboration d’exigences d’importation harmonisées en matière de maladies animales sur l’ensemble de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC). Ce point inquiète tout particulièrement le gouvernement namibien, car « les conditions zoosanitaires ne sont pas nécessairement les mêmes dans les pays respectifs ». Le gouvernement namibien affirme que sa zone de production internationalement reconnue comme exempte de la maladie de la fièvre aphteuse, et ses mesures de contrôle et de prévention des maladies animales extrêmement efficaces, le placent dans une situation complètement différente en ce qui concerne ses « déclarations de position » (SOPS en anglais – qui ont trait aux procédures de comptabilité et de reporting), par rapport aux autres producteurs régionaux de bétail.

Ceci suggère que des difficultés majeures sont susceptibles d’être rencontrées pour établir des exigences SPS communes à l’échelle de la région en tant que base pour le commerce intra-régional de bétail. Le risque est que la barre soit placée trop haut, bloquant ainsi les échanges commerciaux, ou trop bas, portant ainsi préjudice au statut zoosanitaire international du pays. Les contraintes de capacité institutionnelle, cependant, semblent limiter les possibilités d’établir des exigences SPS nuancées et basées sur des évaluations des risques.

Un dernier problème a trait à l’effet protectionniste des mesures tel qu’il est perçu. Alors que la Namibie exporte normalement environ 160 000 veaux vers l’Afrique du Sud chaque année, en 2013, l’impact de la sécheresse s’est traduit par des exportations de 260 765 têtes de bétail, contre seulement 68 196 têtes en 2012. D’où une vague de protestations des producteurs de bétail sud-africains, et des suspicions en Namibie quant au calendrier des nouvelles mesures qui serait davantage le résultat de pressions des producteurs de bétail sud-africains que de préoccupations zoosanitaires sous-jacentes. Cela souligne les dangers que les préoccupations SPS soient détournées au profit d’intérêts commerciaux.

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