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Lettre d’information agriculture – janvier 2012

01 janvier 1970

Les structures commerciales changeantes de la viande de bœuf et les pays ACP

12 novembre 2011

Le 23 août 2011, l’Uruguay est devenu le cinquième pays à bénéficier d’un quota d’exportation en franchise de droits de la part de l’UE pour 20 000 tonnes de bœuf de qualité supérieure, après les États-Unis, la Nouvelle-Zélande, l’Australie, l’Argentine et le Canada. Depuis la limitation de l’accès au marché de l’UE des exportations de bœuf brésilien pour des raisons sanitaires et phytosanitaires en 2008, l’Uruguay est devenu le deuxième plus gros exportateur de bœuf vers l’UE, suivi de près par l’Argentine.

L’Uruguay approvisionne environ 20 % (6 300 tonnes) du « quota de bœuf Hilton ». L’accès au titre de ce quota est accordé au bœuf nourri au pâturage. D’après l’USDA, « nul ne sait dans quelle mesure l’Uruguay sera en mesure de mettre en œuvre assez rapidement une production de céréales fourragères, tel que requis pour le nouveau quota ».

Importations européennes de viande de bœuf fraîche et congelée (en tonnes)

  2009 2010 2011 Variation 2010/11
(%)
Monde 201 751 214 704 192 897 – 10,16
Argentine 69 513 62 441 46 158 – 26,08
Brésil 25 848 43 037 43 003 – 0,08
Uruguay 54 223 52 753 42 889 – 18,70
États-Unis 6 374 9 308 14 370 + 54,38
Australie 10 329 9 412 10 969 +16,84
Nouvelle Zélande 10 750 9 648 10 542 +9,27
Canada 607 564 603 +6,93

L’USDA fait état d’une augmentation éventuelle du quota de la viande de bœuf de qualité supérieure, qui passera de 20 000 tonnes à 48 200 tonnes au cours de la prochaine période. Cela doit être envisagé dans le contexte de l’évolution de la production de viande de bœuf dans l’UE. D’après l’USDA, le cheptel bovin de l’UE devrait diminuer de 4 % à mesure que « les subventions seront progressivement éliminées et que les coûts des intrants augmenteront ». Cela devrait augmenter la demande d’importations, sans toutefois atteindre les niveaux de la période 2002-2007, étant donné les restrictions des approvisionnements et une demande plus faible de l’UE.

Onze ministres européens de l’agriculture ont appelé la CE à « agir pour soutenir le secteur de la viande bovine dans l’UE », les ministres soulignant qu’un accord commercial bilatéral avec le Mercosur « pourrait sérieusement compromettre la survie du secteur de la viande bovine ». Le commissaire à l’agriculture Dacian Cioloş a mis sur pied un groupe de travail chargé d’examiner la situation dans le secteur de la viande bovine de l’UE. Celui-ci devrait élaborer des propositions concrètes qui seront incluses dans le cycle 2013 de réformes de la PAC.

Au même moment, à la lumière des restrictions SPS sur les exportations vers l’UE, le Botswana examine la possibilité d’exporter de la viande de bœuf vers les marchés régionaux en Angola et au Zimbabwe. Le Kenya, un bénéficiaire de la première heure du protocole bœuf mais qui n’a pas exporté de viande de bœuf vers l’UE sur plus de 20 ans, accroît ses exportations vers les marchés du Moyen-Orient.

Commentaire éditorial

L’importance de l’accès octroyé à l’Uruguay, d’un point de vue ACP, est liée au fait qu’il offre un accès à des segments de produits de première qualité dits « de luxe » du marché de la viande bovine de l’UE, que les exportateurs ACP tels que la Namibie cherchent de plus en plus à desservir, dans le cadre de leur réponse à l’érosion de la valeur des préférences traditionnelles du secteur du boeuf. Bien que les volumes disponibles en vertu de ce quota soient faibles, la concurrence est exercée sur un segment spécifique du marché où le volume global des ventes est également faible.

Le défi pour les exportateurs ACP de viande de bœuf différenciée en termes de qualité est d’établir et de consolider leurs relations commerciales avec les segments de première qualité du marché de l’UE, avant que les principaux exportateurs de bœuf ne soient en mesure de développer leur production pour desservir ces segments particuliers. Ce processus gagnerait à bénéficier d’un soutien ciblé de type « aide pour le commerce » pour développer ces relations commerciales. Une « aide pour le commerce » gagnerait également à être fournie à l’appui des efforts actuels visant à augmenter le volume de bétail de qualité proposé à la vente par les petits exploitants.

Les propositions de la CE du 30 septembre 2011, visant à modifier les accords d’accès au marché de décembre 2007 pour les pays ACP qui avaient paraphé un APE, doivent être envisagées dans ce contexte.

La perte de l’accès en franchise de droits et de contingents imposerait à la Namibie des droits de douane NPF de 12,8 % plus 3 034 € par tonne. Les perspectives d’une perte éventuelle de l’accès en franchise de droits et de contingents dans ce contexte pourraient par conséquent saper les efforts actuels visant à consolider les accords de commercialisation pour la viande de boeuf de première qualité dans le contexte de l’élargissement de l’accès en franchise de droits des fournisseurs non ACP compétitifs. 

Des accords d’approvisionnement à long terme en vue dans le secteur du cacao de la République dominicaine

12 novembre 2011

Une initiative financée par l’USAID, d’une durée de 5 ans, visant à apporter un soutien pour augmenter le rendement et la qualité de la production de cacao en République dominicaine a été annoncée. Cela s’inscrit dans le cadre de l’initiative mondiale « Cocoa Partnership Initiative » (initialement lancée par Cadbury en 2008 au Ghana, où 60 000 familles sont aidées par le biais d’une initiative impliquant Kuapa Kokoo – une coopérative de commerce équitable – et le Cocoa Board du Ghana, ainsi que d’autres programmes en Inde et en Asie du Sud-Est, et également aux Caraïbes).

Le programme en République dominicaine entend préparer la prochaine génération de producteurs de cacao en proposant une formation à près de 10 000 producteurs de cacao à petite échelle sur de meilleures techniques de culture et pratiques post-récolte. L’objectif central du programme est « d’augmenter l’offre de cacao du commerce équitable biologique et d’offrir une prime sociale supplémentaire pour des investissements communautaires et des améliorations de la productivité ». D’après les articles de presse, « Kraft Foods est déjà le plus grand acheteur de cacao commerce équitable et de cacao commerce équitable biologique ». D’ici la fin 2011, l’objectif sera de convertir l’ensemble de la gamme de chocolats Green & Black’s à l’utilisation du cacao biologique certifié commerce équitable.

Au même moment, après avoir atteint leur niveau le plus bas sur deux ans, les prix mondiaux du cacao affichent une légère reprise grâce à une augmentation d’année en année de 8,5 % du broyage de cacao en Europe occidentale. Cela est cependant partiellement lié au restockage, après l’épuisement des stocks consécutif à la crise en Côte d’Ivoire et à la demande croissante dans « les pays émergents où la consommation augmente fortement en raison des prétendus bienfaits de la fève de cacao pour la santé ». L’industrie européenne est le principal fournisseur sur ces marchés. Toutefois, vu la croissance soutenue des rendements des producteurs arrivant en deuxième position tels que le Cameroun et le Nigeria, cette tendance à la hausse des prix devrait bientôt arriver à son terme.

Commentaire éditorial

Cette initiative en République dominicaine doit être envisagée dans le contexte des efforts visant à développer un collectif du cacao caribéen mettant l’accent sur la promotion de la valeur ajoutée du cacao pour assurer l’avenir de l’industrie caribéenne du cacao. Les Caraïbes sont déjà réputées pour leur germoplasme de cacao fin, et sept pays des Caraïbes travaillent en étroite collaboration à cet égard : Belize, Dominique, République dominicaine, Grenade, Jamaïque, Haïti et Trinité-et-Tobago.

Les efforts actuels visant à développer le secteur sont axés sur deux niveaux :

  • L’amélioration de la productivité sur le terrain. Cela inclut une initiative conjointe par la Cocoa Research Unit (CRU) de l’Université des West Indies et le Centre pour le développement de l’entreprise (CDE), une institution régionale ACP-UE, visant à augmenter substantiellement la productivité agricole et la production de cacao en soutenant la fourniture d’un matériel de culture amélioré, la promotion de meilleures pratiques sur le terrain et de fermentation des fèves, de techniques de séchage au soleil et un programme de « formation des formateurs » pour diffuser très largement les innovations dans la production de cacao.
  • La recherche menée par la CRU sur le développement de produits le long de la filière du cacao, notamment la recherche sur les liqueurs, les chocolats noirs, la pectine, les sirops, etc., grâce à laquelle l’industrie caribéenne du cacao à plus forte valeur ajoutée pourra se renforcer.

En cas de mise en œuvre effective du soutien proposé au titre de la Cocoa Partnership Initiative avec Kraft financée par l’USAID, la République dominicaine devrait considérablement augmenter sa productivité agricole et sa production de cacao, et de fait promouvoir une nouvelle génération de producteurs de cacao. Toutefois, nul ne sait comment ces initiatives s’intègrent bien avec les efforts régionaux visant à promouvoir la transformation locale à plus forte valeur ajoutée de cacao fin. Potentiellement, ces accords, même lorsqu’ils sont basés sur une production « équitable » et biologique, cantonnent encore les producteurs caribéens à l’exportation de matières premières relativement peu transformées. Cela semble perpétuer le modèle agricole traditionnel de production de matières premières pour l’exportation vers les transformateurs européens et nord-américains.

Il ne fait aucun doute que la promotion d’un cacao commerce équitable et biologique offre des possibilités de croissance au secteur agricole à petite échelle et plus largement à l’économie rurale. Parmi les systèmes actuels de différenciation de produits sur la base de la qualité, seul le système de certification commerce équitable garantit des prix aux producteurs supérieurs aux prix du marché pour le cacao (voir article Agritrade «  Le commerce de produits durables et biologiques ne cesse de se développe... », mai 2011). Toutefois, du point de vue du développement d’une industrie à plus forte valeur ajoutée de renommée mondiale et proposant des produits haut de gamme basés sur une matière première de qualité, c’est-à-dire un cacao fin, ce nouvel accord pourrait ne pas être le meilleur moyen par lequel ces objectifs pourront être réalisés ou maintenus.

Le grand défi semble être de s’assurer que les investissements dans l’amélioration de la qualité de la production aient lieu dans un cadre permettant le développement progressif de la transformation locale à plus forte valeur ajoutée pour les marchés de produits alimentaires haut de gamme. Dans ce contexte, il semble nécessaire de garantir la transparence dans le fonctionnement des chaînes d’approvisionnement et des investissements dans l’organisation autonome des producteurs de cacao, liés à des initiatives régionales de plus grande envergure pour développer progressivement l’industrie du cacao, de la fève à un produit haut de gamme à plus forte valeur ajoutée.

Dimensions agricoles de l’examen des politiques commerciales de l’OMC pour la Guinée

12 novembre 2011

L’OMC a publié un examen des politiques commerciales pour la Guinée, et son analyse souligne les conditions macro-économiques et de gouvernance difficiles qui entourent la mise en œuvre de la politique commerciale dans le pays. L’examen note l’alignement des droits de douane NPF de la Guinée avec le TEC de l’UEMOA. Tous les produits agricoles sont liés à des taux plafond. Le Secrétariat de l’OMC note que « la moyenne des taux consolidés est d'environ 39 % pour les produits agricoles et 11 % pour les produits non agricoles ». Il relève qu’au printemps 2011 « la liste finale des produits essentiellement agroalimentaires couverts par une cinquième catégorie de droits de douane, au taux de 35 %, a été arrêtée par les États membres de la CEDEAO ». Il note que la Guinée impose également toute une panoplie de redevances, taxes et prélèvements dont le total ajoute jusqu’à 18 points de pourcentage au droit de douane.

Le document affirme que l’agriculture guinéenne bénéficie « de nombreux atouts qui en font l’un des secteurs les plus prometteurs de l’économie », avec seulement un quart des terres agricoles potentielles actuellement exploitées. Aujourd’hui, cependant, l’agriculture guinéenne est essentiellement une agriculture de subsistance et elle est insuffisante pour satisfaire aux besoins nationaux, avec des pénuries fréquentes et des taux élevés de malnutrition. L’une des réponses du gouvernement a été d’imposer des interdictions d’exportation, mais le rapport de l’OMC conclut que ces restrictions « ont conduit à des pertes énormes de part et d'autre des frontières régionales ». La situation est aggravée par le fait que « les importations alimentaires [sont] subventionnées à grands frais par le gouvernement ».

Le rapport de l’OMC note des problèmes de propriété foncière, faisant remarquer que « l'accès limité au crédit et à la vulgarisation agricole constitue une contrainte à l'expansion de la production et des exportations agricoles, et explique en partie la dépendance à l'égard des importations alimentaires subventionnées à grands frais par le gouvernement, ce qui ne peut que décourager l'essor de la production nationale ». En termes de mesures politiques, les intrants agricoles sont exemptés de tous les droits et taxes à l’importation. Il existe une dépendance relativement importante à l’égard de l’aide des bailleurs de fonds pour les approvisionnements d’engrais. Il n’existe pas de cadre juridique en place pour l’importation, la distribution et le contrôle des engrais.

Les exportations agricoles officielles s’élèvent à seulement 15 millions $US par an, malgré le fait que dans les années 1960 la Guinée était le principal exportateur d’ananas et de bananes et un grand exportateur de café.

Le riz est la principale denrée alimentaire, produite dans 80 % des exploitations agricoles, essentiellement sur de petites surfaces pour l'autoconsommation. Toutefois, la Guinée a le potentiel pour produire des volumes importants de riz de qualité supérieure. Bien que les surfaces consacrées à la culture du riz soient en augmentation, les rendements ont largement stagné au cours de la dernière décennie. La Guinée exporterait environ 150 000 tonnes de riz par an dans les pays voisins tels que la Guinée-Bissau ou la Gambie, du riz de qualité inférieure étant importé pour satisfaire à 20 % de la consommation. Il existe une forte concentration de la propriété du commerce du riz (trois entreprises). Les droits à l'importation sont actuellement de 20 % sur le riz en sacs de 5 kilos et moins, et de 10 % sur les sacs de plus de 5 kilos et sur le riz en brisures.

Les autres principales cultures vivrières sont le manioc, le fonio (une espèce nutritive et à croissance rapide de millet) et les arachides. Le commerce de ces produits est libre. Les pommes de terre sont exportées vers les marchés régionaux, des efforts étant actuellement consentis pour développer le secteur. Toutefois, les interdictions d’importation et d’exportation perturbent régulièrement le commerce régional de la pomme de terre.

La Guinée importe de grandes quantités de blé (le pays n’en produit pas) moyennant un droit de douane de 5 %, et de la farine de blé avec un droit de douane de 20 %, et d’autres taxes qui élèvent le droit de douane total à 60 %. Ces droits sont destinés à protéger les minoteries nationales, bien que les articles de presse indiquent une sous-utilisation importante de la capacité installée (une utilisation de 15 %), qui ne satisfait qu’à 20 % les besoins nationaux.

Le pays a connu une augmentation rapide des importations de viande de volaille ces dernières années, à des prix avoisinant seulement 12 % des coûts de la production nationale de viande de volaille. La Guinée importe également des produits laitiers.

Parmi les cultures d’exportation, citons le coton, le café, l’huile de palme, la quinine, le caoutchouc et certains fruits et légumes. Les efforts visant à promouvoir le secteur du coton depuis 1981 se sont largement soldés par un échec, et les causes sont à rechercher dans les politiques de faibles prix d'achat au producteur, les taxes à l'exportation élevées, le manque d’engrais et de financement et « l’état déplorable des pistes menant aux zones de production ». Le pays est actuellement à la recherche de nouveaux partenaires pouvant aider à revigorer le secteur. En mai 2011, le gouvernement a annoncé des plans pour créer une entreprise cotonnière privée dont les parts seraient détenues en grande partie par l’État. Le café guinéen est essentiellement exporté sous forme non calibrée, ce qui lui vaut des prix inférieurs, mais les exportations ne cessent d’augmenter depuis 2005. Les principaux marchés sont le Maroc et l’UE. Les contraintes d’infrastructure freinent le développement du plein potentiel de la production et de l’exportation de produits horticoles. Des exportations informelles importantes de produits d’élevage sont réalisées vers les pays voisins. 

Commentaire éditorial

L’analyse de l’OMC souligne l’importance des problèmes de gouvernance pour les perspectives de développement agricole en Guinée, ceci venant éclipser à la fois le potentiel inhérent et les initiatives sectorielles. L’analyse de l’OMC suggère que cela donne lieu à des politiques commerciales peu transparentes et à une orientation politique qui n’est pas favorable au développement d’une production agricole commerciale nationale. Elle met également en exergue le défi posé aux pays présentant des administrations relativement déficientes, des frontières assez longues et une forte culture du commerce. Il est relativement facile pour les négociants de contourner les restrictions d’exportation de façon à ce que l’effet escompté, consistant à augmenter la disponibilité alimentaire au niveau local, ne se produise pas ; au lieu de cela, le pays ne fait que perdre des devises étrangères. Avec le subventionnement des importations de denrées alimentaires, l’impact sur les finances publiques ne cesse de s’alourdir et ne fait que décourager la production nationale. Tout cela peut avoir pour effet d’augmenter la dépendance à l’égard des politiques visant à réduire la vulnérabilité.

Mis à part renforcer le message sur la nécessité fréquente dans les pays en développement d’accroître la capacité d’approvisionnement en produits agricoles, le rapport de l’OMC rappelle à juste titre l’importance d’adapter toutes les politiques à la capacité de mise en œuvre du gouvernement. Les politiques qui ont l’air bonnes sur le papier sont susceptibles d’avoir l’effet inverse si elles peuvent être facilement contournées par les producteurs et négociants, faisant finalement plus de mal que de bien au pays.

Examen par la Banque mondiale des questions en suspens dans les négociations à l’OMC

09 décembre 2011

La Banque mondiale a publié un rapport passant en revue les questions en suspens dans le cycle de Doha à l’OMC. Les auteurs de l’ouvrage, dans un résumé en ligne, affirment que les négociateurs commerciaux de l’OMC sont confrontés à ce qu’ils décrivent comme un « trilemme », à savoir faut-il mettre en œuvre l’ensemble ou une partie des dispositions de l’accord dans leur mouture actuelle, faut-il les modifier substantiellement, ou laisser tomber Doha et recommencer à zéro ».

Les auteurs affirment dans le résumé qu’un des obstacles à l’accord est le « scepticisme général sur ce que peut véritablement apporter l’agenda de développement de Doha en termes d’accès au marché ». Toutefois, ils soulignent que, « après avoir introduit des flexibilités telles que celles pour les produits sensibles et spéciaux », les propositions existantes « réduiraient les droits de douane appliqués sur les produits agricoles et non agricoles (AMNA) d’environ 20 pour cent ». Ils affirment que les propositions existantes généreraient des bénéfices mondiaux « estimés de manière prudente » à 160 milliards $US par an, mais susceptibles d’être plus importants puisque les engagements consentis « réduiraient l’incertitude associée aux écarts actuels très importants entre les droits de douane appliqués et les droits consolidés ». Toutefois, ils notent que la limitation de l’accès au marché en franchise de droits et de contingents pour les PMA d’un pourcentage aussi faible que 3 % des lignes tarifaires « réduirait nettement la valeur de cet accès au marché ».

En outre, le résumé note que les propositions du secteur de l’agriculture incluent un engagement envers « l’abolition des subventions à l’exportation et de nettes réductions des niveaux maximums de soutien interne, en particulier dans l’UE et aux États-Unis ». Sur la question sensible des sauvegardes spéciales, l’analyse de la Banque mondiale affirme que les éléments passés en revue suggèrent que « le mécanisme de sauvegarde spéciale proposé pour les pays en développement, avec des déclencheurs de quantité et de prix, pourrait à la fois réduire l’accès au marché et augmenter l’instabilité sur les marchés mondiaux et nationaux ».

En ce qui concerne la possibilité d’un agenda élargi dans le secteur de l’agriculture, l’ouvrage affirme que les « disciplines limitées sur les restrictions à l’exportation érodent la confiance des importateurs quant à la fiabilité des marchés mondiaux en tant que source d’approvisionnements alimentaires ». Les auteurs affirment que l’application de « disciplines sur les restrictions d’importation et d’exportation, et la gestion explicite des problèmes de sécurité alimentaire et de protection des prix pourraient apporter une issue des négociations plus favorable ».

Cet ouvrage doit être envisagé dans le contexte de la récente déclaration du G20, qui a reconnu qu’« il est évident que nous ne réaliserons pas l’agenda de développement de Doha si nous continuons à mener les négociations comme nous l’avons fait par le passé », d’où l’appel à des « approches nouvelles et crédibles pour poursuivre les négociations ».

Au même moment, d’après un récent article publié par l’ICTSD, « un consensus sur une foule de sujets » reste improbable. En termes de questions non liées à l’agenda de développement de Doha, et en plus des propositions du groupe C4 des pays producteurs de coton, « les pays en développement importateurs nets de denrées alimentaires ont plaidé en faveur d’un programme de travail sur la volatilité des prix des denrées alimentaires ». Le G90, qui inclut le groupe ACP, entend soumettre des propositions « visant à intégrer le développement dans la sphère de compétences du Comité du commerce et du développement ». Des propositions ont également été formulées pour « exempter les acquisitions de denrées alimentaires à des fins humanitaires des restrictions d’exportation agricoles ».

Commentaire éditorial

Nul ne sait si les disciplines OMC existantes sur les restitutions à l’exportation et le soutien agricole interne auront véritablement un impact significatif sur les effets externes du déploiement des instruments politiques du commerce agricole. Par exemple, le boom des exportations de lait écrémé en poudre de l’UE en 2010/11 (qui inclut une augmentation de 68 % des exportations vers l’Afrique de l’Ouest) est intervenu suite à l’augmentation des achats à l’intervention de l’UE en réponse à la crise du marché laitier dans l’UE. Ce boom est survenu sans le bénéfice de l’élargissement des enveloppes financières allouées aux restitutions à l’exportation, puisque les prix volatils ont permis à l’UE d’écouler les stocks sans devoir augmenter de manière significative les restitutions à l’exportation.

Bien que les effets précis des interventions filet de sécurité de l’UE sur le fonctionnement des chaînes d’approvisionnement du lait en Afrique de l’Ouest ne soient pas connus à ce jour, la question reste sensible. Le défi consiste à déterminer quel type de règles et normes d’usage internationales il convient de développer pour s’assurer que l’utilisation légitime des instruments politiques par les pays de l’OCDE au sein des règles de l’OMC n’ait pas des conséquences indésirables, venant saper les efforts des gouvernements ACP pour promouvoir le développement agricole dans des secteurs spécifiques (par ex. dans le secteur laitier).

Certaines de ces inquiétudes devront vraisemblablement être apaisées en dehors du cadre de l’agenda de développement de Doha, par exemple au travers du programme de travail sur la volatilité des prix alimentaires.

Nul ne sait enfin quel impact les règles de l’OMC, qui exemptent les acquisitions de denrées alimentaires à des fins humanitaires des restrictions d’exportation, auront sur le commerce intra-régional de céréales dans les pays ACP (par ex. au sein de la CAE).

Des appels ont été lancés pour la révision de la politique tarifaire agroalimentaire au Zimbabwe

09 décembre 2011

En novembre 2011, dans une lettre ouverte publiée dans la presse, le président de la Grain Millers Association (GMA) du Zimbabwe, Tafadzwa Musarara, a appelé le gouvernement zimbabwéen à réviser sa politique tarifaire sur les importations de farine, puisque « les importations, de par leur nature, doivent servir à compléter la production locale et non s’y substituer ». Le président de la GMA a appelé à la « réimposition des droits de douane sur les importations de façon à alimenter l’industrie locale pour que, à l’heure des droits de douane nuls au sein de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), l’industrie locale soit suffisamment forte pour approvisionner de manière compétitive les marchés locaux et d’exportation ». Plus précisément, il a préconisé un « droit de douane de 20 pour cent sur la farine de boulangerie, de 40 pour cent sur la farine préemballée et de 30 pour cent sur le riz et le sel préemballés ».

M. Musarara a affirmé que l’entrée non contrôlée de farine de blé au Zimbabwe portera non seulement préjudice aux minotiers mais également aux producteurs de céréales et de bétail. Il s’est également opposé à la poursuite des importations de produits alimentaires préemballés « alors que nos propres entreprises de conditionnement sont fermées ». Il insiste sur la nécessité de saisir les « opportunités qui sont à portée de main » telles que les activités peu qualifiées comme le conditionnement, pour contribuer à la renaissance du secteur agroalimentaire zimbabwéen autrefois prospère. 

Commentaire éditorial

Équilibrer le soutien accordé aux produits intermédiaires (tels que la farine) avec celui accordé aux matières premières à partir desquelles ils sont fabriqués n’est pas chose aisée. Si des droits de douane élevés sur les importations de céréales peuvent soutenir la production nationale en augmentant les prix reçus par les agriculteurs, le soutien aux minoteries n’augmentera la production agricole que si la demande pour des produits locaux augmente elle aussi. Mais si la protection sur la farine est plus importante que celle sur le blé, les minotiers pourraient réduire les achats de produits nationaux au profit des importations. Dans ce contexte, il convient de noter que le dernier Examen des politiques commerciales du Zimbabwe par l’OMC (voir article Agritrade «  L’agriculture du Zimbabwe reste protégée mais en mauvaise posture », décembre 2011) a révélé que la protection moyenne sur les aliments semi-transformés et les boissons était supérieure à celle sur les matières premières. Cela ne tient pas compte des effets de paupérisation de droits de douane élevés sur les denrées alimentaires de base.

C’est précisément parce que cet équilibre est si difficile à obtenir que les restrictions sur la capacité d’un gouvernement à jongler avec les taux relatifs de ses droits de douane en fonction des circonstances peuvent être à l’origine de problèmes supplémentaires. La clause de statu quo de l’APE en est un exemple, même si les dispositions de sauvegarde de l’accord peuvent offrir la flexibilité requise, étant donné que la requête des minotiers concernait une protection temporaire en attendant la pleine mise en œuvre de l’accord commercial SADC.

Les producteurs de volaille appellent à une action concertée pour contrer les menaces qui pèsent sur l’industrie caribéenne

09 décembre 2011

D’après le Dr Desmond Ali, directeur général de la Caribbean Poultry Association (CPA), l’industrie de la volaille de la région « est menacée par les volumes très élevés des importations en provenance des États-Unis essentiellement ». Il note comment les restrictions sur les importations en Russie et en Chine sont en train d’engendrer « un énorme arriéré des approvisionnements », ainsi qu’une « accumulation importante de viande brune (volaille) », les exportateurs américains ayant choisi d’écouler l’excédent accumulé « dans leur propre arrière-cour, les Caraïbes ». Jusqu’en 2008, la Russie était le plus gros importateur de volaille au monde, toutefois, les importations ont été considérablement réduites depuis lors. En 2011, les importations devraient chuter de 30 % supplémentaires par rapport à 2010, les niveaux des importations atteignant seulement un tiers de ceux en vigueur en 2008.

La situation dans les Caraïbes est bien sûr aggravée par sa « position malchanceuse entre le Brésil au sud et les États-Unis au nord, qui sont les deux plus grands exportateurs de volaille au monde ». Dans ce contexte, le Dr Ali a déclaré « que l’industrie de la volaille des Caraïbes doit maintenant chercher des moyens de gérer les importations bon marché en provenance des États-Unis ». Dans les Caraïbes, « le secteur de la volaille est un des plus grands sous-secteurs de l’agriculture, générant un chiffre d’affaires d’environ 650 millions $ par an ».

Dans le cadre de la réponse à la menace posée par les importations des États-Unis ainsi qu’à la hausse et à la volatilité des prix mondiaux des céréales, la CPA entend développer la production et le commerce de l’alimentation de la volaille à l’échelon régional. Il a été estimé que les « besoins en l’alimentation de la volaille de la région (…) pourraient être produits sur 100 000 hectares », avec les terres disponibles au Belize et au Guyana. En juin 2011, en marge des réunions de la CPA au Belize, des discussions ont été organisées entre les membres du conseil d’administration de la CPA, le Belize Corn Council, les autorités portuaires concernées et les fournisseurs de services logistiques. Un lot pilote de 10 000 tonnes de maïs fourrager devrait être livré à l’industrie jamaïcaine de la volaille en 2012.

L’expérience du secteur de la volaille du Belize, qui dans les années 1990 a commencé à développer une production intégrée de la volaille (en produisant des cultures fourragères, en établissant des provenderies et des unités intégrées de production et de transformation à petite échelle), illustre le potentiel de développement du secteur de la volaille à travers la région des Caraïbes. « Le Belize est maintenant autosuffisant en viande de poulet, œufs de table, viande de dinde et œufs d’incubation de poulets et à environ 80 % pour les poussins. » L’action concertée de la Belize Poultry Association avec le gouvernement en vue de gérer la question des importations a été notée par la CPA régionale, et un programme d’action en vue d’instaurer une coopération avec les autorités régionales et nationales est en cours de développement.

Plusieurs de ces questions ont également été soulevées dans une discussion récente entre le Dr Ali et des acteurs clés de l’industrie de la volaille de Trinité-et-Tobago (voir interview Agritrade «  Assurer le futur du secteur de la volaille caribéenne », novembre 2011).

Commentaire éditorial

La production et la commercialisation de volaille figurent parmi les premières agro-industries dans les Caraïbes, en termes non seulement de valeur économique mais aussi de niveau de sophistication et d’intégration. Étant donné la nature extrêmement compétitive de la volaille en provenance du Brésil et des États-Unis, et le fait que toute contraction dans l’industrie créerait des difficultés socio-économiques substantielles, la protection a longtemps été une caractéristique du régime commercial caribéen. C’est dans ce contexte que les membres de la Caribbean Poultry Association (CPA) préconisent une politique commerciale de la volaille plus active et harmonisée dans les Caraïbes, visant à la fois à aborder les contraintes de l’offre sur la compétitivité et à reproduire les types d’instruments de politique commerciale fréquemment utilisés ailleurs (depuis les restrictions d’importation et les interdictions d’importation en Russie, en Chine et au Zimbabwe jusqu’aux contrôles de prix en Thaïlande et en Malaisie, en passant par les quotas d’importation en Corée et les contingents tarifaires dans l’UE et les licences d’importation en Ukraine).

La CPA s’est longtemps opposée aux réformes fiscales proposées dans des pays tels que la Jamaïque, qui réduiraient le TEC de la CARICOM sur la volaille de 40 % à 20 %, affirmant que cela équivaudrait à convenir de démanteler l’industrie caribéenne de la volaille. Outre le maintien d’un droit de douane de 40 % et d’autres droits et taxes, la CPA réclame semble-t-il une série de mesures plus actives, notamment :

  • l’utilisation active de mécanismes de sauvegarde liés aux accords de licence d’importation ;
  • une interdiction sur les produits congelés qui sont décongelés et ensuite vendus comme produits frais réfrigérés ;
  • l’introduction de l’étiquetage du pays d’origine ;
  • l’interdiction du reconditionnement de morceaux de volaille congelés importés ;
  • l’harmonisation et le renforcement des systèmes de réglementation SPS des Caraïbes régissant les produits de la volaille.

On espère que ces mesures serviront à garantir l’avenir du secteur de la volaille des Caraïbes, qui fonctionne dans un contexte hémisphérique extrêmement compétitif. Certains de ces instruments politiques pourraient être pertinents au-delà des Caraïbes. 

Des efforts sont actuellement consentis pour améliorer la production de riz du Kenya

09 décembre 2011

D’après certains articles de presse, de nouvelles méthodes de production du riz devraient être introduites au Kenya, qui utilisent « jusqu’à 50 % d’eau en moins », tout en améliorant « les rendements, la qualité et la taille des grains ainsi que l’arôme ». Le Kenya consomme environ 300 000 tonnes de riz par an, la consommation augmentant d’environ 12 % par an.

L’un des inconvénients des nouvelles techniques est qu’elles « exigent plus de désherbage, puisque les mauvaises herbes ont tendance à pousser plus rapidement en zones non inondées ». Toutefois, cela est compensé par des rendements plus élevés. En juillet 2011, « plus de 1 800 agriculteurs avaient reçu une formation pour le nouveau système de riz Mwea ».

De nouvelles variétés de semences mieux adaptées aux conditions locales sont également développées. La combinaison de meilleures variétés de riz et de meilleures techniques de production devrait « pallier le déficit d’approvisionnement pour la consommation locale et offrir un excédent pour les exportations ».

Cela s’inscrit dans le cadre des efforts de plus grande envergure visant à augmenter la production de riz dans la CAE, au vu de l’augmentation de la demande et de l’extrême volatilité des prix du riz.

D’après une analyse parue dans une publication sur le commerce du riz faisant autorité, « les prix du riz pourraient augmenter à 700 $ par tonne l’année prochaine ». La production mondiale de riz est actuellement mise à mal par les inondations au Cambodge, au Vietnam (même si les prévisions annoncent une augmentation des exportations d’environ 3 %), et plus sévèrement en Thaïlande. La politique d’achat de riz du gouvernement thaïlandais devrait également faire grimper les prix, tout comme les achats par d’autres grands pays consommateurs de riz (par ex. les Philippines et l’Indonésie). Le retour probable de l’Inde au commerce d’exportation de riz ne devrait alléger que très légèrement ces pressions sur les prix.

Commentaire éditorial

Le changement des habitudes alimentaires dû à un certain nombre de facteurs (structures de l’aide alimentaire et effets de l’urbanisation) est en train de stimuler la consommation de riz, et de réduire dans le même temps celle de cultures traditionnelles (sorgho et cassave) à travers la CAE. Parmi les contraintes spécifiques qui ont inhibé la production de riz au Kenya, citons les coûts élevés des intrants, des services de vulgarisation plutôt déficients, la mauvaise gestion des systèmes d’irrigation à grande échelle, les insuffisances en matière de commercialisation, les capacités limitées d’usinage du riz et les faibles prix payés aux producteurs. Dans l’ouest du Kenya, des efforts visant à promouvoir la production de riz pluvial, par exemple, ont été sapés par l’absence d’installations d’usinage du riz.

Pendant longtemps, la commercialisation du riz a été fortement contrôlée par l’État au travers du National Cereals and Produce Board, qui a été mandaté (entre autres choses) pour acheter et stocker des réserves de céréales stratégiques. La production de riz, d’autre part, a été coordonnée par le National Irrigation Board, qui gère toujours des systèmes d’irrigation publics tels que Mwea, Ahero et Bunyala, les agriculteurs fournissant essentiellement de la main-d’œuvre. Le secteur privé s’est peu impliqué à ce jour dans le développement de la production de riz.

Toutefois, les améliorations techniques apportées aux méthodes de production de riz ne constituent qu’une partie du défi consistant à stimuler la production de riz au Kenya. L’expérience dans d’autres pays ACP suggère que la qualité du riz produit est importante pour obtenir l’aval des consommateurs s’agissant de l’accroissement de la production de riz nationale. Cela semble être également le cas au Kenya, où les consommateurs sont très difficiles en ce qui concerne la qualité et la variété de riz. Des normes appropriées pour la production, l’usinage et le conditionnement du riz constituent par conséquent une priorité gouvernementale importante dans le contexte régional en pleine mutation.

Ailleurs, il conviendra de veiller tout particulièrement à renforcer le fonctionnement de la chaîne d’approvisionnement du riz en rééquilibrant les relations de pouvoir entre les agriculteurs et les usines de riz, afin de s’assurer que les producteurs de riz soient payés rapidement pour leur riz et qu’ils puissent profiter de la hausse des cours internationaux du riz (voir article Agritrade «  Les exportateurs de riz du Guyana sont priés de ne pas négliger les marc... », décembre 2011). Il s’agit là d’un point important dont il convient de tenir compte au moment de renforcer le rôle du secteur privé dans le développement du secteur du riz.

Au niveau régional, le commerce de riz, à l’instar de nombreuses autres cultures vivrières, n’est pas entièrement libéralisé, aussi bien dans le cadre de la CAE que dans celui plus large du COMESA. Les interdictions d’importation ou d’exportation sont courantes, en particulier lors des déficits alimentaires, malgré le développement par la CAE de normes de qualité pour les céréales en vue de faciliter les échanges commerciaux. Cela affecte à la fois les efforts visant à favoriser une approche régionale de la sécurité alimentaire en promouvant le commerce régional, et le développement de réseaux privés de commercialisation du riz.  

La volatilité persistante des prix du sucre suscite quelques craintes concernant les propositions de réforme du sucre de la CE

09 décembre 2011

En novembre 2011, l’Organisation internationale du sucre (OIS) « a revu ses prévisions à la hausse de 250 000 tonnes pour atteindre un volume de 4,46 millions de tonnes d’excédent de production pour 2011-12 ». Cela « traduisait les attentes plus fermes concernant la production de l’Union européenne et de la Russie » et « les meilleures perspectives d’exportation de l’Australie, de l’Inde et de la Thaïlande », bien que celles-ci aient été modérées par une révision à la baisse de la production au Brésil. Avec des stocks à des niveaux historiquement faibles, on ne s’attend à aucune baisse de la moyenne des prix. En effet, l’OIS met en garde contre le fait que « toute interruption imprévue des approvisionnements causée par des événements climatiques ne serait pas modérée par la libération de sucre des stocks, des flambées supplémentaires des prix étant donc possibles malgré la nature excédentaire de la campagne ». L’OIS a en outre averti que, « lors de la prochaine campagne, la production mondiale pourrait être équivalente à l’utilisation mondiale de sucre ». En conséquence, les stocks ne devraient pas se reconstituer avant 2012/13.

Les décisions politiques du gouvernement à la lumière de la volatilité des prix suscitent également des craintes. Par exemple, la « réticence du gouvernement indien à approuver les exportations, pour éviter de réduire l’offre intérieure », pourrait s’avérer contre-productive, puisque, en privant les sucreries de liquidités, l’arriéré des paiements aux agriculteurs ne fait que gonfler et vient compromettre les perspectives de la production future de canne à sucre.

Au même moment, la volatilité des prix sur les marchés sucriers mondiaux pousse les gouvernements de certains États membres de l’UE (Hongrie, France, Lituanie, Autriche et Roumanie) à réclamer le maintien du régime sucrier actuel jusqu’en 2020. Ces gouvernements affirment non seulement que la volatilité des prix a augmenté sur les marchés sucriers mondiaux, mais qu’elle a augmenté à un rythme effréné. Toutefois, d’autres États membres de l’UE « rejettent l’idée d’une prolongation de ce régime ».

Commentaire éditorial

Bien que le débat actuel au Conseil de l’UE puisse faire espérer que les demandes de prolongation jusqu’en 2020 du régime actuel basé sur des quotas de production soient entendues, l’issue la plus probable serait une acceptation de la réforme précédente du régime de quotas de production de sucre, ainsi que l’introduction de mesures de sauvegarde renforcées pour les producteurs de betterave sucrière de l’UE. Celles-ci seraient équivalentes aux mesures prises dans le secteur laitier (où des quotas de production similaires sont démantelés) et seraient conformes aux propositions de la CE visant à élargir la couverture des mécanismes de filet de sécurité, tels que ceux déjà déployés dans le secteur laitier.

Tout élargissement de la politique filet de sécurité de l’UE pour inclure des mesures pour le secteur sucrier de l’UE apporterait de l’eau au moulin des ACP réclamant une prolongation supplémentaire des programmes d’aide à la restructuration du secteur sucrier financés par l’UE, d’abord lancés dans le contexte de l’abolition du protocole sucre ACP-UE.

Un nouveau cadre politique du secteur sucrier de l’UE pourrait même prévoir des consultations sur la manière de renforcer le fonctionnement des chaînes d’approvisionnement du sucre de l’UE, afin de mieux protéger les producteurs de betterave de l’UE, les fabricants de sucre et les utilisateurs de sucre contre la volatilité sur les marchés sucriers mondiaux.

Dans un tel contexte, il semblerait utile de soutenir des initiatives visant à renforcer le fonctionnement des chaînes d’approvisionnement du sucre ACP-UE, éventuellement en impliquant les producteurs et exportateurs de sucre ACP dans le cadre des programmes de coopération au développement de l’UE.

Prévisions concernant la production et le commerce du sucre au niveau européen et mondial

09 décembre 2011

D’après un rapport récemment publié par l’USDA, après une saison 2010/11 marquée par des déficits sucriers sur le marché européen, l’UE devrait connaître une bonne campagne. Avec l’augmentation de 6 % des surfaces consacrées au sucre et des rendements sucriers par hectare quasi record, la production de sucre de l’UE devrait atteindre 18,5 millions de tonnes en équivalent sucre brut, soit 2 millions de tonnes de plus qu’en 2010/11.

En conséquence, la production de sucre hors quota devrait atteindre entre 4 et 5 millions de tonnes, et devrait « exercer une pression baissière sur les prix de l’UE pour le sucre hors quota et ainsi fournir de meilleures options d’approvisionnement pour les industries utilisatrices de sucre à des fins non alimentaires ».

La consommation de sucre de l’UE augmente régulièrement (17,5 millions de tonnes au cours de la campagne de commercialisation 2010/11), malgré les prix exceptionnellement élevés à l’importation. Cette augmentation de la consommation de sucre est liée aux accords contractuels à long terme en vigueur entre les fabricants de denrées alimentaires et les transformateurs sucriers de l’UE. À court terme, cela protège l’industrie alimentaire européenne de la hausse des prix ; toutefois, pour la campagne de commercialisation 2011/12, cela peut inciter les transformateurs de sucre de l’UE à essayer d’obtenir des prix plus élevés. Si cela devait se produire et que les cours mondiaux devaient chuter, « cela aurait un impact sur la compétitivité des exportations européennes de produits alimentaires contenant du sucre ».

D’après les estimations de l’USDA, « les importations de sucre de l’UE atteindront 3,8 millions [de tonnes équivalent sucre brut] pour la campagne de commercialisation 2010/11. Avec ce niveau d’importations, le marché sucrier de l’UE terminera la campagne 2009/10 avec des stocks finaux plus élevés ». Les producteurs sucriers de l’UE ont ainsi fait pression pour que l’on mette un terme aux appels d’offres pour des importations de sucre. Les importations de la prochaine saison pourraient ainsi revenir « à des niveaux plus historiques, en particulier si les cours sucriers mondiaux restent élevés ».

Près de 2 millions de tonnes de jus de betterave sucrière (équivalent sucre brut) sont susceptibles d’être directement fermentés en biocarburants, tandis que, en fonction des niveaux des exportations et des prix du marché mondial, la CE pourra autoriser la libération de 500 000 tonnes de sucre hors quota destinées à des fins alimentaires sur le marché de l’UE. Alternativement, les stocks sucriers de l’UE pourront être reconstitués.

L’USDA prévoit des exportations de l’UE de l’ordre de 2,2 millions de tonnes. Ce chiffre est à mettre en perspective par rapport aux exportations de 2010/11 d’à peine 1 million de tonnes de sucre raffiné, principalement vers les marchés traditionnels du Moyen-Orient.

Production et commerce de sucre de l’UE de 2009/10 à 2011/12 (en tonnes)

Année de commercialisation commençant en Octobre 2009 (2009/10) Octobre 2010 (2010/11) Octobre 2011 (2011/12)
Total de la production de sucre 16 687 000 15 090 000 16 740 000
Importations de sucre brut 1 924 000 2 900 000 2 500 000
Importations de sucre raffiné (valeur brute) 637 000 900 000 650 000
Total des importations de sucre 2 561 000 3 800 000 3 150 000
Exportations de sucre brut 7 000 9 000 10 000
Exportations de sucre raffiné (valeur brute) 2 640 000 1 000 000 2 200 000
Total des exportations de sucre 2 647 000 1 009 000 2 210 000
Stocks finaux 1 433 000 1 814 000 1 894 000

Source : USDA GAIN Report n° E60053, extrait du tableau pages 7-8.

Au plan politique, d’après l’USDA, « depuis la réforme sucrière de l’UE de 2007, les prix ont baissé mais sont restés bien supérieurs au nouveau prix de référence interne pour le sucre blanc ». S’agissant de l’avenir, l’USDA met en exergue les résultats de l’évaluation d’impact de la CE, qui suggère que l’abolition des quotas de production dans le secteur sucrier mènera à une baisse des prix supplémentaire de 20 % d’ici 2020 par rapport à la campagne de commercialisation 2009/10.

Au niveau mondial, d’après les Perspectives alimentaires de novembre 2011, les principales raisons du déclin des prix du sucre au cours du second semestre de 2011 étaient les incertitudes macroéconomiques et un excédent de production en 2011/12. La production de sucre mondiale devait atteindre 173,1 millions de tonnes pour la campagne 2011/12 (+ 4,1 % en 2010/11), contre une consommation de 166,5 millions de tonnes (+ 1,5 % en 2010/11). Cela reflète, d’une part, l’augmentation des surfaces consacrées à la production de sucre et une utilisation plus importante d’intrants en réponse aux prix du sucre mondiaux historiquement élevés et, d’autre part, des perspectives économiques incertaines.

La plus forte augmentation de la production devrait intervenir dans les pays développés (+ 11,9 % contre une croissance de 2 % dans les pays en développement). En conséquence, d’après la FAO, le commerce mondial devrait connaître une contraction avec le déclin de la demande d’importation, du fait des meilleures récoltes nationales, y compris dans l’UE.

La production de sucre en Afrique devrait augmenter en réponse aux conditions climatiques plus favorables, l’Afrique du Sud connaissant une croissance modérée suite à « une sécheresse importante qui a affecté la récolte de canne à sucre ». Des gains de productivité sont prévus au Swaziland, au Kenya et au Soudan.

Commentaire éditorial

L’analyse de l’USDA suggère que la gestion du marché sucrier de l’UE devient plus complexe. Malgré le déclin des importations en provenance des fournisseurs ACP/PMA traditionnels, les importations globales de l’UE ont fortement augmenté, engendrant des pressions contraires de la part des transformateurs de sucre de l’UE et des utilisateurs de sucre de l’UE. Les exportations de sucre de l’UE devant augmenter de plus de 100 %, nul ne sait quel effet cela aura sur les prix mondiaux du sucre, qui subissent déjà la pression de l’augmentation de 4,1 % de la production mondiale et des perspectives économiques incertaines.

Si l’on ajoute la baisse escomptée des prix sucriers de l’UE d’environ 20 % d’ici 2020 par rapport aux niveaux de prix de 2009/10, les temps sont plutôt incertains pour les producteurs de sucre ACP, aggravant la volatilité persistante sur les marchés (voir article Agritrade «  La volatilité persistante des prix du sucre suscite quelques craintes co... », 9 december 2011). Cela suggère la nécessité d’adopter des stratégies de commercialisation plus sophistiquées, englobant l’identification de nouveaux partenaires capables de soutenir un processus d’ajout de valeur et d’ouvrir de nouvelles opportunités de marché pour toute une série de produits à plus forte valeur ajoutée issus de la canne à sucre.

Les préoccupations en matière de développement pourraient être ignorées lors de la réunion ministérielle de l’OMC

09 décembre 2011

Le ministre du Commerce et de l’Industrie d’Afrique du Sud, Rob Davies, a souligné dans un article de presse qu’il fallait empêcher la réunion ministérielle de l’OMC de décembre 2011 de « se détourner des objectifs de développement du cycle de Doha », en écartant les problèmes de développement. Il a noté que « les pays développés, en particulier les États-Unis et certains pays européens, ont produit une déclaration soulignant l’intention de placer les questions telles que l’énergie renouvelable, le changement climatique et les accords commerciaux à l’agenda, plutôt que les engagements de développement précédemment convenus et leur mise en œuvre, qui selon nous devraient être inscrits au rang des priorités de l’agenda ».

D’après l’ambassadeur permanent d’Afrique du Sud à l’OMC, Faizel Ismail, « la nouvelle déclaration des pays développés veut abandonner l’agenda du développement de Doha et ignorer les questions cruciales relatives à la mise en œuvre de concessions commerciales supplémentaires et à la réduction des subventions agricoles », au profit de « questions qui présentent plus d’intérêt pour eux », telles que « l’investissement, la politique de concurrence, la sécurité énergétique et le changement climatique, souvent appelées les questions du XXIe siècle ». Cependant, les « questions du XXe siècle » non résolues sont jugées essentielles par l’Afrique du Sud et d’autres gouvernements BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). Comme l’a déclaré l’ambassadeur de Maurice à l’OMC, « à quoi sert de s’embarquer sur les questions du XXIe siècle sans d’abord conclure les négociations sur les questions du XXe siècle qui présentent un intérêt pour les pays les plus pauvres d’Afrique et d’ailleurs ? ».

L’abandon d’un processus de négociation multilatéral au profit d’un processus impliquant des négociations plurilatérales est jugé comme étant symptomatique des efforts visant à détourner les négociations de l’OMC des questions présentant le plus d’intérêt pour les pays en développement. 

Commentaire éditorial

En vue de la réunion ministérielle de l’OMC de décembre 2011, il est utile de rappeler les principales préoccupations agricoles des ACP dans le cycle de Doha pour le développement, à savoir :

  • obtenir une réduction réelle et substantielle de l’utilisation du soutien interne, ainsi qu’une réduction immédiate et une élimination progressive rapide dans le secteur du coton ;
  • mettre un terme au soutien de minimis pour les économies développées ;
  • garantir l’introduction de disciplines sur le soutien de la catégorie bleue (subventions ou paiements directs visant à limiter la production agricole) à un niveau spécifique au produit ;
  • déterminer une échéance crédible pour l’élimination complète des subventions à l’exportation et d’autres formes équivalentes de soutien à l’exportation, ainsi que l’élimination immédiate des subventions à l’exportation pour le coton ;
  • obtenir des accords d’aide alimentaire qui tiennent compte des besoins des pays en développement importateurs nets de denrées alimentaires et des bénéficiaires de l’aide alimentaire ;
  • obtenir des dispositions sur les entreprises commerciales publiques autorisant les gouvernements ACP à continuer à utiliser ces institutions ;
  • résoudre la question de l’érosion des préférences ;
  • garantir un accès en totale franchise de droits et de contingents pour les PMA à tous les marchés des pays développés et plus avancés, y compris pour le coton et les produits à base de coton ;
  • obtenir des dispositions sur un mécanisme de sauvegarde spéciale pour fournir une protection efficace contre les poussées d’importation ;
  • la mise en place de programmes compensatoires d’aide au développement pour les producteurs de coton ACP ;
  • l’inclusion de mesures spécifiques pour contrer l’instabilité des prix des denrées alimentaires de base ;
  • la pleine prise en compte des besoins des petites économies vulnérables (PEV) dans toutes les dispositions pertinentes ;
  • obtenir des limitations sur la concession tarifaire accordée par l’UE pour le sucre et les produits à base de sucre.

Ces préoccupations fournissent un point de référence ACP par rapport auquel on pourra juger de l’issue de la prochaine réunion ministérielle de l’OMC. 

Une nouvelle stratégie du sucre est annoncée à la Barbade

19 décembre 2011

Le ministre de l’Agriculture de la Barbade, le Dr David Estwick, a annoncé l’adoption d’une approche de type « usine unique » pour l’avenir de l’industrie du sucre. Cette approche d’une installation unique sera mise en œuvre par la Barbados Cane Industry Corporation, et « entraînera la fermeture de la sucrerie Portvale et la modernisation de la sucrerie Andrews qui fonctionnera comme une installation polyvalente ». La nouvelle installation produira : « des sucres de qualité alimentaire destinés à la consommation directe » ; « des volumes plus importants de mélasses de catégorie A » pour l’industrie du rhum en pleine croissance ; de l’électricité pour le réseau national, et d’autres biomasses, pouvant être utilisées pour la production d’éthanol. Des améliorations doivent également être apportées sur le terrain pour renforcer « la productivité, l’efficacité et la durabilité du sucre de canne cultivé au niveau local ».

Une importance particulière est accordée à l’augmentation de l’approvisionnement en mélasses de première qualité, qui offrirait une source d’intrants plus fiable aux producteurs de rhum locaux. Dans ce contexte, le ministère de l’Industrie, des Petites Entreprises et du Développement rural a exhorté l’industrie du rhum à développer une production de rhum de qualité supérieure et à plus forte valeur ajoutée. S’exprimant lors de la séance d’ouverture du Programme de développement du rhum de la Barbados Investment and Development Corporation, le ministre a fait remarquer qu’actuellement « 80 à 85 % du rhum produit à la Barbade est vendu sous forme de rhum en vrac » – qui est ensuite mis en bouteille et vendu au profit des embouteilleurs et distributeurs étrangers. Il a appelé à ce que des investissements soient consentis « pour convertir le débit important de rhum en vrac en un produit de marque ». Le nouveau Programme de développement du rhum est considéré comme étant un pas dans la bonne direction. Le ministre « a souligné que l’industrie du rhum pouvait être considérée comme une des industries les plus florissantes dans les Caraïbes, et plus encore à la Barbade, où les exportations ont été un véritable moteur de l’économie ». Le ministre a noté que, « en moyenne, 12,69 % de la production des industries locales sont exportés », générant des revenus d’exportation en 2010 de « 66,8 millions $BDS [25,18 millions €], soit une augmentation de 16,7 pour cent des revenus comparé à 2009 ». Cela reflète le point de vue général selon lequel le secteur de l’agro-transformation doit suivre la voie de la production de produits de première qualité, l’objectif étant, selon le ministre de l’Industrie, « de concevoir, créer et commercialiser la marque de la Barbade, que ce soit pour nos condiments, sauces aux piments, confitures, gelées, sirop de mauby ou notre rhum ».

Ces annonces et initiatives font suite aux conclusions de « l’examen institutionnel de l’industrie du sucre de la Barbade », une étude financée par la CE et réalisée par des consultants en développement de Landell Mills. 

Commentaire éditorial

La nouvelle approche adoptée à la Barbade s’inscrit dans la lignée de la stratégie adoptée un peu plus tôt à Maurice. Cependant, alors que Maurice et la Barbade ont vu leur production chuter d’environ un tiers depuis l’annonce des réformes du secteur sucrier de l’UE, l’échelle de production de Maurice reste environ 14 fois supérieure à celle de la Barbade, permettant à Maurice de réaliser des économies d’échelle qui seraient impossibles à la Barbade. En outre, le moment choisi pour la mise en œuvre de la stratégie de la Barbade est loin d’être idéal. Les propositions de réformes supplémentaires exerceraient une pression baissière sur les prix de l’UE, tandis que la crise du crédit actuelle est susceptible d’augmenter les difficultés rencontrées à lever les fonds nécessaires (estimés à 162 millions $BDS, soit 61,07 millions €, pour l’usine unique polyvalente et 237 millions $BDS, soit 89,35 millions €, pour une usine de production d’éthanol).

Cette réorientation doit être envisagée à la lumière de la sécheresse de la mi-2011 et des incendies des plantations de canne qui ont réduit plus encore la production de sucre de la Barbade, ainsi que du déficit accumulé de la Barbados Agricultural Management Company (BAMC), d’un montant de 232,6 millions $BDS  ou 87,7 millions € (voir article Agritrade «  Le déclin des recettes par tonne dans le secteur sucrier de la Barbade l... », 26 septembre 2010). En outre, alors qu’à Maurice près de 133,8 millions € de subventions de l’UE et 28 millions € de prêts à taux préférentiels ont été mobilisés à l’appui de la restructuration du secteur sucrier (en plus du financement du secteur privé) sur la période 2006-2010, à la Barbade, les 34,7 millions € des mesures d’accompagnement du protocole sucre ont été consacrés essentiellement au développement des ressources humaines, aux TIC et aux programmes généraux de développement du secteur privé. Dans ce contexte, nul ne sait d’où proviendront les fonds nécessaires pour la mise en œuvre de la nouvelle stratégie proposée. 

Une nouvelle stratégie agricole nigériane pourrait avoir des implications commerciales importantes

19 décembre 2011

Le département américain de l’Agriculture (USDA) a publié une série de rapports portant sur une nouvelle stratégie agricole au Nigeria, qui met l’accent sur « une augmentation de la production de cinq grandes cultures : riz, manioc, sorgho, cacao et coton ». Le nouveau Plan d’action de transformation agricole (ATAP) du pays a été dévoilé en août 2011, et l’objectif de la politique du Nigeria consiste à « diversifier l’économie en dehors du secteur dominant des oléagineux et de garantir la sécurité alimentaire ». Le gouvernement entend introduire une « politique de substitution aux importations pour augmenter la production nationale de denrées alimentaires de base de 20 millions de tonnes métriques d’ici 2015 ».

La nouvelle politique inclut la promotion de l’autosuffisance en riz. L’objectif est d’augmenter la production de riz pour passer de 3,4 millions de tonnes à 7,4 millions de tonnes d’ici 2015. Un rapport de l’USDA publié le 23 novembre a suggéré que les mesures politiques pourraient inclure une interdiction des importations de riz (50 % de la consommation de riz actuelle du Nigeria s’élevant à 4 millions de tonnes sont importés).

La nouvelle politique inclut également « une politique de remplacement de 10 pour cent de la farine de blé produite dans le pays par de la farine de manioc ». L’objectif est d’augmenter la production de manioc de 34 millions de tonnes à 51 millions de tonnes d’ici 2015. Le pays avait précédemment tenté de remplacer la farine de blé par la farine de manioc, mais il avait été confronté à une pénurie de « farine de manioc de qualité industrielle », qui a porté préjudice à cette politique. La capacité nationale de production de farine de manioc de qualité industrielle s’est cependant quelque peu améliorée, même si avec une capacité installée de 350 000 tonnes par an ce volume est toujours « bien en deçà » du volume nécessaire pour satisfaire à l’objectif de mélange de 10 %.

Le gouvernement entend également promouvoir la production de cacao pour passer de 250 000 tonnes à 500 000 tonnes, ainsi que la production de coton pour passer de 20 000 tonnes à 140 000 tonnes.

La politique du gouvernement est axée sur la commercialisation de l’agriculture, en mettant l’accent sur le partenariat entre le secteur public et privé. L’objectif consiste à adopter une approche holistique en promouvant l’amélioration tout au long de la chaîne d’approvisionnement.

Le plan inclut la suppression d’un subventionnement des engrais à concurrence de 25 %, qui semble-t-il « n’a engendré que des effets de distorsion dans les chaînes de distribution », bien qu’il existe un engagement plus large envers l’objectif du Programme détaillé de développement de l'agriculture en Afrique (PDDAA) de déploiement de 10 % des dépenses publiques à l’appui du développement du secteur agricole. Une collaboration plus étroite avec le secteur bancaire est également promue pour améliorer le financement aux agriculteurs, étant donné le niveau limité des crédits commerciaux accordés au secteur agricole (le secteur représente à peine 1 % des crédits, même si l’agriculture représente 40 % du PIB). Un montant de 8 milliards $US par an est estimé nécessaire pour réaliser les nouveaux objectifs de la politique agricole.

L’USDA n’est pas certain que cette nouvelle politique débouchera sur des engagements solides envers la limitation des importations pour protéger les producteurs locaux, malgré la déclaration du président Goodluck Jonathan le 15 novembre, qui a exprimé sa « détermination à révolutionner le secteur agricole », ce qui pourrait être le signe d’une véritable intention d’augmenter les niveaux de protection pour les producteurs locaux. L’USDA affirme que les politiques similaires antérieures n’ont pas stimulé la production et ont tout simplement contribué à augmenter la contrebande et les prix internes pour les consommateurs et certaines entreprises d’agro-transformation.

Commentaire éditorial

La nouvelle politique agricole du Nigeria soulève un certain nombre de questions commerciales. La première a trait à la possibilité d’introduire des niveaux plus élevés de protection tarifaire et d’utiliser des mesures non tarifaires pour protéger les secteurs alimentaire et agricole. Cela pourrait potentiellement compliquer les efforts visant à obtenir un consensus régional dans la CEDEAO concernant l’approche à adopter dans les négociations d’APE. Cela pourrait également compliquer les efforts visant à renforcer l’intégration commerciale au sein de la CEDEAO et de la région d’Afrique de l’Ouest au sens large, en particulier si des interdictions d’importation sont prononcées sur toutes les principales denrées alimentaires de base (puisque cela stimulerait considérablement la contrebande).

Cette politique pose par conséquent des questions importantes touchant à l’interface entre les politiques agricoles nationales et régionales et leurs aspects commerciaux associés.

Au plan interne, l’accent mis sur la commercialisation de l’agriculture nous amène à nous interroger sur la manière d’intégrer les petits exploitants qui représentent 80 % des producteurs et qui sont nombreux à ne pas produire actuellement pour le marché. Quel sera l’impact de cette nouvelle politique sur leur accès à la terre et aux intrants agricoles ? Quel sera l’impact sur l’accès au crédit et le fonctionnement des chaînes d’approvisionnement, dans lesquelles les petits producteurs doivent être efficacement intégrés ? Quelles mesures politiques seront mises en place pour veiller à ce que les petits agriculteurs puissent tirer profit de la commercialisation accrue de l’agriculture nigériane, par exemple en renforçant le fonctionnement des chaînes d’approvisionnement de façon à prévenir tout abus de pouvoir dans les relations le long des chaînes d’approvisionnement ? Plus fondamentalement, on est en droit de se demander si le pays dispose de la capacité administrative et du cadre de gouvernance nécessaires pour la mise en œuvre de cadres politiques conçus pour réglementer les relations commerciales au sein de chaînes d’approvisionnement spécifiques, sans compromettre leur bon fonctionnement. 

Le Sommet du G20 et une approche régionale de la sécurité alimentaire et de la volatilité des prix en Afrique de l’Ouest

19 décembre 2011

Le Sommet du G20 organisé à Cannes en novembre 2011 a approuvé l’approche adoptée par les ministres de l’agriculture du G20 en juin 2011 pour gérer la volatilité des prix et les défis mondiaux en matière de sécurité alimentaire. Douze des 95 paragraphes de la déclaration finale du sommet de novembre traitent de ces questions. Le communiqué du Sommet appelle à un « système commercial plus stable, prévisible, dépourvu de tout effet de distorsion, ouvert et transparent », puisque cela « permettrait davantage d’investissements dans l’agriculture ». L’importance de « réduire la volatilité excessive des prix des denrées alimentaires et agricoles » a été mise en exergue.

Le Sommet s’est engagé à prendre des mesures concrètes autour des cinq piliers du plan d’action des ministres de l’agriculture du G20 de juin 2011. Il s’est également engagé à « investir dans la recherche et le développement de la production agricole » et à inciter « les banques de développement multilatérales à finaliser leur plan d’action conjoint sur l’eau, l’alimentation et l’agriculture ». Le lancement du Système d’information sur les marchés agricoles (SIMA) et celui du Forum de réponse rapide en septembre 2011 ont été salués. L’engagement envers « le développement d’instruments de gestion des risques appropriés » a également été réaffirmé, tout comme l’engagement à lever les « restrictions d’exportation ou les taxes extraordinaires sur les denrées alimentaires achetées à des fins humanitaires par le Programme alimentaire mondial ». Le Sommet s’est engagé à travailler en ce sens à l’OMC.

Suite à la réunion des ministres de l’agriculture du G20, le Programme alimentaire mondial a élaboré une proposition pour une réserve alimentaire régionale en Afrique de l’Ouest. Celle-ci impliquerait la mise en place de « réserves physiques pendant 30 jours, soit 67 000 tonnes métriques de céréales, complétées par des réserves virtuelles de 60 jours pour un total de 90 jours ». La réserve physique serait implantée « dans quatre pays – Burkina Faso, Ghana, Mali et Sénégal – aussi bien dans les ports qu’à l’intérieur des terres ».

L’objectif de ce système est de donner « aux pays pauvres à déficit vivier un accès rapide à des aliments physiques suffisants distribués au travers des systèmes d’aide ciblée tels que les filets de sécurité ». La réserve couvrirait les stocks de maïs, millet, sorgho et riz. Le système régional entend :

  • « compléter et intégrer les mécanismes de sécurité alimentaire nationaux, régionaux, continentaux et mondiaux » ;
  • « opérer avec la participation active des pays et régions concernés en tenant compte des principes d’efficacité de l’aide » ;
  • renforcer la capacité nationale et régionale à gérer les stocks alimentaires ;
  • accorder la priorité à l’acquisition de denrées alimentaires au niveau local et régional.

Des coûts d’installation initiaux de 44 millions $US sont envisagés, avec des coûts récurrents annuels de 16 millions $US.

Les analystes de l’Institut pour l’agriculture et les politiques commerciales (IATP), basé aux Etats-Unis, suggèrent que certains gouvernements du G20 cherchent à placer des restrictions inutiles sur le fonctionnement du système, notamment la taille de la réserve, les mécanismes de déclenchement qui doivent être utilisés pour libérer les stocks, et les canaux au travers desquels les denrées alimentaires peuvent être distribuées. Il semble que plusieurs de ces conditionnalités reflètent les préoccupations américaines selon lesquelles rien ne devrait interférer avec le fonctionnement des marchés commerciaux – des marchés qui, d’après l’IATP, opèrent de manière très imparfaite en Afrique de l’Ouest (et dans plusieurs autres régions ACP).

Dans ce contexte, on craint que ces types de conditionnalités et limitations puissent compromettre la mise en place de réserves alimentaires qui répondent aux préoccupations des gouvernements ACP quant à la hausse des prix et la volatilité des prix en contrant les pires effets de l’échec du marché.

Certains craignent tout particulièrement le « mécanisme de déclenchement » qu’il convient d’utiliser pour libérer les fournitures et les fonds, les analystes pointant du doigt les puissantes sources intérieures de volatilité des prix dans la région qui « ont peu à voir avec les prix internationaux ». Dans ce contexte, l’utilisation des déclencheurs de prix internationaux serait inappropriée et pourrait « déstabiliser les prix internes ».

Le lien entre réserve régionale et réserves nationales pose également question, ainsi que les liens ténus avec « l’achat de denrées alimentaires auprès des petits producteurs ». L’analyse de l’ICTSD note que le « financement du système de réserves sera un aspect crucial » : « ni la déclaration ministérielle du G20 ni la proposition du Forum alimentaire mondial n’expliquent comment et où les ressources requises seront prélevées », même si 75 % des coûts d’installation liés à l’acquisition physique de céréales pourraient probablement être puisés dans les budgets de l’aide alimentaire.

Plus généralement, en novembre 2011, une crise alimentaire majeure a éclaté dans la région du Sahel, affectant jusqu’à 7 millions de personnes au Niger, au Tchad, au Mali, en Mauritanie, au Nigeria et au Burkina Faso. En réponse à cette crise, la CE a augmenté l’aide d’urgence à la région de plus de 22 % (ajoutant 10 millions € supplémentaires à une enveloppe existante de 45 millions €).

Commentaire éditorial

Des mesures concrètes prises par d’autres forums institutionnels sont primordiales pour faire avancer le plan d’action du G20 de juin 2011. Le rôle du G20 consiste à apporter un soutien politique à l’élaboration pratique de ces activités concrètes. Dans ce contexte, la mesure dans laquelle les préoccupations politiques des principaux acteurs de l’OCDE peuvent influencer l’élaboration d’actions concrètes suscite quelques craintes. Un bon exemple est le projet pilote en matière de sécurité alimentaire en Afrique de l’Ouest, où l’IATP a affirmé que certains membres du G20 cherchent à placer des restrictions inutiles sur le fonctionnement du système, à la lumière des liens commerciaux internationaux existants.

Toutefois, pour que les réserves alimentaires régionales puissent fonctionner efficacement en termes de facilitation du fonctionnement des chaînes d’approvisionnement de céréales intra-régionales, il est important que leurs modalités soient conformes avec les besoins régionaux et les réalités du marché régional. Si la facilité régionale est perçue comme manquant de stocks suffisants pour satisfaire aux besoins d’urgence (en tenant compte également des stocks nationaux), ou que la libération des stocks n’est pas étroitement liée aux réalités du marché régional, alors les gouvernements régionaux sont susceptibles de continuer à recourir aux restrictions commerciales nationales en cas d’insuffisance de la production.

Les types de mesures ayant des effets de distorsion des échanges qui sont adoptées en réponse aux préoccupations en matière d’approvisionnement alimentaire sont bien illustrées par l’expérience en Afrique orientale où, au vu des déficits alimentaires régionaux sans cesse croissants, le gouvernement tanzanien a introduit une interdiction d’exportation en juillet 2011. Ces mesures de politique commerciale sont susceptibles d’inhiber le développement de chaînes d’approvisionnement de céréales intra-régionales, ruinant les efforts visant à garantir un approvisionnement alimentaire des régions à excédent vivrier vers les régions à déficit vivrier. Cela pourrait à son tour miner la production régionale durant les périodes de tension sur le marché.

Une des leçons tirées du projet pilote en Afrique de l’Ouest est par conséquent l’importance de s’assurer que ces systèmes sont d’abord basés sur les réalités régionales, plutôt que sur les priorités commerciales des principaux exportateurs de céréales du G20. Ces types de modalités opérationnelles seront essentiels pour déterminer dans quelle mesure le Plan d’action du G20 apportera réellement des bénéfices aux pays ACP.

L’examen de l’OCDE souligne l’état d’avancement de la réforme de la PAC et les priorités futures

19 décembre 2011

Le Groupe de travail des politiques et des marchés agricoles de l’OCDE a publié une « Évaluation des réformes de la politique agricole de l’Union européenne ». Ce rapport complet offre une description détaillée des politiques et des instruments politiques de la PAC, aussi bien passés qu’actuels, et les changements intervenus dans les enveloppes budgétaires au fil du temps. Le rapport relève l’importance croissante accordée aux préoccupations en matière de « pérennité des ressources », ainsi que les « inquiétudes traditionnelles concernant les revenus agricoles et la compétitivité ». Il évoque l’important processus de découplage des paiements qui est en cours depuis 1992, mais note comment « la protection aux frontières, les dispositions relatives au marché intérieur et les paiements fixes ont dans une certaine mesure atténué la variabilité des revenus agricoles ou les conséquences de la variabilité des prix sur les revenus ». En mettant cela en perspective, le rapport souligne comment l’élargissement de l’UE a « pratiquement multiplié par trois le nombre des exploitations mais augmenté de moins de 20 % la valeur totale de la production agricole ».

D’après l’OCDE, « la part des recettes brutes des exploitations provenant du soutien aux producteurs a reculé, passant de 39 % à 23 % entre 1986-88 et 2007-09 ». Cette part atteint un « niveau proche de la moyenne de la zone de l’OCDE, qui était de 22 % en 2007-09 ». La part du soutien ayant potentiellement l’effet de distorsion le plus grand a diminué, « passant de 92 % à 34 % entre 1986-88 et 2007-09 » (pour tomber à 27 % en 2012 selon les prévisions), « tandis que sur la même période la part des paiements ayant l’effet de distorsion le plus faible (…) est passée de zéro à 39 % ».

En utilisant des techniques de modélisation, l’analyse conclut que les « effets négatifs de la PAC sur les échanges ont sensiblement diminué à mesure que les régimes des produits ont été progressivement réformés ». S’agissant des réformes en cours, l’analyse affirme que la « suppression des quotas laitiers » aboutira à « des troupeaux plus importants et des rendements laitiers supérieurs », ainsi qu’à une production de lait plus importante et des prix plus faibles. Par ailleurs, la production de viande de bœuf devrait diminuer, et les prix augmenter. L’analyse affirme que les « réformes récentes entraînent une augmentation des importations et une diminution des exportations pour tous les produits », par comparaison avec une hypothèse de poursuite de l’Agenda 2000.

Dans le secteur sucrier, le rapport de l’OCDE affirme que les réformes de 2006 ont réduit la protection et amélioré l’orientation marché et la compétitivité, mais que le « marché intérieur est toujours protégé par les réglementations de l’accès au marché ».

Ces prévisions, semble-t-il, ne tiennent pas compte d’autres développements mondiaux qui pourraient affecter les marchés et les prix.

L’analyse se penche également sur l’impact de la réforme de la PAC sur les marchés fonciers dans l’UE, les revenus agricoles, l’environnement et le développement rural, ainsi que sur la distribution du soutien agricole de l’UE.

S’agissant des réformes entreprises à ce jour, le rapport de l’OCDE conclut que :

  •  « globalement, les réformes de la PAC (…) ont accru de manière sensible et continue l’orientation marché du secteur, réduit les distorsions et amélioré la capacité de la PAC à transférer des revenus aux agriculteurs » ;
  • « des réductions importantes de la protection globale ont été progressivement réalisées, à un rythme inégal qui varie d’un secteur à l’autre », certains secteurs restant protégés par « les restrictions de l’accès au marché et les dispositions en faveur de l’utilisation des subventions à l’exportation » ;
  • « la réduction des distorsions pour l’Union européenne et les marchés mondiaux a permis aux agriculteurs de l’Union de tirer profit d‘opportunités de marché liées à une demande plus forte et diversifiée pour des utilisations alimentaires et non alimentaires, mais aussi aux prix réels plus élevés pour un certain nombre de grands produits de base qui sont attendus durant la prochaine décennie » ;
  • « avec la réduction de la gestion des marchés, les agriculteurs sont devenus plus sensibles à la volatilité des prix des marchés des produits agricoles ».

L’analyse fait état des défis futurs qui se posent au secteur agricole de l’UE tels que la sécurité alimentaire, le changement climatique et la volatilité du marché. Elle affirme que les réformes futures devraient se poursuivre avec une plus grande orientation vers le marché et une réduction supplémentaire des distorsions, en mettant l’accent sur une « amélioration plus large de l’accès au marché dans le cadre des négociations commerciales internationales et bilatérales en cours ». Ceci, cependant, exige de s’attaquer aux « déficiences résiduelles du marché » qui entravent la compétitivité de l’UE. Le rapport préconise de recourir davantage aux instruments de gestion des risques et de mieux cibler l’aide pour améliorer les performances environnementales et renforcer la contribution au développement rural. Mais il ajoute que cela requiert une plus grande clarté sur les objectifs politiques et la définition de cibles mesurables correspondant à chaque objectif, avec une corrélation plus étroite entre l’utilisation des instruments politiques et l’objectif politique désiré. 

Commentaire éditorial

L’analyse des développements au niveau agrégé peut négliger certains des effets spécifiques aux pays du déploiement d’instruments politiques particuliers de la PAC, en particulier dans le contexte de l’amélioration de la politique de filet de sécurité de l’UE, des instruments qui peuvent temporairement renverser certaines tendances sous-jacentes si les conditions de marché l’exigent (par ex. la réduction des achats à l’intervention et des restitutions à l’exportation).

Dans ce contexte, d’un point de vue ACP, il est nécessaire d’avoir une évaluation bien plus détaillée de l’impact du déploiement des instruments politiques spécifiques (et des combinaisons d’instruments politiques) en réponse aux développements de marché spécifiques et leurs conséquences à court, moyen et long terme pour les producteurs ACP dans les différents pays, ainsi que pour les gouvernements ACP individuels œuvrant à développer structurellement leurs secteurs agroalimentaires et à transformer la base de leur engagement avec l’économie mondiale.

Cela serait conforme avec l’accent politique émergent de l’UE sur un meilleur ciblage de l’utilisation des instruments politiques, garantissant la réalisation d’objectifs clairement définis. Dans ce cas, ces objectifs politiques de l’UE ont trait à la cohérence des politiques pour le développement, un engagement maintenant officiellement entériné dans le traité de Lisbonne. 

Une initiative nationale dans le secteur laitier entend opérationnaliser une nouvelle politique sur le fonctionnement des chaînes d’approvisionnement

27 décembre 2011

Un récent communiqué de presse d’Eurocommerce, un organe représentatif des secteurs de la vente au détail, en gros et du commerce international en Europe, souligne le débat persistant dans l’UE au niveau du secteur et de l’industrie sur la manière de promouvoir un meilleur fonctionnement des chaînes d’approvisionnement alimentaire.

Au Royaume-Uni, des organisations d’agriculteurs souhaitent développer des modèles de contrats pour les producteurs de lait en vue de les utiliser dans les négociations avec les entreprises de transformation de produits laitiers. En France, des initiatives similaires sont actuellement mises en œuvre dans le cadre de la législation introduite en 2010 (Loi de modernisation de l’agriculture – LMA). D’après les articles de presse, cette loi « oblige les laiteries françaises à rédiger des contrats d’approvisionnement de lait cru pour les soumettre à leurs agriculteurs », dans le but d’améliorer la position de ces derniers vis-à-vis de l’industrie de transformation. Toutefois, à ce jour, à peine 5 % des agriculteurs français ont signé ces contrats. Ceux-ci ont été décrits par les agriculteurs comme « totalement inacceptables », puisqu’ils ne contiennent aucun engagement concret sur le prix et que les volumes à fournir restent une prérogative réservée au transformateur. En outre, ces contrats « ne permettent pas aux producteurs de s’unir afin d’augmenter leur pouvoir de négociation ».

En conséquence, le Conseil français du lait a maintenant rédigé un « contrat de référence », qu’il recommande aux agriculteurs d’utiliser lorsqu’ils négocient avec les transformateurs de lait. Le Conseil du lait souhaite obtenir l’aval du ministre français de l’Agriculture pour ce contrat. Les producteurs qui adoptent le contrat cèdent leur droit de négociation avec les transformateurs au Conseil du lait pendant une période de 5 ans. Le contrat de référence « spécifie le volume à approvisionner et stipule un prix du lait basé sur les coûts de production réels, vérifiés annuellement par une commission indépendante ».

Le European Milk Board (EMB) a approuvé cette approche française consistant à baser les prix sur des dispositions relatives aux « coûts de production plus ». En octobre 2010, l’EMB avait critiqué l’opposition du Conseil de l’UE à la mise en place d’une agence de contrôle du secteur du lait, proposée par le Parlement européen. Une telle agence « collecterait des données commerciales sur le volume, le prix et les coûts », et établirait une obligation à l’échelle de l’UE « de conclure des contrats entre producteurs et laiteries » liant les prix aux coûts de production. Ces propositions ont cependant été rejetées par le Conseil de l’UE.

D’après l’EMB, « après la fin de la régulation nationale par quotas, c’est uniquement par le biais d’une agence de régulation qu’il sera possible d’empêcher une surproduction préjudiciable dans l’UE et d’éviter que le marché ne s’enfonce encore plus profondément dans la crise ». Les producteurs laitiers de l’UE craignent que l’expérience suisse de 2009 ne se répète, lorsque le « législateur suisse a aboli les quotas sans introduire une réglementation de suivi pour le marché laitier », qui a donné lieu à une spirale baissière des prix du lait payés aux producteurs.

Au-delà du secteur laitier, le Forum à haut niveau de l’UE sur l’amélioration du fonctionnement de la chaîne d’approvisionnement alimentaire a « salué la proposition d’un ensemble de principes visant à assurer des relations commerciales plus équitables le long de la chaîne d’approvisionnement alimentaire ». Le Forum, coprésidé par quatre commissaires principaux, a été établi en 2010 et rassemble des représentants des associations d’agriculteurs et autres parties prenantes. Des experts issus d’organisations actives à diverses étapes de la chaîne d’approvisionnement alimentaire ont été invités à examiner les pratiques commerciales loyales et déloyales sur la base des pratiques actuelles et passées, afin d’établir un ensemble de principes guidant l’amélioration du fonctionnement des chaînes d’approvisionnement alimentaire. Bien que des progrès aient été accomplis, le défi consiste maintenant à déterminer « comment mettre en œuvre et appliquer au mieux ces principes et s’assurer qu’ils sont appliqués dans les relations commerciales quotidiennes ». Ce travail est jugé comme apportant une « contribution non négligeable au travail de la Commission consistant à identifier les options politiques appropriées pour promouvoir un meilleur fonctionnement des chaînes d’approvisionnement alimentaire en Europe ».

Commentaire éditorial

Avec l’abandon d’une régulation des prix et de la production au profit d’un système agricole davantage orienté vers le marché dans l’UE, la question des relations de pouvoir inégales le long des principales chaînes d’approvisionnement alimentaire fait l’objet d’une attention croissante. Bien que la CE ait essayé d’établir un cadre politique à l’échelle de l’UE, c’est essentiellement au niveau national que les initiatives commencent à rendre cette politique plus opérationnelle.

Ces initiatives sont de plus en plus axées sur le renforcement des organisations de producteurs et sur la mise en place de cadres transparents pour la négociation de contrats d’entreprise à entreprise. Cet accent est également potentiellement applicable aux chaînes d’approvisionnement ACP-UE. Il s’applique à la fois aux secteurs où les systèmes de prix régulés sont démantelés (par ex. le secteur du sucre) et aux secteurs où il existe d’énormes disparités de pouvoir le long des chaînes d’approvisionnement. Cette dernière dimension est particulièrement importante pour les économies agricoles basées sur des petits exploitants, et dès lors pour la réalisation des objectifs de sécurité alimentaire et d’éradication de la pauvreté.

L’expérience de l’UE s’agissant de l’évolution de sa politique en vue de promouvoir un meilleur fonctionnement des chaînes d’approvisionnement alimentaire semble offrir une opportunité utile pour un dialogue ACP-UE plus approfondi, axé sur les grandes leçons tirées de la récente initiative de l’UE.

Des exportations massives de maïs mettent en péril l’offre locale de maïs en Afrique du Sud

27 décembre 2011

D’après le PDG de Grain South Africa, Jannie de Villiers, une pénurie de maïs est imminente en Afrique du Sud après des exportations massives de maïs. L’Afrique du Sud a exporté plus de 1,2 million de tonnes de maïs vers le Mexique, la Corée du Sud et Taiwan entre mai et novembre 2011. De plus, le maïs exporté a été puisé dans les stocks encore présents dans les silos sud-africains. Cela « provoque un vent de panique parmi les acheteurs locaux », selon M. de Villiers.

Ces exportations de maïs ont été vendues à un prix moyen de 1 400 R (128 €) par tonne, mais les prix locaux en novembre 2011 atteignaient les 2 900 R (265 €) par tonne et devaient dépasser 3 000 R (275 €) par tonne à la fin du mois.

Un représentant du ministère de l’Agriculture a déclaré que la situation actuelle était le produit des « exportations florissantes de maïs par le secteur privé ces derniers mois », l’Afrique du Sud subissant l’effet de la « dynamique du marché ».

Le National Agricultural Marketing Council (Conseil national de commercialisation agricole) d’Afrique du Sud avait proposé en son temps la mise en place d’un système d’information pour suivre les « intentions d’importation et d’exportation » pour les céréales, mais cette idée avait été rejetée par les acteurs de l’industrie.

La situation actuelle sur le marché sud-africain est susceptible d’augmenter les prix du maïs au détriment du secteur de l’élevage en Afrique du Sud. La situation de l’offre de maïs au niveau national doit être envisagée à la lumière de la hausse des cours internationaux, due aux conditions météorologiques défavorables.

Toutefois, il convient de ne pas oublier les déclarations dans la presse selon lesquelles les producteurs sud-africains envisageaient d’augmenter les surfaces consacrées à la culture de maïs lors de la campagne 2011/12 (de près de 10 %) en réponse à la hausse des prix. Le Crop Estimates Committee (CEC ou Comité des estimations des cultures) d’Afrique du Sud « s’attend à ce que l’Afrique du Sud récolte 10 608 millions de tonnes de maïs » en 2010/11.

Commentaire éditorial

La situation actuelle de l’offre de maïs en Afrique du Sud contraste nettement avec la situation au début de 2011. En juillet 2011, l’USDA avait fait état d’« un report de stock d’environ cinq millions de tonnes et une récolte d’environ 11 millions de tonnes » (voir article Agritrade «  Baisse de la production de maïs d’Afrique du Sud », 6 octobre 2011). En février 2011, l’USDA avait indiqué que les niveaux des stocks étaient suffisamment élevés pour contenir les prix du maïs local malgré les tendances des cours internationaux du maïs (voir article Agritrade «  Tendances divergentes au sein du secteur céréalier sud-africain », 2 mai 2011). Cela a aidé le secteur de la volaille sud-africain à supporter la concurrence croissante des importations de volaille du Brésil (voir article Agritrade «  Tendances dans le secteur sud-africain de la volaille », 12 novembre 2011).

Toutefois, l’absence d’un système d’information sur la commercialisation pour assurer le suivi des exportations, des importations, des niveaux des stocks, des tendances de consommation et des prévisions de production a contribué à l’augmentation rapide des prix locaux du maïs, ceux-ci étant dans l’incapacité de s’ajuster de manière opportune à la baisse des stocks.

Le secteur de l’élevage de l’Afrique du Sud se retrouve ainsi confronté à des prix de l’alimentation animale considérablement plus élevés, portant préjudice à la compétitivité des producteurs de volaille sud-africains par rapport aux importations de viande de volaille du Brésil, des États-Unis et de l’UE. Cela devrait à son tour accroître la pression de la part de l’industrie de la volaille sud-africaine pour des niveaux plus élevés de protection tarifaire, particulièrement contre les importations de « viande brune », qui peut être exportée aussi longtemps que les coûts de transport restent inférieurs aux coûts des méthodes d’élimination alternatives. Il existe peu de marchés pour ces morceaux dans les pays de l’OCDE (voir article Agritrade «  La structure changeante des exportations de volaille du Brésil suscite d... », 2 mai 2011).

Ces développements mettent en lumière la nécessité de disposer de nouveaux types d’instruments politiques (tels que les systèmes d’information de marché et les exigences de déclaration statutaires) pour surmonter les défaillances du marché et renforcer le fonctionnement des chaînes d’approvisionnement nationales.

Une nouvelle politique du secteur de la volaille en préparation au Ghana

27 décembre 2011

D’après un rapport de l’USDA, le gouvernement du Ghana serait en train de préparer « un document sur la revitalisation de l’industrie de la volaille au Ghana ». Cela fait suite aux pressions exercées par l’Association nationale des producteurs de volaille « pour augmenter les droits de douane sur la volaille afin de protéger le secteur ».

En octobre 2011, le vice-ministre ghanéen de l’Alimentation et de l’Agriculture, le Dr Alfred Sugri Tia, a engagé le gouvernement à utiliser « tous les moyens légitimes pour décourager l’importation de viande surgelée dans le pays ». Cet engagement inclura un soutien aux producteurs locaux de volaille en vue d’obtenir une alimentation animale meilleur marché, via un appui au développement de la production de maïs et de soja. Il a également appelé le gouvernement à mettre en œuvre « à la fois des moyens tarifaires et non tarifaires pour rendre leurs produits compétitifs sur le marché intérieur ».

En octobre, l’USDA a signalé des retards dans l’obtention des licences d’importation par les importateurs de volaille ghanéens. Toutefois, le vice-ministre de l’Alimentation et de l’Agriculture a indiqué que le gouvernement « n’interdirait pas l’importation de viande surgelée puisque cela enfreindrait les règles et conditions du commerce international, mais qu’il créerait plutôt une atmosphère plus favorable pour les agriculteurs locaux afin qu’ils pénètrent le marché sous-régional ouest-africain avec une viande saine comparativement meilleur marché ».

Le vice-ministre Tia a fait remarquer qu’au fil des années le Ghana était devenu « le déversoir pour la volaille et le bœuf importés ». Ceci est corroboré par l’analyse de l’USDA : lors de la campagne de commercialisation 2002, le Ghana a importé 20 752 tonnes de morceaux de volaille, un chiffre qui atteignait 98 000 tonnes en 2010 et 105 000 tonnes en 2011. Cela a contribué à inverser la croissance rapide du secteur de la volaille ghanéen survenue dans les années 1980 et 1990, lorsque 80 % des besoins domestiques en volaille et en œufs étaient satisfaits par la production locale. En 2010, la part de marché des producteurs locaux accusait une baisse de 10 %, car « la plupart des producteurs à petite et moyenne échelle ont abandonné la production ». L’USDA attribue cette baisse des performances à « des coûts de production très élevés » (alimentation animale, médicaments et électricité), les produits importés étant « 30 à 40 pour cent moins chers que la volaille produite localement ».

La forte croissance de la consommation intérieure de viande de volaille dans les zones urbaines montre une nette préférence pour la volaille surgelée importée, qui est prédécoupée et prête à être utilisée. Si les États-Unis dominaient le marché de la volaille ghanéen il y a une dizaine d’années, culminant avec une part de marché de 50 % en 2003, en 2010 cette part de marché avait chuté à 22 %, les exportations de volaille surgelée du Brésil et de l’UE gagnant du terrain. Les consommateurs ghanéens semblent préférer les morceaux de volaille surgelée du Brésil, qui sont « perçus comme étant de meilleure qualité que les morceaux américains ». Ceci malgré l’avantage de prix des exportateurs américains (les morceaux de volaille des États-Unis sont vendus à 22 $US par boîte de 10 kg, contre 24 $US pour les morceaux du Brésil et 33 $US pour les morceaux de l’UE).

Commentaire éditorial

D’après une analyse de la Caribbean Poultry Association, les politiques changeantes en Russie et en Chine (impliquant des restrictions d’importation ou des interdictions totales d’importation, d’après la FAO) ont engendré « une accumulation importante de viande brune (volaille) » aux États-Unis. Le pays a ainsi été contraint de rechercher des marchés alternatifs, non seulement « dans sa propre arrière-cour, les Caraïbes », mais aussi dans les marchés traditionnels tels que le Ghana.

Au même moment, les exportations de volaille du Brésil ont atteint un niveau record de 13,6 millions de tonnes, enregistrant une augmentation de 6 % en 2010 et de 5 % supplémentaires en 2011 (voir article Agritrade «  Les tendances des exportations de volaille du Brésil et de la Thaïlande... », 12 novembre 2011). Les exportations de l’UE devraient augmenter de 11,6 % en 2011 et de 2 % supplémentaires en 2012, dans un contexte où les exportations de « morceaux de volaille et de viande désossée mécaniquement à bas prix vers l’Afrique subsaharienne ont nettement augmenté » (voir article Agritrade «  La production et les exportations de volaille de l’UE continuent d’augme... », 12 novembre 2011).

Ceci place le gouvernement ghanéen dans une position extrêmement sensible en termes de politique commerciale en matière de volaille, étant donné l’engagement à ne pas interdire l’importation de volaille surgelée. Dans ce contexte, certaines des actions poursuivies par la Caribbean Poultry Association peuvent être pertinentes. Elles comprennent l’utilisation renforcée des contrôles SPS, notamment l’introduction des interdictions de reconditionnement des produits à base de volaille surgelée (la volaille importée doit être vendue dans l’emballage d’origine dans lequel elle a été importée) et une interdiction de décongeler la viande surgelée pour la vendre en tant que volaille fraîche. L’introduction de l’étiquetage du pays d’origine est également envisagée.

Ces mesures, cependant, sont conçues pour compléter les mesures tarifaires impliquant des surtaxes supplémentaires allant jusqu’à 100 %, qui dans le cas des Caraïbes ne dépassent pas les engagements en matière de droits consolidés de l’OMC.

Ghana : l’heure d’une décision sur l’APE intérimaire bilatéral paraphé approche

27 décembre 2011

D’après certains articles de presse, le gouvernement du Ghana devrait informer ses partenaires de la CEDEAO de sa décision d’aller de l’avant avec la signature, la ratification et la mise en œuvre de son APE intérimaire, malgré la préférence du gouvernement pour l’adoption d’une approche régionale commune. La ministre du Commerce et de l’Industrie, Hannah Tetteh, a déclaré que peu de progrès avaient été réalisés dans les négociations d’APE régionaux, le gouvernement du Ghana devant « prendre une décision dans les plus brefs délais quant à la meilleure façon de poursuivre ». Lors d’une réunion d’experts régionaux organisée en novembre, la ministre a exhorté les partenaires régionaux du Ghana « à éviter une situation où la non-conclusion du pacte déboucherait sur des régimes commerciaux différents dans la région ».

Ces remarques ont fait suite à la présentation le 30 septembre 2011 d’une proposition de la CE visant à amender le règlement d’accès au marché de décembre 2007 (règlement 1528/2007), qui appliquait à titre provisoire les dispositions d’accès en franchise de droits et de contingents des divers APE intérimaires paraphés. Cette nouvelle proposition supprimerait les pays de la liste des bénéficiaires à compter du 1er janvier 2014, si les gouvernements des pays concernés sont jugés comme n’ayant pas accompli suffisamment de progrès dans la signature, la ratification et la mise en œuvre des dispositions des APE intérimaires paraphés.

Les organisations de la société civile au Ghana, cependant, continuent de préconiser d’accorder la priorité aux marchés régionaux, puisque « plus de 90 pour cent des exportations de produits manufacturés les plus dynamiques du Ghana sont écoulés dans la sous-région d’Afrique de l’Ouest ». Des organismes de la société civile prétendent que certaines dispositions « sapent directement » le développement du commerce intra-régional en Afrique de l’Ouest.

Les négociateurs européens et ouest-africains se sont rencontrés du 15 au 18 novembre à Accra. Des progrès semblent avoir été réalisés « sur le texte de l’accord et le Programme d’APE pour le développement ». Le travail semble se poursuivre sur les questions liées à l’offre d’accès au marché de l’Afrique de l’Ouest. Une session spéciale consacrée aux règles d’origine est prévue pour février 2012, et sera suivie par une réunion au niveau technique et des hauts responsables. Parmi les questions en suspens, il y a l’absence d’une « source crédible de financement » pour le Programme d’APE pour le développement d’un montant de « 16 milliards $US », et « les désaccords sur le calendrier de l’ouverture des marchés ouest-africains aux produits en provenance de l’UE », y compris dans le secteur agricole.

Au même moment, le directeur du commerce de la CEDEAO a affirmé que, malgré les désaccords, les négociations d’APE CEDEAO-UE n’avaient pas échoué, et que les négociateurs commerciaux régionaux « n’allaient pas sacrifier un bon accord sur l’autel du temps ». 

Commentaire éditorial

Si les exportateurs ghanéens devaient perdre leur accès en franchise de droits et de contingents sur le marché de l’UE, des droits de douane plus élevés seraient appliqués sur 34,6 % des exportations totales vers l’UE, avec l’application d’un droit supplémentaire moyen de 10,3 %. Des augmentations importantes des droits de douane au titre du régime SGP seront appliquées aux exportations de thon préparé et en conserve (un droit de 22,5 %) et aux exportations croissantes de bananes du Ghana vers l’UE (un droit de douane spécifique de 176 €/tonne).

Une réimposition des droits d’importation sur les bananes pourrait compromettre la croissance prometteuse de la production et des exportations de bananes au Ghana de ces dernières années. De fait, avec l’octroi de préférences tarifaires aux fournisseurs de bananes d’Amérique centrale et latine au titre des accords commerciaux récemment conclus, les exportateurs de bananes ghanéens seraient confrontés à d’énormes difficultés pour essayer de maintenir leur présence sur le marché de l’UE en cas de réimposition de droits à l’importation sur les bananes.

Le retour au traitement SGP pour le Ghana pourrait également freiner les efforts visant à développer les activités de transformation à plus forte valeur ajoutée du cacao, étant donné les droits de douane SGP appliqués sur les produits à base de cacao à plus forte valeur ajoutée (poudre de cacao, 2,8 % ; beurre de cacao, 4,2 % ; pâte de cacao, 6,1 % ; poudre de cacao avec sucre ajouté, s’attirant des droits de douane considérablement plus élevés sur la base de la teneur en sucre).

Aucune évaluation complète des implications potentielles des clauses litigieuses encore en suspens concernant l’utilisation des instruments de politique commerciale agricole au Ghana n’a encore été entreprise, bien qu’il semble que les « dispositions de statu quo » puissent freiner le développement de politiques dans certains secteurs (par ex. la politique tarifaire du secteur de la volaille).

La pénurie de produits phytosanitaires pour des cultures mineures doit être résolue

27 décembre 2011

Après que les organisations d’agriculteurs européens ont exprimé leurs préoccupations concernant la pénurie de produits phytosanitaires agréés pour des cultures relativement mineures, la CE a financé une étude visant à examiner un problème qui pourrait potentiellement avoir un impact sur une production estimée à 70 milliards € par an. Le retrait de certains produits phytosanitaires suite à la révision de la réglementation sur les pesticides de la CE a engendré quelques problèmes. L’indisponibilité de certains produits phytosanitaires porte préjudice aux rendements et à la qualité des aliments, et a un impact sur les revenus des agriculteurs. Des solutions appliquées à titre transitoire impliquant des dérogations temporaires n’ont pas réussi à résoudre le problème.

En novembre 2011, l’étude a été examinée par les associations de l’industrie agroalimentaire lors d’un atelier organisé à Bruxelles. Cet atelier a mis en avant plusieurs domaines d’action possibles, à savoir :

  • la mise en place d’un Programme européen pour les cultures mineures est essentielle pour assurer une meilleure communication entre les autorités et la chaîne agroalimentaire pour trouver les meilleures solutions ;
  •  la mise en place d’une « base de données européenne sur les produits et les usages », pour aider les producteurs directs à identifier les produits autorisés pertinents ;
  • une « plus grande utilisation de la reconnaissance mutuelle des substances actives autorisées au niveau des États membres ».

On considère que des initiatives politiques concrètes au niveau de l’UE pourraient encourager les efforts de recherche et de développement par l’industrie des produits phytosanitaires. Le COLEACP, le Comité de liaison ACP-UE, note que « le renforcement de la recherche et du développement aura un effet ricochet sur la disponibilité de solutions de protection des végétaux pour les exportations horticoles des ACP vers l'UE ».

Commentaire éditorial

Il est primordial que toute mesure politique de l’UE visant à aborder les pénuries de produits phytosanitaires pour des cultures spécifiques inclue une dimension ACP active. Les exportations horticoles ont gagné en importance pour plusieurs pays ACP au cours de ces 15 dernières années, tandis que pour certains produits les pays ACP représentent une source importante d’approvisionnement pour l’UE.

Garantir que toute politique de l’UE dans ce domaine inclut une dimension ACP importante (par ex. en fournissant un accès aux bases de données, en promouvant une reconnaissance mutuelle et en trouvant des solutions pratiques à des problèmes spécifiques) peut être considéré comme une manifestation de l’engagement politique de l’UE, au titre du traité de Lisbonne, à prendre en considération tous les effets de ses politiques sur les pays en développement.

Maurice continue d’augmenter ses exportations de sucre à plus forte valeur ajoutée

27 décembre 2011

En novembre 2011, la Chambre d’agriculture de Maurice a fait état d’une augmentation de 5 % de la production de sucre (à 410 000 tonnes). Cette augmentation de la production soutient les efforts visant à augmenter la production et l’exportation de sucres à plus forte valeur ajoutée.

Grâce à une production plus importante de sucre raffiné et aux revenus issus de la cogénération d’électricité, Omnicane, la principale sucrerie de Maurice, a annoncé une augmentation de ses bénéfices avant impôt de 17 %. Omnicane investit également dans la région d’Afrique orientale au sens large, au travers de son entreprise conjointe avec le groupe kényan Kwale International Sugar (voir article Agritrade «  Le Kenya obtient la prolongation des sauvegardes pour le sucre dans un c... », 20 novembre 2011).

Commentaire éditorial

Consciente de la résilience des prix du sucre raffiné de l’UE par rapport aux prix du sucre brut, l’industrie du sucre de Maurice poursuit avec succès une stratégie d’investissement dans les activités de transformation à plus forte valeur ajoutée, ainsi que le développement d’autres sources de revenus liées à la production de canne à sucre (par ex. la cogénération d’électricité). Le lancement de cette stratégie a précédé l’annonce des réformes du secteur sucrier de l’UE, et était basé sur la déclaration d’intention de la CE de réformer son secteur sucrier au cours de la période 1999-2000.

Dans le cadre de sa stratégie de restructuration, l’industrie sucrière mauricienne a recherché de nouveaux partenaires commerciaux en Europe, pour l’aider dans le conditionnement et la commercialisation de sucre raffiné. L’expérience acquise sur le marché de l’UE semble précieuse en termes de conditionnement et de commercialisation de sucre raffiné sur les marchés régionaux et internationaux, où la croissance de la consommation de sucre devrait être bien plus forte que dans l’UE.

L’objectif ultime de Maurice est de se transformer en un producteur de produits à plus forte valeur ajoutée basés sur la canne à sucre. L’investissement dans le développement de la production de sucre dans les pays est-africains voisins doit être envisagé sous cet angle, puisqu’il permettra de garantir un approvisionnement en sucre indispensable au développement d’une production de sucre à plus forte valeur ajoutée compétitive au niveau mondial. L’expérience de Maurice présente un intérêt considérable pour les pays désireux de réorienter leur industrie sucrière plus traditionnelle pour tirer profit des conditions et opportunités de marché futures.

Une augmentation de la production de cacao s’avère nécessaire pour répondre à une demande croissante

27 décembre 2011

Bien que les prix du cacao aient chuté à leur niveau le plus faible depuis 2 ans, un des « grands fabricants mondiaux de chocolat » a affirmé en novembre 2011 que « la production mondiale de cacao doit augmenter de plus d’un quart pour éviter aux fabricants de sérieux défis en termes d’approvisionnement ». Juergen Steinemann, directeur général de la chocolaterie Barry Callebaut, a indiqué qu’une augmentation de la production de cet ordre était nécessaire au vu de la croissance de la demande de chocolat de 2 à 3 % par an, découlant essentiellement d’une croissance de la demande dans les nouvelles économies émergentes, en particulier l’Asie. Dans l’année s’achevant fin août 2011, le volume des ventes de chocolat de Barry Callebaut sur le marché asiatique a augmenté de 10,4 % (contre une augmentation mondiale de 7,2 % pour l’entreprise et une augmentation mondiale à l’échelle de l’industrie de 3,1 %).

M. Steinemann a affirmé qu’il était de plus en plus évident que les clients industriels de l’entreprise seraient dans la région Asie-Pacifique, qu’il a décrite comme étant « la prochaine région de croissance ». Toutefois, la clé pour exploiter ce marché émergent consiste à garantir des approvisionnements de cacao en provenance des principaux producteurs en Afrique. Dans cet esprit, l’entreprise a récemment annoncé le lancement d’une initiative pour soutenir les améliorations des rendements et de la qualité parmi les producteurs de cacao ouest-africains.

Ceci s’inscrit dans le cadre de partenariats privé-public de plus grande envergure qui ont été établis pour promouvoir la production de cacao en Afrique de l’Ouest. En novembre, le lancement d’une « station de recherche expérimentale » en Côte d’Ivoire d’une valeur de 5 millions $US a été annoncée, en vue de rassembler les efforts de recherche du National Centre of Agronomic Research (NCAR) et les efforts de recherche privés de Nestlé, tous deux visant à promouvoir la production de cacao. Les organisations de producteurs de cacao de Côte d’Ivoire sont rassurées par la présence du NCAR dans l’effort collaboratif, plusieurs cultivateurs craignant que « l’entreprise commerciale n’agisse que dans son propre intérêt ».

Comoé Marius, président de la Fédération des associations de consommateurs de Côte d’Ivoire, a dit espérer « que Nestlé ne travaillera pas uniquement pour ses intérêts propres, mais aussi pour les producteurs de cacao ivoiriens, et qu'elle va les aider à accroître leurs revenus et améliorer leur qualité de vie ».

Novembre a également vu le lancement d’un partenariat entre la multinationale américaine Cargill et l’Anader, l’agence de soutien au développement rural national de la Côte d’Ivoire, apportant un investissement de 1,5 milliard de francs CFA (2,3 millions €) pour la formation des producteurs et la distribution de 600 000 nouveaux plants de cacao. Le partenariat public-privé sera axé sur l’amélioration des pratiques agricoles et des activités post-récolte, « afin d’améliorer les rendements et la qualité, d’améliorer la bonne gouvernance des coopératives et d’accroître les revenus des cacaoculteurs grâce à la prime de certification ».

Commentaire éditorial

Barry Callebaut est un parfait exemple d’une entreprise européenne exploitant la croissance rapide de la demande dans la région Asie-Pacifique en s’approvisionnant en matières premières en Afrique. Le défi qui se pose aux pays producteurs de cacao ouest-africains consiste à tirer parti des préoccupations internationales concernant les approvisionnements futurs pour répondre à la croissance de la demande dans la région Asie-Pacifique, en nouant de nouvelles relations qui permettront de développer progressivement la filière du cacao d’Afrique de l’Ouest, transformant la base de son intégration dans la chaîne d’approvisionnement mondiale du cacao/chocolat.

Ceci offre un exemple de la manière dont la nouvelle dynamique économique mondiale, créée par le rôle croissant des économies émergentes, pourrait être utilisée par les pays africains pour transformer la base de leur relation dans des chaînes d’approvisionnement spécifiques.

En outre, les préoccupations exprimées par les dirigeants des agriculteurs soulignent également l’importance d’examiner comment fonctionnent les chaînes d’approvisionnement du cacao, afin de s’assurer que toute augmentation de la production de cacao en Afrique de l’Ouest profite aux producteurs et ne se traduise pas simplement par des chutes de prix dont ils sortiront finalement perdants. 

Impact du changement climatique sur la production de cacao en Afrique de l’Ouest

07 janvier 2012

Un rapport rédigé par des scientifiques spécialistes du climat du Centre international pour l’agriculture tropicale (CIAT) basé en Colombie, commandé par la Fondation Bill et Melinda Gates, prévoit que « la hausse des températures engendrera des chutes drastiques de la production de cacao d’ici 2030 au Ghana et en Côte d’Ivoire ». Le Ghana et la Côte d’Ivoire produisent actuellement environ 53 % de l’offre mondiale commercialisée de cacao, le Ghana produisant un cacao de première qualité qui fait figure de référence pour les marchés mondiaux. D’après le rapport, « des températures plus élevées signifient que les cacaoyers sensibles à la chaleur lutteront pour obtenir suffisamment d’eau lors de la période de croissance, réduisant ainsi le développement des cabosses de cacao ».

Cependant, le Conseil du cacao du Ghana a minimisé le rapport, affirmant qu’il met en place des « mesures pour réduire l’impact du changement climatique sur la production de cacao dans le pays ».

Dans le Nigeria voisin, le vieillissement des producteurs de cacao pourrait entraîner un sous-investissement dans le renouvellement des plantations de cacaoyers. Actuellement, la majorité des producteurs de cacao nigérians ont plus de 60 ans, alors que ce groupe d’âge ne représente que 3,1 % de la population générale. Cela est jugé comme un facteur pouvant freiner les efforts du gouvernement visant à promouvoir le triplement de la production de cacao.

Des articles de presse suggèrent que cela n’est qu’un aspect du problème. Ces dernières années, les coûts salariaux dans ce secteur ont augmenté plus vite que les prix du cacao, tandis que le secteur de la transformation est caractérisé par un manque d’investissements, des arrêts fréquents des activités et une sous-utilisation (à peine un tiers de la capacité installée est apparemment utilisé). Les taxes et droits prélevés par le gouvernement sont également considérés comme un frein à l’augmentation de la production de cacao au Nigeria.

Les analystes d’Agrimoney affirment que les prix du cacao sont soutenus par une hausse des activités de broyage de cacao en Europe (+ 14 % au cours du dernier trimestre comparé à 2010), avec l’Allemagne en tête. Toutefois, cette hausse des activités de broyage est en partie liée aux effets persistants des troubles politiques en Côte d’Ivoire survenus un peu plus tôt dans l’année, le broyage annuel n’ayant augmenté que de 8,5 %. Cette augmentation s’explique également par les exportations d’Europe vers « les pays émergents, où la consommation affiche une forte croissance ».

Commentaire éditorial

Les chiffres des broyages du cacao en Europe, un indicateur de l’évolution de la consommation, au troisième trimestre 2011 ont surpris par l’ampleur de la hausse en particulier en Allemagne avec + 36 %. Ils progressent aussi, dans une moindre mesure, aux États-Unis, mais reculent en Malaisie. Demeure tout de même une incertitude quant à l’évolution de la consommation sur les prochains mois avec la crise économique qui sévit en Occident et les signes de ralentissement en Asie. Si le trend de croissance de la consommation mondiale est anticipé à 2,5 % pour 2011/12, il pourrait facilement baisser à 1 %.

En outre, après une campagne 2010/11 record en Afrique de l’Ouest, avec notamment plus de 1 million de tonnes (Mt) au Ghana et 1,48 Mt en Côte d’Ivoire, la campagne 2011/12, qui a démarré en octobre, se présente sous de bons auspices avec des conditions climatiques favorables. L’International Cocoa Organisation estime que le marché pourrait être excédentaire en 2011/12, une situation qui pèsera sur les prix, qui ont perdu sur les derniers mois sur les marchés de Londres et de New York.

Au Nigeria, la Cocoa Processors Association of Nigeria (COPAN) interpelle le gouvernement depuis plusieurs années sur les difficultés du secteur de la transformation au Nigeria qui souffre notamment du coût élevé des fèves de cacao et des coupures d’électricité. D’environ 18 unités de transformation d’une capacité de 200 000 tonnes en 1986, elles ne sont plus que quelques unes, et transforment moins de 40 000 tonnes par an. La COPAN pointe du doigt la dérégulation du secteur avec des prix au producteur déterminé par les prix internationaux du cacao et de la fluctuation du naira. Les prix internationaux élevés du cacao ont conduit à une hausse de plus de 50 % du prix domestique sur les cinq dernières années, conduisant plusieurs unités de transformation à fermer. Un autre point de grief est les délais de paiement de l’Export Expansion Grant (EEG). Cette dernière est une incitation financière accordée par le gouvernement pour favoriser les exportations non pétrolières et la transformation locale. Face à cette situation, la COPAN estime que les unités de transformation pourraient délocaliser leur production, à l’image de Cargill qui a quitté le Nigeria il y a trois ans pour s’implanter au Ghana avec une unité d’une capacité de 60 000 tonnes.

L’étude de l’International Centre for Tropical Agriculture (CIAT) sur l’impact du réchauffement climatique sur la culture du cacao en Afrique de l’Ouest est certes inquiétante mais les effets, s’ils se réalisent, ne devraient l’être qu’en 2050, ce qui laisse une certaine marge de manœuvre. Le CIAT préconise d’ailleurs dans son rapport certaines mesures pour l’atténuer : la multiplication des projets pour une production durable du cacao en Afrique de l’Ouest est un signal aussi positif pour une meilleure prise en compte de l’environnement.

Les mesures d’économie du gouvernement britannique pourraient augmenter les coûts des importations horticoles

07 janvier 2012

À la fin du mois de novembre, le Fresh Produce Consortium (FPC) du Royaume-Uni a déclaré que « les producteurs et importateurs britanniques seront durement touchés par des augmentations importantes des charges légales liées aux inspections sanitaires des plantes pour les produits frais et les fleurs coupées ». D’après le FPC, les changements proposés impliquent :

  • « les frais d’inspection phytosanitaire des importations : augmentation de 458 % pour les contôles sanitaires des plantes ;
  • les frais de passeport pour les plantes : augmentation de 111 % pour les inspections ;
  • les licences et services relatifs à la santé des plantes : augmentation de 113-312 % des frais ;
  • la certification des semences de pomme de terre : augmentation de 103 % des frais ;
  • les services d’importation pour les pommes de terre en provenance d’Égypte : augmentation de 268 % ».

D’après le FPC, cela pourrait engendrer des augmentations de prix de 1,9 % pour le consommateur « sans le moindre bénéfice » (les hausses des coûts s’agissant des importations seraient proportionnellement plus élevées).

Le FPC affirme que les « problèmes sanitaires dus aux produits frais sont minimes ; représentant à peine moins d’un pour cent de tous les lots ». En outre, « à peine 5 pays étaient responsables de 77 % des problèmes liés aux produits frais et aux fleurs coupées, et 86 % des interceptions portaient sur 4 produits à peine ». Le FPC a appelé à un meilleur ciblage des inspections dans des régions où il existe de véritables problèmes sanitaires pour les plantes », de façon à éviter d’importantes augmentations des coûts.

Le FPC a également appelé à un déploiement plus efficace des ressources humaines des services d’inspection pour « mieux cibler les ressources afin de résoudre les problèmes en mettant l’accent sur les contrevenants et en engageant un dialogue avec ces pays ». Le FPC affirme qu’il conviendrait d’utiliser davantage le système « Assured Trader Scheme [système de négociants certifiés] qui reconnaît les normes élevées appliquées par des négociants réputés ».

Cela doit être envisagé dans le contexte des efforts plus vastes du gouvernement pour promouvoir « une récupération totale des coûts » pour les services fournis par les autorités britanniques d’inspection des conditions SPS et de la sécurité alimentaire.

Commentaire éditorial

Les questions soulevées par le Fresh Produce Consortium du Royaume-Uni offrent un exemple de la manière dont les politiques macro-économiques au sens large dans l’UE peuvent avoir un impact néfaste sur l’environnement commercial pour les exportations horticoles et floricoles des ACP. Ces exportations sont déjà susceptibles d’être affectées par le ralentissement économique (puisque la demande des consommateurs diminue et que les prix sont mis sous pression), la hausse des coûts d’inspection étant susceptible de venir s’ajouter aux défis commerciaux qui se posent aux exportateurs ACP.

Bien que les fournisseurs bien établis soient en mesure d’absorber la hausse des charges, les nouveaux venus, avec de faibles volumes d’exportation initiaux, sont susceptibles de faire face à des problèmes plus sérieux. Les nouveaux exportateurs horticoles des PMA pourraient être sérieusement affectés.

Dans ce contexte, l’utilisation de l’« aide pour le commerce » pour compenser une partie des coûts d’inspection encourus pendant que les nouveaux exportateurs se construisent une réputation (ce qui réduit la fréquence des inspections requises) pourrait être fort utile. De la même manière, une coordination plus étroite des systèmes du secteur privé et des exigences d’inspection du secteur public pourrait également contribuer à réduire la fréquence et l’intensité des inspections pour certains exportateurs établis, sans porter préjudice d’une quelconque manière aux contrôles SPS et de sécurité des denrées alimentaires.

Étant donné les défis en matière fiscale rencontrés dans l’UE, la promotion d’une collaboration plus efficace entre le secteur privé et public pour garantir une conformité aux normes SPS et de sécurité alimentaire semble être un domaine capital d’action rapide. Cela implique de promouvoir une collaboration plus étroite avec les organes concernés du secteur public et privé dans les pays ACP. Ces initiatives pourraient contribuer à réduire les coûts des inspections supportés par les exportateurs ACP.

Des accords commerciaux « allégés » en suspens entre la SACU et les économies émergentes

07 janvier 2012

Des articles de presse sud-africains indiquent qu’un accord commercial SACU-Mercosur doit être conclu en 2012, d’après le ministre sud-africain du Commerce et de l’Industrie Rob Davies. Il est noté que « l’accord pourrait potentiellement réduire les droits de douane que les exportateurs sud-africains paient aux pays d’Amérique du Sud », ainsi que donner accès à de nouvelles techniques sophistiquées d’agro-transformation.

D’après des analystes de la politique commerciale, cependant, l’accord est un « accord commercial allégé », couvrant une gamme limitée de lignes tarifaires.

Au même moment, les discussions sur un accord commercial préférentiel SACU-Inde semblent également progresser.

En août 2011, le South African Revenue Service (SARS) a publié un rapport qui a révélé une diminution de la dépendance de l’Afrique du Sud à l’égard des marchés de l’UE et des États-Unis. Les exportations vers l’UE ont chuté de 34 % des exportations totales au cours du premier semestre de 2006 à 27 % des exportations totales au cours du premier semestre de 2011. La croissance des exportations vers l’Asie a été stimulée par la croissance plus rapide de ces économies au cours de la dernière décennie par rapport aux économies plus développées.

D’après les chiffres du FMI publiés en juin 2011, les taux de croissance prévus pour les économies émergentes et en développement sont trois fois supérieurs à ceux des économies avancées (6,6 % contre 2,2 % pour 2011). En conséquence, « l’économie mondiale devra compter sur les marchés émergents pour stimuler la croissance » au cours de ces prochaines années.  

Commentaire éditorial

Il convient de noter que, bien que le commerce entre la SACU et le groupe Mercosur et l’Inde soit en plein essor, ces accords ne sont pas aussi ambitieux que les accords de zone de libre-échange conclus avec l’UE ou au sein de la région d’Afrique orientale et australe. Les accords envisagés avec le groupe Mercosur et l’Inde impliquent des réductions tarifaires plutôt qu’une élimination tarifaire, et ils ont une couverture de produits plus limitée, permettant l’exclusion d’un éventail plus large de produits sensibles, plus particulièrement les produits agroalimentaires.

La nature limitée de ces dispositions est peu susceptible de soulever le problème de l’invocation de la clause NPF litigieuse, incluse dans l’APE intérimaire SADC-UE, et ne semble pas trop menacer les préférences commerciales dont bénéficie l’UE sur le marché de la SACU au titre de l’accord sur le commerce, le développement et la coopération conclu entre l’UE et l’Afrique du Sud, qui régit les exportations de l’UE vers le territoire de la SACU.

Ceci étant dit, les produits tels que les produits oléagineux transformés pourraient commencer à perdre leurs préférences tarifaires par rapport aux fournisseurs latino-américains, en fonction de la nature des concessions tarifaires accordées au titre d’un quelconque accord final (voir article Agritrade «  Examen du secteur des oléagineux d’Afrique du Sud », 5 juillet 2011).

Les pays du groupe C4 présentent une proposition de « statu quo » à l’OMC

07 janvier 2012

Le 11 novembre 2011, une proposition ouest-africaine à l’OMC selon laquelle « les États-Unis et l’UE devraient geler le soutien au coton, qui a des effets de distorsion des échanges, aux niveaux historiquement faibles actuels » a été débattue à l’OMC à Genève. Les faibles niveaux des paiements au secteur du coton sont le fruit de la hausse des prix du coton, d’après l’ICTSD. Les gouvernements du Bénin, du Burkina Faso, du Tchad et du Mali, qui composent le groupe C4 de pays producteurs de coton, affirment qu’« un “principe de statu quo” devrait s’appliquer à ces subventions en attendant de parvenir à une solution négociée ».

Même si le groupe C4 espérait obtenir l’aval ministériel pour cette proposition lors de la 8e conférence ministérielle de l’OMC prévue pour les 15-17 décembre, des commentaires ultérieurs du président des négociations sur l’agriculture ont laissé entendre, à la mi-novembre, qu’un consensus n’avait pas encore pu être dégagé sur la question.

La proposition du groupe C4 a également réitéré ses requêtes de longue date, entérinées précédemment à l’OMC par le biais de la déclaration ministérielle de Hong Kong. Le groupe avait alors appelé à ce que la priorité soit accordée à des réductions plus ambitieuses des subventions dans le secteur du coton « par rapport à d’autres produits repris dans la “formule générale” des réductions des subventions ». Les États-Unis et l’UE doivent encore répondre à la proposition C4. Officieusement, il semble que, étant donné les débats plus généraux aux États-Unis sur la réduction du déficit, certains progrès soient possibles. D’autres, cependant, estiment que « le paysage politique n’a pas fondamentalement changé depuis que l’on a abordé la question du coton » en juin 2011 dans le cadre des discussions sur un paquet PMA. Les représentants américains ont conditionné toute mesure des États-Unis à « d’autres questions faisant également partie du paquet », y compris les subventions au coton de la Chine et de l’Inde. Les représentants du groupe C4, cependant, prétendent qu’il ne s’agit là que d’une « façon d’éviter de fournir une réponse ». 

Commentaire éditorial

Dans l’UE, nul ne sait ce que les difficultés économiques de la Grèce impliqueront pour le débat sur les subventions au coton. Les propositions de la CE visant à renforcer les aspects « filet de sécurité » de la PAC, couplées aux propositions visant à élargir la possibilité pour les États membres de conserver le soutien découplé dans certaines régions sensibles, impliquent que, même si les dispositions de statu quo sur l’aide au secteur du coton sont acceptées sur le principe, le droit d’octroyer un soutien exceptionnel en cas de développements inhabituels du marché devrait vraisemblablement être conservé.

La structure générale des programmes d’aide agricole de l’UE étant susceptible de devenir moins spécifique à certains produits (les impacts sur le secteur étant plus difficiles à évaluer), nul ne sait comment un tel principe de statu quo pourrait être appliqué en pratique.

Pour les États-Unis, la contrainte budgétaire pourrait peser favorablement sur les subventions au coton. Les négociations sur la prochaine Farm Bill 2012, qui définit les priorités agricoles et mesures relatives à l’agriculture pour les cinq prochaines années, ont démarré. Compte tenu de la nécessité pour les États-Unis de procéder à des coupes budgétaires, le budget prévisionnel alloué sur 2012-2016 devrait être abaissé de $23 milliards par rapport à celui de 2008/12 à $265 milliards. La réduction des financements se concrétisera surtout dans le soutien aux produits agricoles et dans la protection et la sécurité des agriculteurs. En outre, il est envisagé une réduction d’environ 10% du personnel encadrant.

Conscient d’une future baisse des fonds alloués aux producteurs de coton, et plus généralement aux agriculteurs, le National Cotton Council of America (NCC) propose que dans le cadre du réaménagement les efforts portent sur l’accès à un filet de sécurité plus efficace. En particulier le NCC insiste sur la gestion des risques avec le renforcement des assurances récoltes. Le NCC prône aussi de trouver une solution au différend avec le Brésil, qui a été dans un premier temps résolu par une compensation financière et un cadre de consultations, mais n’exclut pas à terme des sanctions sur les produits américains. Après la promulgation de la Farm Bill 2012, il est convenu que le Brésil et les États-Unis feront le point pour savoir si une solution au différend a été trouvée. Le différend demeure donc entier pour l’instant. 

Défis politiques liés au décollage plutôt lent de la production d’huile de palme durable

07 janvier 2012

Un article de presse en ligne sur une réunion organisée récemment en Indonésie avec les principaux producteurs d’huile de palme durable a souligné la lenteur de l’adoption de l’huile de palme durable. Depuis le lancement de la Table ronde pour l’huile de palme durable (RSPO), la production a augmenté à 5 millions de tonnes, soit 10 % de la production mondiale. Toutefois, un représentant de la Malaisie, le deuxième plus grand producteur d’huile de palme, a « pointé le risque de stagnation des approvisionnements durables », affirmant que la marque RSPO doit être suffisamment forte pour « transmettre les garanties nécessaires au marché ». Le président de la RSPO a pour sa part appelé les gouvernements à « envisager d’utiliser les droits de douane en tant qu’instrument pour faciliter le commerce de denrées durables », les droits à l’importation étant structurés en faveur d’une huile de palme durablement produite.

Au titre du système RSPO, les fournisseurs s’engagent « à ne pas détruire des forêts primaires ou toute terre importante pour la vie sauvage et les communautés » et à adopter d’autres pratiques durables. Actuellement, le RSPO a développé trois grands types de chaînes d’approvisionnement d’huile de palme certifiée durable :

  • Huile de palme certifiée durable séparée de l’huile conventionnelle – où l’huile de palme certifiée « est physiquement séparée de l’huile de palme non certifiée depuis l’usine certifiée jusqu’à l’utilisateur final ».
  • Mélange d’huile de palme certifiée durable – qui « autorise les entreprises le long de la chaîne d’approvisionnement, tels que les négociants ou les raffineurs, à mélanger l’huile de palme certifiée avec de l’huile non certifiée pour éviter les coûts de conservation des deux huiles entièrement séparées ».
  • Système « Book and claim » (enregistrement de la production par les producteurs et offre d’achat par les fabricants et détaillants) – il s’agit d’un système commercial basé sur « un certificat séparé du commerce physique de l’huile de palme. Le détaillant ou le fabricant achète de l’huile de palme auprès d’un fournisseur bien établi, ainsi qu’un certificat pour chaque tonne d’huile de palme utilisée. Un paiement pour chaque certificat est directement versé au producteur de l’huile de palme certifiée durable ».

Le système de l’huile de palme certifiée durable séparée de l’huile conventionnelle est le plus coûteux à mettre en œuvre, contrairement au système « Book and claim » qui est le moins cher. Le plus gros inconvénient du système « Book and claim » est qu’il peut encore utiliser l’huile de palme « provenant de sources inacceptables, et qu’il peut par conséquent encore soutenir des producteurs qui n’agissent pas de manière responsable ».

D’après le WWF, l’analyse du fonctionnement du système RSPO (qui a commercialisé l’huile de palme pour la première fois en 2008) fait apparaître que « à peine la moitié » de l’huile disponible a été achetée. Le dernier classement des acheteurs d’huile de palme 2011 du WWF, qui passe en revue l’engagement de chaque entreprise à utiliser l’huile de palme certifiée durable par le RSPO, révèle que, bien que des progrès aient été enregistrés depuis 2009, « les nouveaux engagements ne se traduisent tout simplement pas assez vite par une augmentation de l’utilisation d’huile de palme certifiée durable ». Le WWF invite les entreprises « à redoubler d’efforts pour s’approvisionner totalement en huile de palme durable et traçable ». Le WWF appelle également à une plus grande transparence de l’utilisation de l’huile de palme en tant qu’intrant par les entreprises, ainsi que de leurs politiques d’approvisionnement concernant la durabilité de l’huile de palme utilisée.

New Britain Palm Oil, le principal producteur d’huile de palme de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, a concentré l’essentiel de ses activités sur la production d’huile de palme durable, et affirme que « la demande d’huile de palme certifiée durable et totalement traçable, ainsi que de corps gras et margarines du même type, ne cesse de croître », et que les fabricants de produits alimentaires « renouvellent leurs engagements quant à l’utilisation d’huile de palme certifiée durable et traçable ». La raffinerie d’huile de palme durable basée à Liverpool fonctionne à 80 % de sa capacité installée, ce qui soulève la question de savoir si de nouveaux investissements sont nécessaires pour répondre à la demande croissante au Royaume-Uni.

Commentaire éditorial

Les discussions récentes suggèrent que le développement d’une production d’huile de palme durable est arrivé à une étape cruciale, les décisions de politique publique pouvant potentiellement jouer un rôle important. En termes de relations commerciales ACP-UE, deux questions importantes se posent : la possibilité d’utiliser les droits de douane en faveur des importations d’huile de palme certifiée durable, et le développement et l’application de normes de qualité qui privilégient l’utilisation d’huile de palme certifiée durable dans les denrées alimentaires.

Ces normes de qualité pourraient s’inspirer des critères de durabilité appliqués au titre de la directive sur les énergies renouvelables, qui traite de l’utilisation des cultures oléagineuses dans la production de biocarburants. Les développements politiques dans ces domaines pourraient stimuler l’adoption de l’huile de palme certifiée durable disponible, encourager l’augmentation de l’offre d’huile de palme produite de manière durable et promouvoir une transition vers des systèmes de certification qui éliminent progressivement les « sources inacceptables » d’approvisionnement.

Dans la région du Pacifique, l’entreprise New Britain Palm Oil Ltd (NBPOL) de Papouasie-Nouvelle-Guinée est le plus grand producteur mondial d’huile de palme certifiée durable par la RSPO. Les opérations de NBPOL sont totalement intégrées verticalement. NBPOL expédie désormais sa propre production d’huile de palme vers sa nouvelle installation de transformation à Liverpool, et négocie des contrats directs avec les clients finaux dans l’UE. Les rapports disponibles suggèrent que NBPOL est en mesure de fabriquer et approvisionner une huile de palme durable (séparée de l’huile conventionnelle), traçable et certifiée à ses utilisateurs finaux. En effet, elle s’impose comme le premier fournisseur mondial totalement intégré d’huile de palme au secteur européen des produits de boulangerie et d’alimentation. Pour NBPOL, les surcoûts associés à la production d’une huile de palme certifiée durable totalement séparée de l’huile conventionnelle semblent être compensés par l’échelle des opérations de l’entreprise.

Dans ce contexte, l’accroissement de la demande d’huile de palme produite de manière durable, en particulier de l’huile de palme certifiée durable totalement séparée de l’huile conventionnelle, semble offrir de réels avantages dans le Pacifique, en particulier s’il est assorti d’avantages commerciaux (par ex. des droits de douane réduits).

Il convient de noter cependant qu’alors que NBPOL est effectivement en mesure de satisfaire à tous les critères de durabilité pertinents en matière de production d’huile de palme sur ses plantations, si elle souhaite augmenter ses acquisitions d’huile de palme auprès des milliers de petits producteurs potentiels, elle devra renforcer ses services de vulgarisation et de conseil pour garantir la conformité à tous les critères de durabilité, quel que soit le système de production (public/petits exploitants). Il s’agit là d’un aspect essentiel dont NBPOL devra tenir compte si elle veut conserver sa place de leader dans l’approvisionnement d’huile de palme certifiée durable. 

La production de maïs kényane et le débat sur la politique commerciale en matière de céréales

07 janvier 2012

D’après l’USDA, les importations de maïs kényanes « ne devraient pas décoller durant la campagne de commercialisation 2012 », malgré l’abattement fiscal de 50 % des droits d’importation. Le maïs est principalement importé du Malawi, de la Tanzanie (malgré l’interdiction d’exportation prononcée en juillet) et de l’Ouganda. Les préoccupations en matière de biosécurité liées aux OGM ont eu pour effet de limiter les importations en provenance d’Afrique du Sud.

En juin 2011, les prix du maïs payés aux producteurs ont atteint des niveaux record à 550 $US/tonne, pour ensuite chuter à 350 $US/tonne. La production de maïs kényane devrait atteindre 3 millions de tonnes au cours de la campagne de commercialisation 2012, soit 400 000 tonnes de moins que la production record enregistrée en 2011. Ce déclin a été attribué à une pénurie de semences certifiées et à des retards de livraison des engrais.

D’après l’analyse de l’USDA, les prix élevés du maïs et de la farine de maïs devraient limiter la consommation au Kenya l’année prochaine.

Production de maïs du Kenya (campagne de commercialisation juillet-juin) (en tonnes)

  CC 2009/10 CC 2010/11 CC 2011/12
Consommation 3 580 000 3 660 000 3 600 000
Production 2 200 000 3 400 000 3 000 000
Importations 1 200 000 350 000 500 000

Source : USDA.

Le gouvernement kényan continue de fournir des semences et des engrais gratuits ou subventionnés aux agriculteurs à petite et moyenne échelle, puisque cette politique a contribué à la récolte record de la campagne 2010/11.

Au début du mois de septembre 2011, le gouverneur de la Banque centrale du Kenya a mis en garde contre l’importation de denrées alimentaires pour nourrir les populations affectées par la sécheresse, affirmant que cela pourrait étouffer la production locale. Il a déclaré que « la production des agriculteurs locaux devrait être utilisée en priorité pour nourrir les régions touchées par la famine puisque leurs excédents sont jetés ». La politique commerciale applicable aux céréales suscite un vif débat au Kenya. En septembre, l’association des agriculteurs kényans s’est opposée à une prorogation de la période des importations de maïs en franchise de droits jusqu’en juillet 2012, affirmant que cela porterait préjudice aux revenus des producteurs de maïs locaux. En revanche, la Cereal Millers’ Association a indiqué qu’une telle prorogation « n’affectera pas les agriculteurs mais limitera les possibilités pour les cultivateurs de retirer leur maïs (…) en attendant des prix plus élevés ».

Commentaire éditorial

Le débat sur la politique commerciale applicable au secteur des céréales du Kenya est particulièrement difficile, au niveau non seulement régional mais aussi national. La suspicion règne en maître dans la chaîne d’approvisionnement, la politique du gouvernement restant une pomme de discorde entre les producteurs, les minotiers et les négociants.

Les producteurs de maïs profiteront véritablement de l’augmentation de la production uniquement si la commercialisation de maïs et la politique commerciale générale applicable au maïs sont améliorées. L’infrastructure rurale déficiente et les coûts de transport élevés constituent tous deux des freins importants pour les agriculteurs individuels désireux de contourner les intermédiaires. En outre, les intérêts commerciaux divergents des agriculteurs (prix élevés du maïs) et des minotiers (faibles prix du maïs) doivent également être conciliés. À présent, le libre fonctionnement des marchés, caractérisé par des relations de pouvoir inégales le long des chaînes d’approvisionnement, maintient les prix de la farine de maïs à un niveau élevé malgré la nette baisse des prix du maïs, et cela se fait au détriment des consommateurs et des producteurs.

Le renforcement du fonctionnement de la chaîne d’approvisionnement pour promouvoir une meilleure transparence des relations contractuelles et de la politique commerciale pourrait aider à établir un cadre stable pour la promotion d’une production nationale et d’un commerce intra-régional efficace et rentable de céréales à travers la CAE. Une politique plus cohérente, moins dépendante de mesures provisoires telles que les interdictions d’exportation, pourrait aider les agriculteurs en temps d’excédents et de pénuries, et pourrait également faciliter le bon fonctionnement des chaînes d’approvisionnement alimentaire régionales.

Le rôle joué par le Conseil des céréales d’Afrique de l’Est dans son dialogue avec les autorités publiques respectives sera absolument capital.

L’étude d’impact de la CE suggère que le secteur de la viande de bœuf sera le plus durement touché par un ALE UE-Mercosur

07 janvier 2012

Une étude d’impact d’un potentiel accord de libre-échange entre l’UE et le Mercosur, entreprise par le Joint Research Centre-Institute for Prospective Technological Studies (JRC-IPTS) et financée­ par la CE, suggère qu’un accord « pourrait générer une baisse des revenus agricoles, en particulier dans le secteur de la viande de bœuf ». D’après les dirigeants des agriculteurs de l’UE, « on estime que les prix de la viande de bœuf bovine pourraient chuter de près de cinq pour cent, tandis que la production globale de bœuf reculerait de 2,8 pour cent ». Les effets seront plus importants dans les États membres « plus dépendants de la production de viande ».

Cependant, les effets réels dépendront des différents scénarios simulés, les importations supplémentaires de viande de bœuf de l’UE variant de seulement 5 000 tonnes selon certaines hypothèses, en passant par 250 000 tonnes selon d’autres hypothèses, à 524 000 tonnes selon les hypothèses les plus libérales. Dans ce dernier cas, on estime que la production de l’UE chuterait de 280 000 tonnes, « avec une perte estimée à 4,6 milliards € ». Dans le secteur de la volaille, les pertes sont estimées à 800 millions €.

L’analyse JRC-IPTS a utilisé « deux modèles différents de deux versions hypothétiques alternatives d’un accord bilatéral de libre-échange » et décrit cinq scénarios différents au total, dont trois envisagent plusieurs issues hypothétiques au cycle de Doha. Dans l’ensemble, les simulations montrent qu’« il existe des pertes importantes pour les producteurs de l’UE et des bénéfices pour les producteurs du Mercosur », la divergence de bénéfices la plus importante intervenant lorsque l’ALE est basé sur « la demande du Mercosur de 2006 ».

Toutefois, dans certains scénarios, « les bénéfices dans le secteur manufacturier de l’UE dépassent les pertes du secteur agroalimentaire de l’UE, générant une augmentation globale du PIB ». Ceci étant dit, si la demande d’accès au marché du Mercosur est totalement acceptée, les effets économiques adverses sur l’agriculture de l’UE seront plus importants, « tandis que les bénéfices supplémentaires dans d’autres secteurs (pour les secteurs non agroalimentaires ou les consommateurs) seront bien moins importants ». On constate une chute importante de la production non agroalimentaire dans les pays du Mercosur quel que soit le scénario envisagé. Toutes les prévisions sont basées sur des changements de prix répercutés tout au long de la chaîne d’approvisionnement alimentaire.

Au-delà du secteur de l’élevage, « les importations européennes de fruits et légumes en provenance du Mercosur sont également plus élevées avec les concessions commerciales », étant donné que tous les scénarios envisagent la pleine abolition des droits de douane.

Les résultats en termes d’échanges commerciaux et de production pour le secteur sucrier sont incertains, et dépendent fortement des hypothèses formulées. Certains scénarios montrent une augmentation des importations de l’UE, tandis que d’autres indiquent une chute modeste des importations. Ces variations sont en partie liées aux hypothèses relatives au niveau des importations avant la libéralisation. Une variation similaire est constatée du côté de la production de l’UE (puisque certains scénarios suggèrent une chute de 12 % de la production de sucre de l’UE, tandis que d’autres prévoient des augmentations mineures). Certains scénarios envisagent l’utilisation fréquente des contingents tarifaires pour le commerce des produits sensibles, les limites contingentaires réclamées par le Mercosur semblant dépasser les capacités d’exportation probables jusqu’en 2020, selon les hypothèses de marché formulées.

L’impact d’un accord dans le secteur des céréales reste lui aussi incertain, certains scénarios suggérant « des augmentations importantes des exportations de blé de l’UE vers le Mercosur » et d’autres indiquant peu de changements. S’agissant des cultures oléagineuses, un commerce plus libéralisé verrait une diminution des importations d’oléagineux de l’UE, mais aussi une augmentation des importations d’huiles végétales. Les changements intervenus dans les secteurs des céréales et des oléagineux sont une conséquence d’effets à la fois directs et indirects, liés aux changements de la demande d’alimentation animale induits par les changements dans le commerce des produits d’élevage.

Le rapport du JRC-IPTS et la note d’information de la CE fournissent une répartition détaillée de l’impact par région au sein de l’UE, en termes de revenus agricoles et d’effets sur l’emploi. La note d’information de la CE s’est basée sur l’hypothèse « du scénario de libéralisation le plus ambitieux (la demande du Mercosur de 2006) » pour prévoir ces effets.

Commentaire éditorial

L’étude d’impact n’évalue nullement l’impact probable d’un ALE UE-Mercosur sur les partenaires privilégiés traditionnels tels que les ACP. Pourtant, l’accord comporte des effets potentiellement importants sur les secteurs du sucre, de l’horticulture, du bœuf et du rhum, dans lesquels les exportateurs ACP portent traditionnellement un intérêt pour les développements sur le marché de l’UE. Elle n’envisage également pas l’impact sur les exportations de denrées agricoles présentant un intérêt pour les ACP, mais pour lesquelles l’UE n’a aucun intérêt de production (par ex. le café et les produits à base de café).

Toutefois, en extrapolant à partir de l’analyse axée sur l’UE, on peut s’attendre à ce que les effets sur les prix de l’accord UE-Mercosur soient ressentis par les exportations ACP de sucre et de fruits et légumes, et éventuellement les exportations de viande de bœuf des ACP, même si les concessions commerciales de l’UE pour le « bœuf Hilton », qui sont déjà en cours, sont susceptibles d’avoir un effet plus important (voir article Agritrade «  Les structures commerciales changeantes de la viande de bœuf et les pays... », 12 novembre 2011).

Parmi les autres facteurs qui ne sont pas pris en considération par l’étude d’impact, il y a les liens inter-entreprises croissants entre les entreprises agroalimentaires de l’UE et du Brésil. Par exemple, les sucreries de l’UE (y compris les coopératives appartenant aux agriculteurs) ont augmenté ces dernières années leur participation financière dans le secteur sucrier brésilien. De la même manière, les entreprises horticoles de l’UE renforcent leur participation dans les entreprises de production de fruits et légumes du Mercosur, dans le but de garantir des sources d’approvisionnement à long terme dans le contexte du changement climatique. Par ailleurs, un processus d’investissement croisé est en cours entre les entreprises du secteur de la volaille de l’UE et du Mercosur.

Ces liens d’entreprise représentent une dimension importante des impacts d’un ALE UE-Mercosur dans le secteur agroalimentaire de l’UE, puisqu’ils peuvent avoir une conséquence sur les positions adoptées par les gouvernements des États membres de l’UE sur des aspects spécifiques des négociations finales.