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Lettre d'information agriculture – mars 2012

01 janvier 1970

Les Comores s’engagent à combattre la pêche INN

30 janvier 2012

Un communiqué de presse de la CE rapporte la réunion des délégués « dans le cadre du Comité mixte de discussion des questions liées à la mise en œuvre de l’APP entre l’UE et l'Union des Comores ».

Sur la question de la lutte contre la pêche INN, « la délégation de l’UE a fait référence au procès en cours de deux navires de pêche battant pavillon comorien, pris en train de pêcher dans les eaux territoriales sénégalaises en 2011 avec des autorisations délivrées en violation des dispositions du Code de la pêche du Sénégal. En réaction à la correspondance adressée par la CE pour demander des informations au sujet de ces navires dans le cadre du Comité mixte, les autorités compétentes des Comores se sont engagées à retirer à ces deux navires le pavillon comorien ».

Les Comores ont également convenu de mettre en œuvre des mesures visant à empêcher toute nouvelle immatriculation de navires battant pavillon comorien engagés dans la pêche INN, et cela a été bien accueilli par la Commission. 

Commentaire éditorial

L’utilisation par l’UE de l’APP bilatéral avec les Comores comme plate-forme de dialogue pour la lutte contre la pêche INN constitue une évolution dont il faut se féliciter. Cette année, des informations faisant état de flottes pêchant dans les eaux du Sénégal en 2011 avec une autorisation juridiquement douteuse ont sonné l'alerte dans le secteur sénégalais de la pêche. Ces stocks, qui sont habituellement ciblés par les flottes locales, particulièrement celles de pêche artisanale, contribuent considérablement à la sécurité alimentaire des populations locales. Plusieurs pays ACP, souvent les petits États insulaires comme les Comores, disposent de flottes de pêche lointaine, qui naviguent très loin de leur port d'attache, souvent dans des océans éloignés, compliquant ainsi leur suivi et leur contrôle appropriés par les pays ACP de pavillon. Dans un contexte où il devient de plus en plus important que les pays de pavillon montrent leur détermination à combattre activement la pêche INN, l’immatriculation de ces navires de pêche lointaine devra être soigneusement évaluée par les pays ACP concernés, afin de se doter de la capacité de les suivre et de les contrôler adéquatement. 

Des failles décelées par l’IEEP dans le règlement INN

30 janvier 2012

L'Institut pour une politique européenne de l’environnement (IEEP) a publié une étude passant en revue la mise en œuvre du règlement INN de l’UE. « Sur la base de publications et d’informations nouvelles, recueillies à travers une brève enquête, l'étude a trouvé que la Commission, ainsi que les États membres, ont été confrontés à un certain nombre de défis dans la mise en œuvre de certains volets spécifiques du règlement (…) L’analyse des huit premiers mois de mise en œuvre suggère l'existence d’un certain nombre de domaines de carence dans le règlement. »

Par exemple, l’analyse de l’IEEP conclut que « le système de certification des captures, dans son état actuel, n’œuvre pas à empêcher l’entrée, dans le marché de l’UE, de produits illégalement extraits, puisque les certificats en version papier sont susceptibles de fraude. Le passage aux certificats électroniques obligatoires pourrait permettre de réduire les opportunités de fraude. Toutefois, en l’absence d’importants efforts d’inspection et de validation des expéditions et des certificats, cette mesure demeurera inefficace ». L’étude souligne également que « davantage d’efforts doivent être consentis pour mieux connaître et mener des investigations sur les flux d’échanges illégaux et combler les brèches qui favorisent leur prolifération ».

Sur les aspects commerciaux, l’étude note : « Une analyse simple de l’impact du règlement sur les importations, prenant en compte la totalité des importations de produits halieutiques avant et après son entrée en vigueur, a été menée dans le cadre de cette étude. Les flux d’échanges entre les pays doivent être analysés de façon approfondie pour déterminer l’existence ou non de changements dans les mouvements de produits halieutiques précédemment importés dans l’UE. »

Commentaire éditorial

Certains aspects de la méthodologie employée dans cette analyse sont discutables. Par exemple, l’approche consistant à analyser la totalité des importations de produits halieutiques avant et après l’entrée en vigueur du règlement, pour ensuite tirer des conclusions au sujet de son impact sur les flux d’échanges, devrait être affinée, étant donné la variété de facteurs qui influencent les échanges commerciaux de ces produits. Par ailleurs, le fait d’entreprendre l’évaluation d’un règlement aussi complexe 18 mois seulement après son entrée en vigueur ne peut donner que certaines indications sur les problèmes rencontrés pendant sa phase de mise en œuvre. Ainsi, une évaluation détaillée est prévue en octobre 2013.

Le Parlement européen exige davantage d’action contre la pêche illégale

30 janvier 2012

Le Parlement européen a adopté une résolution visant la lutte contre la pêche illégale, qui souligne la nécessité d’« insister fortement auprès des pays tiers pour qu’ils combattent efficacement la pêche INN, notamment par la promotion de la signature, de la ratification et de la mise en œuvre d’instruments internationaux tels que l’Accord FAO relatif aux mesures du ressort de l’État portuaire, l’Accord des Nations unies sur les stocks de poissons, l’Accord FAO sur le respect des mesures internationales de conservation et la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, ainsi que les différents régimes de documentation des captures déjà adoptés par les ORGP dans le cadre des accords commerciaux, des APP et de la politique de développement de l’UE ».

Le Parlement appelle également à « l’accompagnement de toutes les mesures d’aide extérieure d’une ferme détermination politique, de la part de l’État bénéficiaire, d’interdire la pêche INN dans ses eaux en particulier et, de façon générale, d’améliorer la gouvernance dans le secteur de la pêche » et « encourage la Commission et les États membres à étendre leur programme de soutien financier, technologique et technique, notamment l’aide au développement et les APP, aux programmes de suivi, de contrôle et de surveillance dans les eaux des pays en développement, en accordant la priorité aux programmes régionaux plutôt qu’aux programmes bilatéraux ; de plus encourage davantage de coordination entre tous les bailleurs, européens et autres, dans le financement desdits programmes ».

La résolution met également en exergue les aspects commerciaux et note qu’« une des meilleures armes contre la pêche INN est l’arme commerciale ». 

Commentaire éditorial

Même si le règlement INN ne sera pas affecté directement par la réforme de la PCP, la résolution du Parlement européen met en lumière la façon dont cette réforme, aussi bien en termes de réforme de la politique concernant la dimension extérieure que de réforme de l’OMC, pourrait être adaptée pour mieux soutenir la mise en œuvre dudit règlement. 

Les prix élevés de la viande de bœuf stimulent une refonte des politiques tarifaires du bœuf des Caraïbes

12 février 2012

En 2011, les prix de la viande de bœuf de l’UE ont augmenté de 9,5 %, la CE prévoyant une augmentation supplémentaire de 1,7 % en 2012. Cette hausse des prix serait « le produit d’une baisse de la production et d’une offre plus serrée, d’une augmentation des exportations et d’une baisse des importations ». D’après l’analyse entreprise par le site web Thecattlesite en décembre 2011, « l’industrie du bœuf de l’UE a connu un revers de fortune important, puisqu’en 2007 la région était un importateur net de bœuf, avec 308 000 tonnes achetées. Aujourd’hui l’UE est devenue un exportateur net, avec 237 000 tonnes vendues ». Si au départ cela reflétait les conséquences des restrictions SPS sur les exportations de bœuf du Brésil vers l’UE, les volumes d’exportation chutant de manière drastique (de 363 000 tonnes en 2007 à 80 000 tonnes en 2010), plus récemment, cette transition traduit davantage les contraintes de l’offre dans la plupart des pays producteurs, ainsi que les augmentations relatives des prix sur les marchés non UE (résultant en partie des mouvements des taux de change). D’après les analystes, « les pays d’Amérique du Sud et du Nord et l’Australie appliquent des prix proches du niveau européen, entre 3,50 € et 3,80 € le kilo ». Les restrictions d’exportation imposées par le gouvernement argentin ont également eu un impact sur les flux commerciaux de la viande de bœuf, les exportations vers l’UE passant de 122 000 tonnes à 42 000 tonnes. En 2012, la production de bœuf de l’UE devrait « décliner de 2,8 %, pour atteindre 7 122 millions de tonnes ».

Au niveau mondial, d’après une analyse entreprise par le secteur, la production mondiale de boeuf connaît « une baisse du nombre d’animaux abattus et des prix plus élevés ». Aux États-Unis, les prix approchent des « niveaux record », les perspectives pour les deux prochaines années étant plutôt bonnes. Les cours mondiaux élevés font qu’en dépit de la baisse des volumes d’exportation du Brésil vers les marchés traditionnels, de 26 % dans le cas de la Russie, 39 % dans le cas de l’Iran et 35 % dans le cas de l’Égypte, « les valeurs [des exportations] ont augmenté de 24 %, 26 % et 18 % respectivement ».

Des cours mondiaux élevés de manière soutenue pour la viande de bœuf semblent stimuler une refonte de la politique tarifaire applicable au secteur de la viande de bœuf dans les Caraïbes. D’après certains articles de presse, la Jamaica Broilers Company affirme que les efforts visant à revitaliser le secteur de la viande de bœuf de la Jamaïque sont freinés par de « mauvaises conditions économiques et un cadre politique déficient ». L’entreprise étend néanmoins ses activités d’élevage, malgré la « vulnérabilité du secteur à la concurrence des importations ». Dans ce contexte, il semble qu’un « soutien politique clair » soit nécessaire.

La production de bœuf en Jamaïque ne représente plus que la moitié de ce qu’elle était il y a 10 ans. Chris Levy, directeur général de Jamaica Broilers, a indiqué en décembre 2011 que « la volaille obtient une véritable protection avec des droits de douane totalisant 260 pour cent, alors que les importations de viande de bœuf ne bénéficient que du tarif extérieur commun de 20 % – plus les droits de timbre supplémentaires ». Il a en outre noté que le prix en dollars du bœuf importé « a augmenté de 46 pour cent au cours de ces 10 dernières années ».

La situation est, cependant, compliquée par le commerce des « découpes de bœuf », qui sont des morceaux de gras découpés dans les carcasses de bœuf. Le président de la Jamaican Livestock Association, Henry Rainsford, affirme que les « importations de découpes de bœuf créent également un problème sérieux pour les agriculteurs locaux ». Le marché caribéen pour les découpes de bœuf destinées à être utilisées dans les boulettes et burgers a connu une explosion des importations, qui sont passées de 49,5 tonnes avant 2005 à 1 500 tonnes en 2011.

En novembre 2011, un nouvel élevage commercial destiné à la production d’un bœuf de qualité a été formellement ouvert à Trinité-et-Tobago, indiquant un intérêt plus marqué pour la reprise de la production de bœuf dans la région des Caraïbes.

Commentaire éditorial

Les évolutions des prix sur le marché mondial ainsi que les restrictions SPS sur les importations de bœuf brésilien sont susceptibles de maintenir les prix européens à des niveaux relativement élevés. Les prix mondiaux du bœuf, cependant, sont également susceptibles de rester élevés. Néanmoins, la nature cyclique des évolutions des prix dans le secteur de la viande bovine et le délai requis pour que les investissements portent leurs fruits suggèrent qu’il convient de tenir dûment compte de tout nouvel investissement dans la production de bœuf intérieure basé sur les prix élevés actuels. Cependant, si l’on aborde cela de manière circonspecte, la tendance à plus long terme pour les prix du bœuf, basée sur la hausse de la demande mondiale, pourrait s’avérer attractive aussi bien pour le développement des exportations de bœuf ACP au-delà des marchés européens traditionnels de l’UE que pour le développement de la production pour les marchés ACP de la viande de bœuf (par ex. dans les Caraïbes).

Le regain d’intérêt pour la production de viande de bœuf en Jamaïque suit la même tendance que Trinité-et-Tobago, où des efforts sont consentis depuis 2009 pour relancer le secteur de la viande de bœuf via une série de grandes exploitations se consacrant à la production de bétail.

Toutefois, dans le contexte caribéen, étant donné la taille des économies nationales, il conviendra de veiller tout particulièrement à la sélection des secteurs alimentaires à soutenir et à la meilleure manière de fournir ce soutien, en vue des engagements de politique commerciale régionaux et internationaux. Parmi les principales questions :

  • Quels sont les produits ayant le plus fort potentiel d’utilisation des matières premières nationales (en maximisant les économies de devises de change) et/ou pour soutenir les moyens de subsistance des populations rurales ?
  • Quelles formes de soutien sont les plus susceptibles de stimuler les entreprises nationales dynamiques pour qu’elles investissent et deviennent plus compétitives ?
  • Quels secteurs contribueront le plus à l’amélioration des moyens de subsistance des populations rurales ?

Ces différentes questions produiront souvent différentes réponses, de sorte que les décideurs politiques doivent trouver une solution équilibrée. Cependant, une période de hausse des prix est sans doute le meilleur moment pour travailler sur ces choix politiques, dans le but d’identifier les secteurs alimentaires qui sont susceptibles d’être les plus durables à plus long terme, tout en réduisant la nécessité de recourir aux subventions (du contribuable ou du consommateur).

Appels à une réponse nuancée à la crise alimentaire en Afrique de l’Ouest

12 février 2012

Avec une récolte inférieure à la moyenne dans un certain nombre de pays sahéliens, les agences des NU prévoient « des déficits céréaliers de 2,5 millions de tonnes dans la région, dont certains devraient être comblés par les flux commerciaux ». Des pays tels que la Mauritanie et le Tchad « affichent des déficits de plus de 50 % comparé à l’année dernière », tandis que « les réserves alimentaires nationales sont dangereusement basses ». Dans l’ensemble, près de 7 millions de personnes pourraient être affectées au Niger, au Mali, au Burkina Faso, au Nigeria, au Tchad et en Mauritanie.

La flambée des prix suscite pas mal de craintes, les prix ayant augmenté après la récolte du fait des mauvais rendements, au lieu de chuter comme attendu. Les problèmes d’accessibilité alimentaire ont été aggravés par le retour des travailleurs migrants d’Afrique du Nord et par la fin de leurs envois de fonds.

Sur le site web de l’USAID consacré à la sécurité alimentaire, les analystes plaident en faveur d’une approche plus nuancée vis-à-vis de la sécurité alimentaire dans la région. Ils affirment que « les complexités des conditions de marché régionales » doivent être prises en considération si l’on veut trouver « des solutions structurelles à long terme ». Les analystes de l’USAID préconisent de consacrer davantage d’efforts et de « puiser dans les stocks céréaliers des pays côtiers afin d’augmenter la disponibilité des denrées alimentaires sur les marchés et ainsi stabiliser les prix ». L’USAID note également que « des récoltes céréalières inférieures à la moyenne pourraient être compensées par des importations alimentaires qui, dans le cas du Niger, s’élevaient en 2010-11 à 900 000 tonnes – soit plus du double de l’écart de production actuellement estimé ». Certains affirment que « l’insécurité alimentaire actuelle est davantage un problème d’accès qu’un problème de disponibilité alimentaire ».

Selon certains, les interventions politiques actuelles peuvent avoir des effets imprévisibles sur les prix du marché. Ainsi, par exemple, mettre en exergue les pénuries imminentes peut générer une rétention des stocks et l’inflation des prix, exacerbant l’accessibilité alimentaire. Ces effets contraires des systèmes d’alerte rapide pourraient, semble-t-il, expliquer pourquoi « les prix dans certaines régions ont augmenté de plus de 80 pour cent par rapport à la moyenne quinquennale, et ont continué à augmenter plutôt qu’à chuter, ce qui est la dynamique saisonnière habituelle ». Dans ce contexte, d’après les représentants du Programme alimentaire mondial, « la flambée des prix alimentaires est un problème plus important qu’un déficit céréalier ». Toutefois, « les opinions divergent quant à la mesure dans laquelle les marchés seront capables de résoudre le problème d’accès ».

En décembre 2011, un appel a été lancé par le Réseau de prévention des crises alimentaires aux gouvernements de la CEDEAO « pour maintenir la fluidité des échanges commerciaux alimentaires à travers leurs frontières » et « pour éviter toute mesure qui serait de nature à empêcher le bon fonctionnement des marchés et les échanges commerciaux transfrontaliers ». Il a été souligné comment « les mesures protectionnistes ont aggravé l’impact de la crise alimentaire de 2005 » et également créé « certaines barrières en réponse en 2009-2010 », débouchant sur des acquisitions de céréales extra-régionales et des retards de livraison des fournitures alimentaires. Toutefois, le Programme alimentaire mondial a souligné que les prix sont actuellement élevés dans les trois principaux systèmes commerciaux de céréales de la région pour les céréales secondaires telles que le maïs et le millet. Ainsi, en dépit des excédents dans la région (par ex. le Ghana avec son excédent de 240 000 tonnes), les prix sont encore de 75 % supérieurs à 2009.

Le changement climatique est jugé responsable de l’augmentation de l’incidence des sécheresses dans la région, des solutions à plus long terme étant ainsi requises de toute urgence. Dans ce contexte, il convient de mettre davantage l’accent sur la réalisation des objectifs du Programme détaillé de développement de l’agriculture africaine (PDDAA) en matière d’investissement de 10 % des dépenses publiques dans le secteur agricole.

Commentaire éditorial

Comme l’indiquent les perspectives contrastées de l’USAID et du Programme alimentaire mondial, l’Afrique de l’Ouest est confrontée à deux problèmes de politique commerciale connexes. Le plus fondamental a trait au renforcement du fonctionnement des marchés céréaliers, de façon à ce que les approvisionnements des régions à excédent vivrier puissent atteindre les régions déficitaires à des prix raisonnables, tout en proposant dans le même temps des prix stimulant les investissements dans l’amélioration de la production de céréales dans les zones les plus adaptées à la production des céréales requises dans la région.

L’autre problème a trait aux perceptions de marché. Si les prix augmentent de manière intempestive, cela peut être dû au fait que l’écart imminent entre l’offre et la demande est plus important que prévu, mais cela peut également être la conséquence de la limitation des flux sur le marché par les négociants locaux dans le but que l’offre se resserre. Dans les régions du monde pour lesquelles nous disposons d’une bonne information sur les rendements, la taille des récoltes et les stocks, les possibilités de manipulation du marché peuvent être limitées. Dans de nombreuses régions des ACP, cependant, les connaissances sur les rendements réels et des prévisions correctes sur les récoltes et les niveaux des stocks sont plutôt rares. Une mauvaise interprétation et donc l’attribution de la hausse des prix à la manipulation du marché plutôt qu’à une chute réelle mais incomprise de l’offre peut avoir des conséquences tragiques – comme le Malawi l’a appris à ses dépens il y a une dizaine d’années.

Ce sont là des questions complexes qui requièrent une approche exhaustive. Par exemple, des systèmes d’alerte rapide et des systèmes d’information de marché améliorés au niveau national peuvent contribuer à fournir les informations précises qui peuvent alors être utilisées pour l’approvisionnement des fournitures nécessaires au niveau régional, si possible. Toutefois, ces systèmes doivent être exploités au sein d’un cadre politique plus général facilitant les échanges commerciaux, au lieu d’augmenter la spéculation sur les marchés céréaliers.

Prévisions de la CE concernant les développements du secteur céréalier de l’UE pour la période 2011-2020

12 février 2012

Le rapport de la CE intitulé « Prospects for agricultural markets and income in the EU 2011-2020 » (Perspectives pour les marchés et revenus agricoles dans l’UE en 2011-2012) publié en décembre 2011 passe en revue les derniers développements intervenus sur les marchés céréaliers de l’UE. Il relève l’extrême volatilité des prix qui a caractérisé les marchés céréaliers depuis 2007, sur fond d’une tendance générale à la hausse. Il note comment les semis de l’année 2011 ont été affectés par les mauvaises conditions climatiques, mais que des rendements favorables ont néanmoins été enregistrés, la récolte de 2011 n’étant pas inférieure au niveau déjà plus faible de 2010 (puisque la production avait accusé une baisse de 5 %, soit 15 millions de tonnes de moins que la récolte 2009/10). L’utilisation intérieure des céréales dans l’UE devrait rester stable, et les exportations devraient chuter à 21 millions de tonnes, contre 32 millions de tonnes en 2010.

À moyen terme, l’utilisation des céréales par l’UE devrait augmenter du fait des politiques en matière de biocarburants de l’UE, et tripler au cours des 10 prochaines années pour « atteindre 30 millions de tonnes en 2020 ». Les exportations de céréales de l’UE se stabiliseront ainsi à environ 20 millions de tonnes. Dans l’ensemble, la situation sur les marchés céréaliers de l’UE devrait être tendue, avec des niveaux de stocks plutôt faibles. Le secteur européen des céréales devrait ainsi rester vulnérable à une mauvaise récolte.

Les prix devraient être supérieurs à la moyenne à long terme, oscillant entre 150 € et 170 €/tonne. Toutefois, ces prévisions de prix plus favorables doivent être envisagées dans le contexte de la hausse des prix des intrants, en particulier des coûts de l’énergie.

Au niveau désagrégé, la CE prévoit « des perspectives plutôt positives pour le blé tendre et le maïs, mais une croissance limitée pour l’orge ». Le blé tendre, qui représente 45 % de la production de céréales, devrait atteindre 141 millions de tonnes en 2020, soit 10 % de plus que le niveau de production moyen sur la période 2009-2011. La production de blé dur de l’UE en 2020 sera plus ou moins égale à la production moyenne sur la période 2009-2011, tandis que la production de céréales secondaires sera d’environ 6 % supérieure. Une part légèrement plus importante de la production de blé tendre de l’UE devrait être consacrée à l’alimentation animale plutôt qu’à la consommation humaine, le pourcentage global de la consommation de blé tendre destiné à l’industrie alimentaire chutant de 39,2 % en 2009 à 37,8 % en 2020.

Commentaire éditorial

Exportant trois fois plus de céréales qu’elle n’en importait au cours de la période 2009/10, l’UE devrait exporter environ 90 % de plus qu’elle n’importe sur la période jusqu’en 2020. Ceci est essentiellement le résultat de la hausse de la demande de biocarburants de l’UE.

Toutefois, la situation de marché tendue au cours de la prochaine période peut être considérée comme le produit de la vente des stocks de l’UE en réponse à la flambée des prix mondiaux des denrées alimentaires. Les secteurs du bétail de l’UE seraient ainsi vulnérables à la hausse des coûts de l’alimentation animale, si des mauvaises conditions climatiques venaient à avoir un impact sévère sur la récolte de l’UE. L’impact sur les éleveurs nationaux de bétail des ventes à grande échelle de céréales pour tirer profit de la hausse des cours mondiaux est illustré par l’expérience récente du secteur de la volaille d’Afrique du Sud.

En novembre 2011, le directeur général de Grain South Africa a annoncé une pénurie imminente de maïs en Afrique du Sud après des exportations à grande échelle de maïs, cette situation « semant un vent de panique parmi les acheteurs locaux ». Bien que le maïs ait été exporté à un prix moyen de 1 400 R par tonne, en novembre 2011, les prix locaux atteignaient 3 000 R par tonne. Cela a été jugé comme exerçant une pression importante sur les producteurs de volaille locaux étant donné l’intensification de la concurrence des exportations de volaille du Brésil.

Dans le cas de l’Afrique du Sud, de meilleurs systèmes d’information du marché ont été jugés nécessaires pour faire en sorte que la volatilité des prix mondiaux ne mine pas la compétitivité agricole locale (voir article Agritrade «  Des exportations massives de maïs mettent en péril l’offre locale de maï... », 27 décembre 2012).

Tendances à court terme du marché sucrier mondial

12 février 2012

Après avoir atteint un « niveau record sur 30 ans de 36,08 cents la livre à New York au mois de mars », les prix du sucre ont chuté de 27 % à la fin 2011. Les prix du sucre blanc ont atteint des niveaux « un peu moins mauvais » à Londres, chutant de 23 % seulement, d’après Agrimoney.com. Malgré une production plus importante en Europe, en Inde et en Russie, les prix sont restés relativement élevés étant donné « la production décevante du Brésil ».

S’agissant des perspectives futures, Commerzbank prévoit une stabilisation des prix du sucre, étant donné « la nette augmentation des coûts de production au Brésil sur ces dix dernières années et l’utilisation alternative de la canne à sucre dans la production d’éthanol ». Ces deux développements sont jugés comme soutenant les cours mondiaux du sucre à 23-25 cents US/livre.

Les analystes de Goldman Sachs et Morgan Stanley prévoient des prix de 22 cents/livre lors de la campagne 2011/12, Morgan Stanley suggérant que les prix chuteront à 19 cents/livre lors de la campagne 2012/13, étant donné la reprise de la production brésilienne consécutive au renouvellement des plantations.

Rabobank prévoit au même moment des prix entre 22 et 23 cents/livre, puisque les stocks finaux mondiaux sont « censés dépasser la moyenne sur 10 ans pour la première fois depuis 2008-09 ».

Les analystes de la Société Générale mettent en garde contre un éventuel « déficit imprévu au cours des prochains mois [... si] l’Inde retarde ou réduit ses prévisions de production ou si la production de la Thaïlande est inférieure aux volumes escomptés ». Ces craintes devraient maintenir les niveaux des prix.

Les analystes de Standard Chartered proposent des prévisions de prix quelque peu différentes, les prix étant estimés à environ 28 cents/livre tout au long de 2012. Cette tendance semble être alimentée par une hausse des coûts de production du sucre au Brésil exprimés en dollars, qui seront proches de 22 cents/livre. Standard Chartered s’attend à ce que le commerce du sucre soit ralenti en 2012, « non pas en raison d’une baisse de la demande, mais parce que les excédents devront être encouragés par des prix plus élevés avant la livraison ».

Prévisions pour les prix du sucre brut à la bourse de New York pour 2012 (en cents US/livre)

  2012 T1 2012 T2 2012 T3 2012 T4
Commerzbank 24 23 25 25
Rabobank 23.5 23 22 22
Standard Chartered 28 28 28 28
Goldman Sachs 22 22 - 22
  Moyenne 2011/12 Moyenne 2012/13
Morgan Stanley 22 19

Source : compilé par l’auteur à partir des données de Agrimoney.com, 4 janvier 2012.

Ceci donne le contexte général des discussions politiques actuelles dans l’UE en ce qui concerne la gestion du marché sucrier de l’UE. D’après l’OCDE, « les prix du sucre devant se rétablir à compter de 2014 », la non-révision du système des quotas sucriers de l’UE « risque de reproduire les déficits de l’année dernière, lorsqu’un marché dynamique a fait grimper les prix au-dessus des niveaux, généralement compétitifs, de la région ».

D’après l’analyse de l’USDA, « des prix supérieurs à la moyenne prévus pour [2014/15 à 2016/17] » pourraient engendrer « une situation semblable à celle de 2010/11 où il est difficile d’attirer les importations ». L’analyse de l’USDA affirme que, dans ces circonstances, « l’Union européenne jouerait des coudes pour attirer les exportations d’Afrique subsaharienne ». Sauf en cas d’appréciation de l’euro, cela pourrait réduire considérablement l’attrait du marché de l’UE pour les exportations de sucre brut. L’USDA affirme que « des changements rapides s’agissant des importations supplémentaires à droit de douane réduit sont de plus en plus sollicités pour maintenir l’offre disponible proche de la demande de l’UE ». Certains craignent que, si l’UE ne révise pas le régime de quotas de production et le régime d’importation associé, des « milliers d’emplois de qualité dans le secteur manufacturier européen » pourraient être perdus.

Commentaire éditorial

La nécessité d’offrir des prix stimulants pour attirer l’offre devrait constituer un problème persistant pour les importateurs européens désireux de garantir des approvisionnements de sucre par les exportateurs ACP/PMA traditionnels privilégiés. Toutefois, l’ampleur de ces difficultés est susceptible de varier en fonction de la chaîne d’approvisionnement. Les chaînes d’approvisionnement comptant sur des partenariats stratégiques étroits entre producteurs ACP et distributeurs européens (par ex. Maurice), ou dans lesquelles la même entreprise européenne détient des parts dans les sucreries d’État et les entreprises de broyage du sucre dans les pays fournisseurs privilégiés – ainsi que les négociants gérant les exportations, les opérations de raffinage du sucre dans l’UE et les activités de commercialisation du sucre – sont susceptibles d’avoir moins de mal à garantir des approvisionnements de sucre importé que les sucreries européennes qui n’ont pas de tels liens stratégiques ou commerciaux avec des fournisseurs privilégiés de sucre.

Étant donné que cela pourrait avoir des implications importantes pour la position concurrentielle des différentes sucreries sur le marché de l’UE, cela pourrait entraîner des pressions supplémentaires pour élargir l’éventail de pays fournisseurs de sucre privilégiés (c’est-à-dire en réduisant voire en éliminant les droits d’importation sur le sucre des fournisseurs non ACP/PMA), de façon à aplanir la concurrence entre les différentes entreprises européennes. Cela viendrait compléter les décisions d’abolir les quotas de production de manière à assurer un transfert supplémentaire de la production européenne vers les zones de production plus compétitives (voir article Agritrade «  Dans quelle mesure la réforme du secteur sucrier de l’UE a-t-elle permis... ? », février 2012).

La Banque mondiale se joint aux discussions sur la politique céréalière dans la CAE

12 février 2012

Compte tenu de la sécheresse et de la crise alimentaire dans la Corne de l’Afrique, d’après des articles de presse, la Banque mondiale a préconisé « une révision de la politique commerciale céréalière de la CAE de façon à réduire la vulnérabilité du Kenya aux flambées des prix des denrées alimentaires ». Une note de la Banque mondiale publiée en janvier 2012 affirmait que le « Kenya est un pays à déficit vivrier, y compris les années où il enregistre une récolte record, mais le pays prélève des droits d’importation sur les céréales alimentaires qui ne sont suspendus que ponctuellement en temps de crise ». Si au titre de l’accord CAE « le Kenya importe du maïs de ses partenaires – essentiellement la Tanzanie et l’Ouganda – en franchise de droits », un droit de 50 % est néanmoins imposé sur les importations en dehors de la CAE. L’introduction d’une interdiction d’exportation par le gouvernement de la Tanzanie (voir article Agritrade «  Les décisions de politique commerciale dans le secteur du maïs soulignen... », 5 juillet 2011) a limité les importations kényanes en provenance des partenaires de la CAE, tandis que les prix élevés au Sud-Soudan ont rendu ce marché plus attractif pour les négociants de céréales ougandais. Ces développements ont eu pour effet d’augmenter les prix du maïs pour les consommateurs kényans.

La note de politique de la Banque mondiale affirme que « la politique agricole et les distorsions de la politique agricole aggravent l’impact de la sécheresse au Kenya ». Elle indique que, actuellement, les interventions du gouvernement kényan sur les marchés du maïs « maintiennent les prix du maïs élevés et ont peu d’impact sur la stabilité des prix ».

D’après les articles de presse, la note de la Banque mondiale renforcera la position de la Kenyan Cereal Millers Association, qui a appelé à une prolongation des importations de maïs en franchise de droits pour l’année 2012. Cette demande a été rejetée par le gouvernement, qui craint que cela puisse avoir un impact négatif sur les prix payés aux agriculteurs locaux et que cela sape les efforts visant à stimuler la production locale.

Commentaire éditorial

À la lumière des prix céréaliers en hausse mais néanmoins volatils, plusieurs gouvernements ACP souhaitent tout particulièrement stimuler la production nationale. Le rétablissement spectaculaire de la situation de l’offre de maïs au Malawi, passant d’un statut de producteur de maïs déficitaire à celui de producteur excédentaire, souligne comment les interventions politiques, telles que les programmes d’approvisionnement d’intrants subventionnés, peuvent transformer la situation de l’offre. Cependant, de la même manière, les développements actuels montrent à quel point cela peut être fragile, aussi bien pour les exportateurs de maïs émergents tels que le Malawi que pour les pays producteurs et négociants de maïs bien établis tels que l’Afrique du Sud (voir article Agritrade «  Le débat sur la réglementation des exportations de maïs s’intensifie en... », février 2012).

Bien que la note de la Banque mondiale penche davantage pour une politique commerciale céréalière plus ouverte au Kenya, elle semble ne pas se rallier à la volonté du gouvernement d’encourager une autosuffisance plus importante en céréales au niveau national, vu le déficit céréalier que connaît le pays. Dans ce contexte, il convient de noter qu’au cœur des discussions sur les politiques tarifaires au Kenya réside le problème des relations commerciales entre les agriculteurs, négociants et minotiers. Ceci suggère la nécessité d’intensifier les efforts visant à renforcer le fonctionnement de la chaîne d’approvisionnement.

Ces efforts pourraient tirer profit du travail entrepris récemment dans l’UE sur la mise en place et l’utilisation de contrats cadres entre producteurs et transformateurs (par ex. dans le secteur laitier) et de l’expérience des accords de partage des bénéfices établis au titre de certains accords d’approvisionnement de sucre ACP-UE. Ils pourraient également profiter des discussions plus approfondies avec la CE sur les instruments politiques susceptibles de faire partie d’un cadre réglementaire moderne en vue de gérer les chaînes d’approvisionnement à l’heure d’une extrême volatilité des prix. Il conviendrait d’inclure des programmes élargis de soutien pour renforcer les organisations de producteurs, afin qu’elles puissent mieux gérer les problèmes contractuels et les discussions portant sur les politiques tarifaires.

La résolution de ce problème offrira une base plus cohérente aux discussions plus générales sur le cadre géographique approprié pour l’intégration de marché régionale, qui jettera les fondements pour des modèles d’investissement plus compétitifs dans la production céréalière régionale (voir article Agritrade «  L’interdiction d’exportation de maïs du Malawi complique le débat sur la... », février 2012).

L’interdiction d’exportation de maïs du Malawi complique le débat sur la politique tarifaire au Kenya

12 février 2012

Le 29 décembre 2011, le gouvernement du Malawi a pris la décision imprévue de suspendre toutes les licences d’exportation pour le maïs et les produits à base de maïs, étant donné les craintes de pénuries imminentes. Les estimations suggèrent que 10 des 28 districts du Malawi « courent le risque de connaître une pénurie de maïs ». Ceci va à contre-courant des succès enregistrés précédemment dans la promotion de la production de maïs au travers du déploiement d’un programme d’approvisionnement d’intrants à grande échelle et d’investissements dans une production de maïs orientée vers les exportations.

Le 4 janvier 2012, la Grain Traders Association du Malawi (GTAM) a donné son accord pour l’interdiction d’exportation. Grace Mhango, directrice de la GTAM, a affirmé que bien que « les chiffres officiels indiquent qu’environ 250 000 à 300 000 tonnes métriques ont été exportées (…) certaines exportations informelles n’ont pas été quantifiées ». On s’attendait à ce que le Malawi exporte « au moins 600 000 tonnes métriques », mais des précipitations erratiques ont nécessité de reconsidérer cette politique.

Le Syndicat des agriculteurs du Malawi (FUM), cependant, était défavorable à l’interdiction d’exportation. Le président de la FUM, Felix Jumbe, a déclaré que « plusieurs entreprises et agriculteurs commerciaux qui cultivent le maïs pour l’exportation ont été démoralisés par la décision ».

Les représentants du gouvernement insistent sur le fait que l’interdiction d’exportation est une mesure temporaire pour permettre à la réserve nationale de se reconstituer. Dans un effort pour stimuler la production, l’Agricultural Development and Marketing Corporation dirigée par le gouvernement a annoncé une augmentation de 50 % du prix du maïs (de 12 $ le sac de 50 kg à 18 $).

L’interdiction d’exportation était imprévue puisque, d’après des articles de presse, « le Malawi a annoncé une récolte record de 3,2 millions de tonnes de maïs contre une consommation nationale de 2,4 millions de tonnes ». Cela a permis au pays d’exporter vers les pays déficitaires en denrées alimentaires et affectés par la sécheresse tels que le Sud-Soudan, le Kenya et le Zimbabwe.

Le gouvernement zambien, cependant, a réitéré son engagement à exporter du maïs, en dépit des instructions faites à l’agence nationale de réserve alimentaire de doubler ses achats de maïs, étant donné la vulnérabilité de la production aux faibles précipitations, et un « mauvais démarrage » de la saison. Près de 200 000 tonnes de maïs ont été exportées jusqu’à présent, et 400 000 tonnes supplémentaires sont disponibles à l’exportation, sur un excédent total de 1 million de tonnes. Les bonnes performances de production du secteur du maïs de la Zambie s’expliquent en partie par un programme d’approvisionnement d’intrants qui a remporté un franc succès.

L’interdiction d’exportation limite les possibilités du Kenya d’obtenir des approvisionnements de maïs à droit réduit en provenance de la région COMESA (un droit de douane de 25 % contre un droit de 50 % sur les importations en provenance de membres non COMESA tels que l’Afrique du Sud). Le Malawi, la Zambie et l’Afrique du Sud ont été une source d’approvisionnement importante de maïs blanc ces dernières années pour la fabrication de farine et d’alimentation animale au Kenya.

Après la récolte de novembre/décembre au Kenya, les producteurs de maïs sont restés réticents à l’idée de libérer les stocks, malgré une augmentation du prix payé par le National Cereals and Produce Board de 3 000 KSh par sac, un prix décrit par la Banque mondiale comme étant « parmi les plus élevés au monde ». Le prix payé par le consommateur pour la farine de maïs est ainsi resté élevé, plutôt que sujet à des chutes de prix normales après récolte.

Commentaire éditorial

L’action du gouvernement du Malawi met en évidence les interactions entre les développements sur les marchés nationaux à travers l’Afrique orientale et australe. Le retournement spectaculaire de la situation de l’offre en Afrique du Sud semble avoir joué un rôle dans la décision du gouvernement (voir article Agritrade «  Le débat sur la réglementation des exportations de maïs s’intensifie en... », février 2012). De la même manière, l’action du gouvernement du Malawi pourrait avoir un impact sur la formulation des politique nationales du Kenya.

Un accès réduit au maïs soumis à un droit de douane inférieur en provenance des fournisseurs COMESA (25 % contre un droit de douane normal de 50 %) pourrait contraindre le gouvernement à renouveler la dérogation au droit de douane général pour le maïs. Ceci pourrait cependant exercer une pression à la baisse sur les prix du maïs, ce qui découragerait à son tour la production de maïs au niveau national.

Compte tenu des préoccupations sous-jacentes en matière de sécurité alimentaire de nombreux gouvernements d’Afrique orientale et australe, la question se pose quant au niveau géographique approprié auquel il faut poursuivre la sécurité alimentaire à l’heure d’une hausse et d’une volatilité des prix des céréales. Ceci est directement lié au problème de la création de zones économiques de plus grande envergure au sein desquelles le libre-échange peut intervenir. De toute évidence, il est préférable de promouvoir des marchés régionaux intégrés en tant que base pour les investissements dans une production céréalière plus compétitive. Cependant, il y a un manque de clarté sur ce que constitue « la région », puisque, même au sein de régions étroitement définies (par ex. la CAE), les barrières non tarifaires au commerce – telles que les interdictions d’exportation – sont toujours déployées, malgré un engagement formel envers leur élimination.

Un manque de transparence sur les tendances de l’offre et des prix sur les marchés nationaux et régionaux semble encourager l’utilisation arbitraire d’instruments de politique non tarifaire (par ex. les interdictions d’exportation). La promotion d’une plus grande transparence des tendances sous-jacentes de l’offre, de la demande et des prix à travers la région d’Afrique orientale et australe pourrait offrir aux gouvernements une garantie suffisante pour qu’ils acceptent des disciplines régionales plus contraignantes sur l’utilisation des instruments de politique commerciale non tarifaire, ce qui pourrait à son tour encourager la création de réseaux commerciaux céréaliers régionaux plus efficaces.

Toutefois, des initiatives politiques devront également être mises en place pour renforcer le fonctionnement des chaînes d’approvisionnement des céréales au niveau national (voir article Agritrade «  La Banque mondiale se joint aux discussions sur la politique céréalière... », février 2012).

Le débat sur la réglementation des exportations de maïs s’intensifie en Afrique du Sud

12 février 2012

En janvier 2012, certains ont à nouveau attiré l’attention sur le fait que la vague d’exportations visant à écouler les stocks de maïs d’Afrique du Sud laisserait les stocks à un niveau dangereusement bas. Les prix à Johannesburg avaient déjà atteint des niveaux record, les importations coûtant deux fois plus que les prix d’exportation précédents du maïs.

Les minotiers, les producteurs de volaille et les parcs d’engraissement de bovins ont tous été confrontés à une escalade des coûts à un moment où les prix mondiaux ont commencé à se relâcher (d’après la FAO, les prix du maïs ont chuté de 6 % en décembre 2011, tandis que les chiffres d’Indexmundi.com montrent une chute de 19 % des prix du maïs par rapport au prix record d’avril de 318,74 $/tonne).

Prix du maïs en 2011 : maïs jaune de grade 2, golfe du Mexique FAB, prix américains (en $US par tonne)

Avril Mai Juin Juillet Août Septembre Octobre Novembre Décembre
318,74 308,58 310,54 300,83 310,34 296,30 274,85 274,28 258,44

Source : FMI.

Les dirigeants de l’industrie de la volaille sud-africaine ont affirmé que les « exportations ont été réalisées de manière irresponsable ». La situation de marché actuelle représente un retournement spectaculaire par rapport à il y a deux ans, lorsque « la plus grosse récolte en près de trois décennies » (12,8 millions de tonnes en 2009/10) a engendré un excédent de maïs (voir article Agritrade «  Tendances divergentes au sein du secteur céréalier sud-africain », 2 mai 2011).

D’après le DG de Grain South Africa, 700 000 tonnes d’importations de maïs seront nécessaires entre janvier et juillet 2012. Des importations en provenance de la Zambie (58 321 tonnes) et de la Roumanie (81 885 tonnes) sont déjà arrivées en Afrique du Sud, relâchant quelque peu la pression sur le marché.

Les estimations pour la campagne jusqu’en août 2011 annoncent une production sud-africaine de maïs d’environ 19 % inférieure à la campagne précédente.

Le Conseil national de commercialisation agricole discute actuellement avec l’industrie céréalière sur des mécanismes visant à « rendre les informations sur les importations et exportations plus transparentes ». Ceci fait suite aux appels en janvier 2011 pour que les agriculteurs envisagent de stocker l’excédent, au vu des tendances des prix mondiaux du maïs à plus long terme. À la lumière des derniers développements, certains ont appelé à ce qu’une révision du « cadre réglementaire régissant les exportations de maïs » soit entreprise « en consultation avec les producteurs céréaliers ». Une meilleure collecte des données de production et des données commerciales est jugée tout aussi importante dans un régime réglementaire révisé.

Le 1er février 2012, il était indiqué que « le taux de change rand/dollar américain plus favorable » et les prévisions de « précipitations abondantes (...) qui se traduiront potentiellement par une récolte supérieure à la moyenne pour la campagne 2011-12 » avaient relâché quelque peu la pression sur les prix des contrats à terme pour le maïs de 2,5 à 3,3 %.

Commentaire éditorial

Le débat en Afrique du Sud sur la réglementation du commerce du maïs, afin d’éviter que le libre marché ne génère des déficits nationaux ayant un impact sur d’autres chaînes agroalimentaires, contraste nettement avec le débat au Kenya, où la Banque mondiale a récemment appelé à une approche de la sécurité alimentaire davantage basée sur le libre-échange (voir article Agritrade «  La Banque mondiale se joint aux discussions sur la politique céréalière... », février 2012). Le débat en Afrique du Sud comporte des implications régionales importantes, étant donné que la moitié de la production de maïs de la région est cultivée en Afrique du Sud.

À la lumière de la situation actuelle en Afrique du Sud, le sentiment général est que les prix continueront à augmenter dans la région, en raison des pénuries perçues. Pour les plus petites économies, cela alimentera une inflation des prix alimentaires. En outre, le maïs jaune représentant 50 % des coûts des producteurs de volaille, ceci imposera des nouveaux coûts importants dans un contexte commercial très compétitif. Cela devrait poser des défis particuliers aux producteurs de volaille régionaux. Bien que le secteur des parcs d’engraissement soit susceptible d’être durement touché, la production dans les systèmes de pâturage extensif, qui prédominent en Namibie et au Botswana, devrait être bien moins affectée.

La tendance des cours internationaux des céréales est depuis longtemps à la hausse, mais les perspectives politiques commencent à changer (voir article Agritrade «  Revue des perspectives politiques changeantes à la lumière de la crise a... », février 2012), avec un accent plus important sur :

  • les politiques nationales de réserve alimentaire qui vont au-delà des simples interventions d’urgence ;
  • la mise en place de meilleurs systèmes d’information du marché ; et
  • l’élaboration de mesures politiques concrètes pour renforcer le fonctionnement des chaînes d’approvisionnement des céréales.

Reste à voir quelles mesures politiques seront mises en place pour renforcer le fonctionnement des marchés du maïs en Afrique du Sud, afin de s’assurer que toutes les parties prenantes concernées disposent d’une meilleure information sur les tendances sous-jacentes de l’offre et des prix. Il est clair que toute nouvelle mesure politique devra être fondée sur une analyse systématique de ses implications à moyen et long terme, non seulement au niveau national mais également au niveau régional, étant donné le rôle dominant de l’Afrique du Sud dans l’équation de l’offre de maïs à l’échelon régional.

Revue des perspectives politiques changeantes à la lumière de la crise actuelle des prix des denrées alimentaires

12 février 2012

Une analyse des réponses politiques évolutives à la crise actuelle des prix des denrées alimentaires a été publiée par l’Institute for Agriculture and Trade Policy (IATP) basé dans le Minnesota. Selon cette analyse, il y a consensus pour dire que la prochaine décennie verra des prix « sensiblement plus élevés que les niveaux d’avant la crise », certains craignant que « la demande n’augmente plus vite que l’offre d’ici 2050, à moins qu’une action concertée ne soit prise ». L’analyse affirme :

  • la reconnaissance croissante de l’importance de la sécurité alimentaire et le rôle que les petits agriculteurs et les femmes doivent jouer pour répondre aux besoins de la sécurité alimentaire ;
  • « le rôle important de l’État dans les programmes de développement agricole “dirigés par le pays” » ; et
  • « le rôle capital des investissements publics » dans le développement agricole.

Ces observations sont jugées comme s’écartant de l’orientation politique antérieure consistant à laisser faire le marché. Toutefois, le débat se poursuit sur les types de mesures de politique publique qui sont maintenant requis. L’analyse tente d’identifier la réalité du changement politique qui se cache derrière le changement de rhétorique.

L’analyse de l’IATP note « le regain d’intérêt pour le développement agricole » manifesté par les décideurs politiques, y compris en termes de fonds engagés. Toutefois, elle relève que « seuls 6,1 milliards $ sur les 22 milliards promis par le G8 sur trois ans sont de nouveaux fonds », les programmes d’austérité dans les pays de l’OCDE menaçant la fourniture d’une aide supplémentaire au sein de cet engagement.

L’analyse appelle à mettre davantage l’accent sur l’augmentation de la production dans les pays à faible revenu et importateurs alimentaires, plutôt que sur la relance de la production mondiale au travers d’une expansion de l’agriculture industrielle et de la promotion d’échanges commerciaux plus libéralisés.

Elle appelle à des politiques « qui découragent l’expansion des biocarburants, réglementent la spéculation financière, limitent les investissements fonciers irresponsables, encouragent l’utilisation de stocks de sécurité, s’éloignent de la dépendance aux combustibles fossiles et … [qui] réforment les règles mondiales du commerce agricole pour soutenir plutôt que miner les objectifs de sécurité alimentaire ».

Dans ce contexte, le rapport décrit les récentes initiatives du G20 comme étant « mitigées voire contre-productives », et affirme que les initiatives du G20 prennent le pas sur des forums bien plus inclusifs pour l’élaboration de politiques.

Le rapport soutient que les intérêts de « puissantes multinationales » dominent le processus d’élaboration des politiques, « les institutions internationales promouvant des réformes favorables au marché mais refusant d’imposer les règlements concomitants requis pour assurer le bon fonctionnement des marchés alimentaires et agricoles ».

L’analyse affirme que trois questions urgentes doivent être abordées :

a) L’augmentation des biocarburants : le rapport appelle à la révision des mandats en matière de biocarburants pour réduire la concurrence avec les usages alimentaires (et les pressions sur les prix qui en découlent).

b) La volatilité des prix : le rapport note que quelques rares actions concrètes ont été entreprises pour réduire l’ampleur de la spéculation financière sur les denrées agricoles et assurer des « prix relativement stables et rémunérateurs pour les agriculteurs et abordables pour les consommateurs ». De la même manière, quelques règlements préventifs ont été adoptés. « Les réserves doivent être exploitées plus activement qu’en tant que simples instruments politiques humanitaires d’urgence régionaux. »

c) L’appropriation des terres : la spéculation financière dans l’acquisition des terres et « la constitution de réserves foncières par les fonds souverains dans les pays aux ressources limitées » sont en contradiction avec l’accent mis sur la promotion de la production des petits exploitants, et « les institutions internationales (...) doivent faire davantage pour protéger l’accès à la terre par les petits producteurs ».

L’analyse souligne l’action unilatérale entreprise par les gouvernements des pays en développement pour gérer les défis sous-jacents, notamment au travers des pactes du Programme détaillé de développement de l’agriculture africaine (PDDAA). Elle affirme que les gouvernements des pays en développement doivent bénéficier d’une certaine « marge de manœuvre politique pour mettre en œuvre leurs propres solutions ». Elle note également une certaine réticence des bailleurs de fonds à adopter « des réformes plus fondamentales », et un engagement continu envers la promotion des « investissements privés et des marchés libéralisés, en misant sur l’aide humanitaire et les filets de sécurité sociaux pour tenter d’aider ceux qui sont affectés par les politiques ».

Commentaire éditorial

Bien que les prix agricoles soient intrinsèquement cycliques, tout porte à croire que la tendance sous-jacente est à la hausse (voir article Agritrade «  Les prix élevés des denrées alimentaires devraient se maintenir, mais à... », 9 août 2011). Bien que certaines sources faisant l’objet d’une demande croissante puissent être améliorées par un changement de politique (par ex. en modifiant les objectifs de consommation de biocarburants), d’autres tendances sont peu susceptibles d’être renversées (telles que le changement des régimes alimentaires dans les pays en plein essor d’Asie et d’ailleurs). Cela représente à la fois un défi et une opportunité pour de nombreux pays ACP confrontés à des factures d’importations substantielles, mais qui présentent un énorme potentiel agricole.

Selon le rapport IATP, même en cas de baisse des prix, il convient de ne pas réduire les efforts d’investissement dans une production agricole ACP supplémentaire. Mais au travers de quels canaux cet investissement devrait-il être mobilisé ? Des solutions « prêtes à l’emploi » liées à la vente de terres aux investisseurs étrangers ne semblent pas avoir généré des augmentations de la production capables de compenser les coûts sociaux.

Dans ce contexte, on peut s’interroger sur le meilleur moyen de mobiliser des investissements dans l’augmentation d’une production alimentaire commercialement viable de façon à satisfaire directement les besoins des consommateurs ACP vulnérables. La communauté internationale reconnaît de plus en plus le rôle important que les petits exploitants peuvent jouer pour répondre aux besoins en matière de sécurité alimentaire, et ceci suggère que des formes de financement spécialement consacrées à l’amélioration de la productivité des petits exploitants doivent être inscrites au rang des priorités. Toutefois, cela exigera de repenser les moyens d’y parvenir dans les contextes sociaux, politiques et législatifs très différents qui prévalent dans les ACP.

Une commercialisation plus dynamique est capitale pour la croissance du secteur du cacao de la Jamaïque

19 février 2012

D’après des informations de presse, le changement est en cours dans le secteur du cacao jamaïcain. L’Association des producteurs de cacao de la Jamaïque (JCFA) s’impose comme un concurrent vis-à-vis du Conseil du cacao (CIB) dirigé par l’État, « qui fait office aussi bien de régulateur que de négociant de cacao ». La JCFA offre actuellement aux producteurs 2 500 $J (22,13 €) par boîte, soit 25 % de plus que le CIB, les paiements étant versés dans les cinq jours ouvrables. Toutefois, seuls 10 % des producteurs de cacao sont membres de la JCFA, tandis que le CIB prétend qu’il est toujours responsable de la commercialisation de 98 % du cacao de la Jamaïque.

Le cacao jamaïcain procure des prix très avantageux, puisque le pays ne produit que du cacao d’arôme fin et de première qualité. La demande de cacao de première qualité est en hausse, et d’après le président de la JCFA, Clayton Williams, « un prix dépassant les 4 000 $US/tonne » est actuellement obtenu.

La JCFA entend jouer un rôle plus important dans la commercialisation du cacao jamaïcain, que ce soit par la représentation au CIB ou par ses propres efforts de commercialisation. Selon les informations, M. Williams estime que le CIB « fait un mauvais travail de commercialisation du produit jamaïcain » : le CIB est accusé d’adopter la pratique de « renouvellement automatique des contrats sans faire preuve de la diligence nécessaire ». Cela, semble-t-il, contribue au fait que les producteurs de cacao jamaïcains « reçoivent le prix au producteur le plus bas de l’hémisphère occidental ».

Toutefois, d’après Steve Watson, directeur général du CIB, « les prix payés au niveau international pour les fèves jamaïcaines ont chuté de façon constante en 2011 », soit une baisse de 30 % sur l’année à 2 109 $US/tonne.

À présent, « la moitié du cacao de première qualité de la Jamaïque est expédiée en France aux fabricants de chocolat haut de gamme, et le reste est distribué par un courtier vendant les fèves à des entreprises italiennes, suisses et belges ».

La JCFA cherche pour sa part à établir des relations commerciales directes avec les producteurs de chocolat de qualité. De nouvelles relations commerciales directes avec Hershey aux États-Unis sont en train d’être établies, ceci ayant généré « une appréciation des prix », des prix décrits par Clayton Williams comme étant « largement supérieurs aux prix actuels du marché ».

La JCFA examine actuellement la possibilité de nouer des relations similaires avec des acheteurs en Asie, en Europe et en Amérique du Nord. D’après M. Williams, le but est d’obtenir « la valeur la plus élevée pour notre cacao » en créant des « relations commerciales durables au travers d’une fixation des prix équitable pour notre cacao ». La concurrence entre les acheteurs est jugée comme étant un élément important de toute stratégie de commercialisation visant à maximiser pour les producteurs les revenus de la commercialisation de cacao d’arôme fin.

La poursuite de cette stratégie exigera cependant que la JCFA augmente considérablement les volumes de cacao qu’elle commercialise. Cela explique l’importance attachée aux programmes soutenus par les États-Unis et l’UE pour promouvoir à la fois les rendements et la production globale de cacao (passant de 300 à 1 500 tonnes d’ici 2014). La coopération avec Transmar Commodity Group est également jugée importante pour améliorer la production de cacao de première qualité et d’arôme fin. À plus long terme, la JCFA espère également augmenter sa production « à des niveaux durables pour rendre viable une installation de transformation du cacao à plus forte valeur ajoutée ».

Commentaire éditorial

La nécessité d’adopter des stratégies de commercialisation innovantes et dynamiques est une caractéristique de plus en plus importante du défi qui se pose aux producteurs ACP de produits différenciés en termes de qualité. La critique à l’égard des conseils de commercialisation dirigés par l’État doit être envisagée dans le contexte d’une volatilité des prix croissante et de l’émergence d’écarts de prix bien plus importants entre « achats de produits de première nécessité » et « achats de produits de luxe » consommés dans les marchés des pays de l’OCDE et des pays en développement avancés. Ceci a créé un nouveau contexte auquel les producteurs et exportateurs ACP doivent répondre.

Afin d’améliorer la commercialisation, il est capital de maintenir des relations étroites avec les utilisateurs des matières premières entrant dans la composition des produits différenciés en termes de qualité, puisqu’une offre constante de première qualité doit être garantie sur une base durable. Ceci exige un dialogue continu sur les exigences commerciales et l’introduction des innovations nécessaires dans les techniques de production et de traitement.

Pour les associations d’agriculteurs, cela peut représenter un énorme défi en termes de gestion à moins que des programmes de renforcement des capacités soient mis en œuvre avec succès. Même lorsque les capacités sont développées, comme l’illustre la récente expérience du secteur du café Blue Mountain de la Jamaïque, une innovation constante est toujours requise si l’on veut éviter que le développement de relations commerciales « confortables » ne mine la capacité du secteur à répondre aux conditions de marché changeantes.

Bien que l’Association des producteurs de cacao de la Jamaïque semble avoir une vision claire de ce qu’elle souhaite obtenir, des défis considérables devront être relevés pour réaliser cette vision à long terme. Ceci est particulièrement vrai pour la transformation à plus forte valeur ajoutée. Bien qu’il y ait des exemples de développement d’activités à plus forte valeur ajoutée et d’exportation de produits haut de gamme dans la région (par ex. à Trinidad et Grenade), ceux-ci sont essentiellement le fait d’initiatives privées. Ceci soulève une question : quelles politiques les gouvernements devraient-ils mettre en place pour soutenir la commercialisation par le secteur privé et les initiatives de développement de produits capables de redéfinir la voie du développement pour le secteur du cacao caribéen ? 

La production de coton d’Afrique de l’Ouest augmente, malgré des tendances nationales variables

19 février 2012

L’analyse de l’USDA du secteur du coton d’Afrique de l’Ouest suggère que, si les événements climatiques ont affecté les superficies cultivées et les rendements du coton, la production de coton de cette campagne « pourrait être trois plus importante que le niveau de production de l’année dernière ». Au niveau de l’UEMOA, la stratégie régionale en matière de coton visant à améliorer la compétitivité du secteur du coton/textile a été amendée en novembre 2010. Le nouvel agenda régional 2011-2020 pour le coton comporte cinq objectifs :

  • « améliorer la productivité de l’industrie du textile/coton dans la zone de l’UEMOA
  • améliorer la qualité du coton dans la zone de l’UEMOA
  • soutenir le développement et la promotion du coton et des textiles de l’UEMOA sur les marchés régionaux et internationaux
  • développer la transformation locale de fibre de coton
  • encourager le développement et la promotion des graines de coton ».

Au niveau national, la production de la Côte d’Ivoire devrait atteindre 250 000 tonnes au lieu des 200 000 tonnes prévues, d’après les estimations de l’USDA. Ceci est dû aux prix élevés payés aux producteurs après une augmentation de 26 % en juin 2011, ainsi qu’à la décision en octobre 2011 de « réduire les prix des intrants pour la campagne de commercialisation 2011/12 de 25 % », afin de stimuler les revenus des agriculteurs. Le nombre d’agriculteurs cultivant du coton aurait augmenté d’un tiers selon les estimations.

Au Burkina Faso, un boycott des plantations par les agriculteurs, après l’échec à assurer une augmentation de 174 % des prix payés aux producteurs, devrait faire baisser la production en dessous du niveau de 600 000 tonnes visé par le gouvernement. En effet, d’après les prévisions de l’USDA, les faibles précipitations devraient entraîner une production d’environ 380 000 tonnes. Bien que la production de coton biologique augmente au Burkina Faso (+ 162 %) grâce à un partenariat avec le détaillant américain Victoria’s Secret, celle-ci reste inférieure à 0,5 % de la production de coton totale du pays.

Au Mali, en dépit des efforts visant à promouvoir la production, les précipitations tardives ont affecté la production de coton-graine. Néanmoins, d’après l’analyse de l’USDA, « la production pourrait être de 70 pour cent supérieure (410 000 tonnes) à celle de la campagne de commercialisation 2010/11 (243 588 tonnes), la production n’ayant plus atteint des niveaux aussi élevés depuis la campagne 2006/07 ». Les agriculteurs locaux sont toujours intéressés par le rachat de la Compagnie malienne pour le développement des textiles (CMDT). Le transfert des entreprises privatisées dans les régions occidentale et australe à l’entreprise chinoise Yue Mei « est toujours fixé à décembre 2011 », même si l’USDA suggère que l’accord pourrait être abandonné.

Au Tchad, la restructuration du secteur du coton se poursuit. Bien que le gouvernement espère obtenir une production de 60 000 tonnes de coton-graine, l’USDA estime que celle-ci n’atteindra que 40 000 tonnes.

Au Sénégal, des pluies anormalement abondantes sont susceptibles de réduire la production de coton à 20 000 tonnes (contre un objectif de 50 000 tonnes), malgré une augmentation de 24 % des prix payés aux producteurs et le maintien des subventions aux intrants.

Estimations de l’USDA concernant la production de coton en Afrique de l’Ouest (par milliers de balles de 480 livres ; en FCFA/kg)

Pays Campagne de commercialisation 2009/10 Campagne de commercialisation 2010/2011 Campagne de commercialisation 2011/12

Burkina Faso

- production

- prix payé au producteur

700

168 (0,38 $)

652

182 (0,41 $)

730

245 (0,55 $)

Mali

- production

- prix payé au producteur

440

184 (0,41 $)

470

185 (0,42 $)

791

255 (0,57 $)

Côte d’Ivoire

- production

- prix payé au producteur

356

175 (0,39 $)

337

210 (0,47 $)

482

265 (0,59 $)

Tchad

- production

- prix payé au producteur

67

180 (0,40 $)

101

180 (0,40 $)

77

215 (0,48 $)

Sénégal

- production

- prix payé au producteur

35

185 (0,42 $)

50

205 (0,46 $)

40

255 (0,57 $)

Source : données extraites par l’auteur du rapport de l’USDA GAIN Report (voir ci-dessous). Chiffres de production : extraits des tableaux spécifiques aux pays, p. 7-9 ; prix payés aux producteurs : extraits du tableau 2, p. 6.

Les prix mondiaux du coton ont diminué de plus de la moitié depuis mars 2011, avec un excédent de production de coton de 2,5 millions de tonnes. Toutefois, d’après le Comité consultatif international sur le coton, cet excédent devrait chuter à zéro en 2012/13, à mesure que la consommation augmentera et que les producteurs réduiront leurs plantations sous l’effet de la baisse des prix. Morgan Stanley prévoit cependant que les programmes de soutien du secteur du coton américain entraîneront des « taux d’abandon plus faibles aux États-Unis qui éviteront un déclin plus prononcé d’année en année ».

Commentaire éditorial

L’analyse de Morgan Stanley suggère que les politiques américaines en faveur du secteur du coton pourraient déboucher sur un « déplacement de l’ajustement » en réponse à la baisse des cours mondiaux du coton, ce déplacement du processus d’ajustement ayant un impact particulièrement important sur les gouvernements ouest-africains désireux de soutenir la production locale de coton.

Cependant, le Comité consultatif international sur le coton (CCIC) anticipe une baisse de la production mondiale à 24,91 millions de tonnes en 2012/13 (contre 26,788 millions en 2011/12) et une reprise de la consommation à 24,69 millions de tonnes (23,886 millions), donc un retour à des fondamentaux plus positifs. Globalement, les analystes estiment que les superficies en coton aux États-Unis diminueront en 2012/13, avec une moyenne à 10 % de moins qu’en 2011/12 où 14,72 millions d’acres ont été semés. Le niveau de production dépendra des rendements. La sécheresse qui a sévi dans le sud-est et le sud-ouest des États-Unis a provoqué en 2011 une chute des rendements à 711 livres par acre. L’attrait pour le coton dépendra aussi des cours du soja et du maïs, qui sont pour l’instant plus attractifs.

La culture pluviale du coton en Afrique rappelle qu’elle est sujette aux aléas climatiques. Et effectivement, en 2011/12, la production de coton en Afrique de l’Ouest a été moins forte qu’anticipé en raison de pluies insuffisantes. Cependant, suivant les pays, ce facteur climatique n’a pas été le seul élément en jeu. Avec la hausse des cours au premier trimestre 2011, les sociétés cotonnières ont fortement augmenté les prix aux producteurs pour la campagne 2011/12, qui au-dessus de 245 FCFA le kilo (à l’exception du Tchad, à 215 FCFA le kilo) sont historiquement élevés, n’ayant jamais atteint un tel niveau. Et ces cours incitatifs ont pleinement joué leur rôle au Mali où la production, si elle n’atteint pas l’objectif fixé de 500 000 tonnes, est tout de même en forte hausse. En revanche, au Burkina Faso, le mécontentement des cotonculteurs, réclamant dans certaines zones un prix au producteur plus élevé, a entraîné la destruction d’environ 100 000 hectares. Au Sénégal, en dépit de la hausse du prix au producteur, la production a stagné car les cotonculteurs ne se sont pas mobilisés autant qu’attendu, la question des arriérés n’ayant pas été résolue, contrairement au Mali, par exemple.

Les exportations de fruits et légumes exotiques vers le Royaume-Uni présentent un potentiel prometteur

19 février 2012

Selon des articles de presse, des opportunités d’exportation de produits horticoles tels que les mangues, les ignames, les patates douces et les poivrons d’Antigua-et-Barbuda sur le marché britannique s’ouvrent petit à petit, stimulées par « un intérêt considérable des détaillants haut de gamme au Royaume-Uni, tels que Asda, Morrisons et Sainsburys ».

Ailleurs dans la région, des organisations telles que l’Association des agriculteurs des îles Windward (WINFA) ont activement soutenu le développement de ces exportations non traditionnelles en tant qu’alternatives à la production déclinante de bananes. 

Commentaire éditorial

Le regain d’intérêt récent pour la production de cultures vivrières dans les pays des Caraïbes a également rouvert d’anciennes possibilités d’exportation. Le travail de recherche visant à améliorer les variétés, tel que celui entrepris par l’Institut de recherche et de développement agricoles des Caraïbes sur les poivrons à Antigua, et le travail sur les aspects de qualité liés à un éventail de racines comestibles, légumes et fruits, ont augmenté l’offre et renouvelé les efforts visant à développer la commercialisation pour exportation. En outre, le travail de plaidoyer entrepris par la WINFA et le Réseau des agriculteurs caribéens a suscité le sentiment que les échanges commerciaux sur ces marchés d’exportation pourraient peut-être être maintenus pour un certain nombre de produits horticoles.

Bien que les consommateurs européens et de la diaspora aient toujours été relativement intéressés par les fruits et légumes d’origine caribéenne, l’intérêt décuplé manifesté par de nombreux détaillants au Royaume-Uni se fonde largement sur leur expérience relativement fructueuse avec les bananes du commerce équitable. La WINFA a considérablement investi au fil du temps pour garantir une constance en termes de volume et de qualité, même si des contraintes de capacité sont rencontrées pour l’étendre au-delà du secteur de la banane.

Étant donné que les exportations d’Antigua sont essentiellement destinées aux marchés caribéens voisins, si l’on veut ouvrir les marchés de l’UE, un certain nombre de problèmes devront être abordés tels que la mise en place d’accords logistiques efficaces, l’orientation commerciale des petits producteurs et le renforcement des capacités pour répondre aux exigences du marché.

Des développements du secteur du riz à grande échelle sont en cours en Afrique orientale

19 février 2012

Des plans sont actuellement mis en œuvre pour assurer l’autosuffisance en riz du Rwanda d’ici 2017, au titre du projet de réhabilitation Muvumba Marshland soutenu par la Banque mondiale. Près de 750 hectares sur les 1 750 prévus dans le programme étaient prêts à être cultivés début 2012. L’objectif ultime consiste à produire 22 000 tonnes de riz par an, soit 40 % de la consommation annuelle du Rwanda de 55 000 tonnes lors du lancement du projet. Finalement, la moitié des 100 000 hectares prévus et développés au titre du Projet de soutien du secteur rural sera consacrée à la production de riz.

Ceci doit être envisagé dans le contexte de l’augmentation rapide de la consommation de riz au Rwanda, qui s’est accrue en moyenne de 32 % par an sur les trois dernières années, comparé aux trois années précédentes.

Dans l’Ouganda voisin, une entreprise bengalie basée au Royaume-Uni, Farland Investments, devrait se lancer dans la « production commerciale de riz » sur environ 10 000 hectares de terres agricoles. La première phase, exigeant un investissement de 31 millions $US (20 % de ce montant étant engagé par l’entreprise concernée, et 24 % par diverses banques de développement), devrait produire entre 80 000 et 90 000 tonnes de riz, augmentant la production nationale de plus des deux tiers et générant un excédent pour exportation. Le projet implique l’octroi d’un bail foncier de 49 ans (automatiquement renouvelable) et la réinstallation de 1 500 travailleurs bengalis et de leurs familles en tant que résidents permanents du système.

Le gouvernement éthiopien a élaboré pour sa part des plans ambitieux visant à augmenter la production de riz au travers de la création de rizières commerciales à moyenne et grande échelle. Au début de l’année 2011, près de 83 000 hectares de terres administrées par le gouvernement ont été alloués au développement commercial de la production de riz. Toutefois, d’après des analystes locaux, le secteur du riz en étant encore à ses balbutiements dans le pays, il y a un manque d’expertise et de connaissances sur les détails pratiques de la culture du riz. Ceci ne permet pas au gouvernement d’identifier facilement les partenaires d’investissement appropriés avec les connaissances et le savoir-faire requis.

Commentaire éditorial

Actuellement, toute une série d’approches sont poursuivies pour promouvoir le développement du secteur du riz en Afrique de l’Est. Parmi celles-ci :

  • des systèmes d’irrigation dirigés par le gouvernement et financés par les bailleurs de fonds, tels que le système Muvumba Marshland au Rwanda ;
  • des initiatives de développement du secteur dirigées par le gouvernement qui tentent de mobiliser les investissements d’entreprise au niveau local et international (par ex. en Éthiopie) ;
  • des systèmes d’installation d’expatriés dirigés par le secteur privé (par ex. en Ouganda) ;
  • le déploiement de programmes de vulgarisation impliquant de nouvelles variétés de semences et des techniques de production améliorées pour les agriculteurs existants – par ex. au Kenya (voir article Agritrade «  Des efforts sont actuellement consentis pour améliorer la production de... », 9 décembre 2011).

Étant donné les différentes approches poursuivies pour développer la production de riz en Afrique de l’Est, une évaluation de ces expériences pourrait offrir une vision précieuse de la meilleure manière de lever les diverses contraintes de production sur le développement du secteur du riz qui sont rencontrées dans la région.

La Coalition pour le développement du riz africain (CARD) pourrait potentiellement offrir un cadre pour un tel examen comparatif de l’état d’avancement, en utilisant les différentes approches.

Cela mettrait en lumière la question plus générale du rôle approprié de l’État dans le développement de l’agriculture en Afrique de l’Est. L’expérience à ce jour suggère que l’engagement du gouvernement dans la production agricole au sens strict pourrait ne pas produire de bons résultats. Cependant, lorsque les agriculteurs jouent un rôle majeur en s’organisant et en s’engageant dans les activités de transformation et de commercialisation associées, les systèmes ont tendance à remporter plus de succès. Ce qui suggère une redéfinition du rôle de l’État, qui devrait davantage jouer un rôle de facilitation. Ceci, cependant, pose de nouveaux défis politiques, à savoir réglementer les opérations commerciales du secteur privé afin que les intérêts des consommateurs et des producteurs primaires existants soient respectés.

L’application de la politique commerciale au cœur de la controverse qui touche le secteur du riz de la PNG

19 février 2012

À la fin de l’année 2011, une vive controverse a éclaté en Papouasie-Nouvelle-Guinée concernant les efforts visant à promouvoir une plus grande autosuffisance dans le secteur du riz, à la lumière des cours mondiaux du riz plus élevés que la moyenne. L’application du régime de politique commerciale pour le riz est au cœur de cette controverse. Une entreprise indonésienne désireuse d’investir dans la production de riz dans la province centrale souhaitait conditionner ses investissements à l’octroi d’une dérogation aux droits d’importation sur le riz pour une durée de 20 ans (normalement 60 à 100 %) si sa production venait à être inférieure aux exigences du marché. Toute entreprise commerciale concurrente devrait quant à elle importer le riz en s’acquittant pleinement des droits de douane, créant ainsi une position quasi monopolistique pour l’entreprise investisseuse.

Ceci a provoqué de vives protestations de la part des négociants de riz existants, qui ont affirmé que, si l’accord venait à être appliqué, « il pourrait forcer les cultivateurs, fabricants et distributeurs actuels à abandonner le marché », sans aucune garantie que la production de riz intérieure augmente véritablement. D’après des analystes indépendants, bien que des terres doivent être allouées à l’entreprise indonésienne pour la production de riz, « il n’y a aucune obligation pour l’entreprise de cultiver du riz à court terme ». L’entreprise pourrait en fait utiliser les terres pour n’importe quelle autre activité, tout en bénéficiant encore de dispositions d’importation en franchise de droits. Ceci a incité les parties prenantes actuelles de l’industrie à affirmer que le nouvel accord pourrait plus que doubler le prix de vente au détail du riz.

En janvier 2012, le premier ministre s’est dit inquiet de l’émergence possible d’un monopole du riz, tandis que le ministre du Commerce et de l’Industrie a annoncé que « le gouvernement était, en principe, contre toute forme de monopole ».

Il semble également qu’une analyse conjointe doive être entreprise par l’USAID et New Zealand Aid, examinant « les contraintes politiques, légales et institutionnelles qui affectent le démarrage et la croissance des agro-industries en PNG ». L’objectif consiste à formuler « des recommandations réalisables et claires pour que les réformes puissent améliorer l’environnement des agro-industries ».

Les efforts visant à promouvoir une autosuffisance plus importante en riz doivent être envisagés à la lumière des prix du riz sur les cinq derniers mois de 2011, qui étaient de 22,4 % et 23,8 % (grain long et grain court respectivement) supérieurs à la période correspondante en 2010. Bien que les prix du riz aient accusé une légère baisse en janvier 2012, l’USDA prévoit des prix du riz bien supérieurs aux niveaux historiques au cours des prochaines années.

Commentaire éditorial

La volonté politique d’augmenter la production de riz dans les pays où la demande augmente rapidement est commune à de nombreux gouvernements ACP. Les politiques interventionnistes peuvent varier, depuis le subventionnement des intrants agricoles jusqu’aux garanties de prix par le biais de systèmes de subvention des prix ou de stabilisation des prix. L’utilisation de la protection tarifaire pour alimenter les investissements du secteur du riz à l’heure d’une extrême volatilité des prix est également une caractéristique courante du cadre politique utilisé par les gouvernements ACP, nonobstant les coûts élevés et l’inefficacité de l’affectation des ressources à l’économie. Les contingents tarifaires sont couramment utilisés pour réguler les importations d’une manière permettant d’écouler les stocks des marchés locaux tout en répondant à la hausse de la demande des consommateurs (à l’instar du régime du riz de l’UE).

Ce qui est inhabituel, dans le cas de la PNG, est la proposition d’octroi de droits exclusifs pour l’importation en franchise de droits à une entreprise unique, sans l’octroi de garanties correspondantes concernant le calendrier pour le développement de la production de riz, les normes de qualité à atteindre, le calendrier de l’élimination progressive de la protection des industries naissantes, et sans tenir compte des intérêts des parties prenantes existantes dans le secteur du riz.

Il semble que les propositions politiques actuelles soient en cours de réexamen. Dans ce contexte, l’utilisation par l’UE de contingents tarifaires pour réglementer l’accès au marché du secteur du riz et les modalités utilisées pour la gestion de ces contingents tarifaires pourraient s’avérer pertinentes (voir rapport spécial Agritrade «  La boîte à outils de la politique agricole européenne : un examen secteu... », section 6 sur le secteur du riz, 13 décembre 2011). 

Tendances à court terme du marché sucrier mondial

19 février 2012

Après avoir atteint un « niveau record sur 30 ans de 36,08 cents la livre à New York au mois de mars », les prix du sucre ont chuté de 27 % à la fin 2011. Les prix du sucre blanc ont atteint des niveaux « un peu moins mauvais » à Londres, chutant de 23 % seulement, d’après Agrimoney.com. Malgré une production plus importante en Europe, en Inde et en Russie, les prix sont restés relativement élevés étant donné « la production décevante du Brésil ».

S’agissant des perspectives futures, Commerzbank prévoit une stabilisation des prix du sucre, étant donné « la nette augmentation des coûts de production au Brésil sur ces dix dernières années et l’utilisation alternative de la canne à sucre dans la production d’éthanol ». Ces deux développements sont jugés comme soutenant les cours mondiaux du sucre à 23-25 cents US/livre.

Les analystes de Goldman Sachs et Morgan Stanley prévoient des prix de 22 cents/livre lors de la campagne 2011/12, Morgan Stanley suggérant que les prix chuteront à 19 cents/livre lors de la campagne 2012/13, étant donné la reprise de la production brésilienne consécutive au renouvellement des plantations.

Rabobank prévoit au même moment des prix entre 22 et 23 cents/livre, puisque les stocks finaux mondiaux sont « censés dépasser la moyenne sur 10 ans pour la première fois depuis 2008-09 ».

Les analystes de la Société Générale mettent en garde contre un éventuel « déficit imprévu au cours des prochains mois [... si] l’Inde retarde ou réduit ses prévisions de production ou si la production de la Thaïlande est inférieure aux volumes escomptés ». Ces craintes devraient maintenir les niveaux des prix.

Les analystes de Standard Chartered proposent des prévisions de prix quelque peu différentes, les prix étant estimés à environ 28 cents/livre tout au long de 2012. Cette tendance semble être alimentée par une hausse des coûts de production du sucre au Brésil exprimés en dollars, qui seront proches de 22 cents/livre. Standard Chartered s’attend à ce que le commerce du sucre soit ralenti en 2012, « non pas en raison d’une baisse de la demande, mais parce que les excédents devront être encouragés par des prix plus élevés avant la livraison ».

Prévisions pour les prix du sucre brut à la bourse de New York pour 2012 (en cents US/livre)

  T1 2012 T2 2012 T3 2012 T4 2012
Commerzbank 24 23 25 25
Rabobank 23.5 23 22 22
Standard Chartered 28 28 28 28
Goldman Sachs 22 22 - 22
  Moyenne 2011/12 Moyenne 2012/13
Morgan Stanley 22 19

Source : compilé par l’auteur à partir des données de Agrimoney.com, 4 janvier 2012.

Ceci donne le contexte général des discussions politiques actuelles dans l’UE en ce qui concerne la gestion du marché sucrier de l’UE. D’après l’OCDE, « les prix du sucre devant se rétablir à compter de 2014 », la non-révision du système des quotas sucriers de l’UE « risque de reproduire les déficits de l’année dernière, lorsqu’un marché dynamique a fait grimper les prix au-dessus des niveaux, généralement compétitifs, de la région ».

D’après l’analyse de l’USDA, « des prix supérieurs à la moyenne prévus pour [2014/15 à 2016/17] » pourraient engendrer « une situation semblable à celle de 2010/11 où il est difficile d’attirer les importations ». L’analyse de l’USDA affirme que, dans ces circonstances, « l’Union européenne jouerait des coudes pour attirer les exportations d’Afrique subsaharienne ». Sauf en cas d’appréciation de l’euro, cela pourrait réduire considérablement l’attrait du marché de l’UE pour les exportations de sucre brut. L’USDA affirme que « des changements rapides s’agissant des importations supplémentaires à droit de douane réduit sont de plus en plus sollicités pour maintenir l’offre disponible proche de la demande de l’UE ». Certains craignent que, si l’UE ne révise pas le régime de quotas de production et le régime d’importation associé, des « milliers d’emplois de qualité dans le secteur manufacturier européen » pourraient être perdus.

Commentaire éditorial

La nécessité d’offrir des prix stimulants pour attirer l’offre devrait constituer un problème persistant pour les importateurs européens désireux de garantir des approvisionnements de sucre par les exportateurs ACP/PMA traditionnels privilégiés. Toutefois, l’ampleur de ces difficultés est susceptible de varier en fonction de la chaîne d’approvisionnement. Les chaînes d’approvisionnement comptant sur des partenariats stratégiques étroits entre producteurs ACP et distributeurs européens (par ex. Maurice), ou dans lesquelles la même entreprise européenne détient des parts dans les sucreries d’État et les entreprises de broyage du sucre dans les pays fournisseurs privilégiés – ainsi que les négociants gérant les exportations, les opérations de raffinage du sucre dans l’UE et les activités de commercialisation du sucre – sont susceptibles d’avoir moins de mal à garantir des approvisionnements de sucre importé que les sucreries européennes qui n’ont pas de tels liens stratégiques ou commerciaux avec des fournisseurs privilégiés de sucre.

Étant donné que cela pourrait avoir des implications importantes pour la position concurrentielle des différentes sucreries sur le marché de l’UE, cela pourrait entraîner des pressions supplémentaires pour élargir l’éventail de pays fournisseurs de sucre privilégiés (c’est-à-dire en réduisant voire en éliminant les droits d’importation sur le sucre des fournisseurs non ACP/PMA), de façon à aplanir la concurrence entre les différentes entreprises européennes. Cela viendrait compléter les décisions d’abolir les quotas de production de manière à assurer un transfert supplémentaire de la production européenne vers les zones de production plus compétitives (voir article Agritrade «  Dans quelle mesure la réforme du secteur sucrier de l’UE a-t-elle permis... », février 2012).

Dans quelle mesure la réforme du secteur sucrier de l’UE a-t-elle permis d’améliorer la compétitivité sous-jacente ?

19 février 2012

En décembre 2011, l’USDA a publié un examen de l’expérience de l’UE en matière de réforme du secteur sucrier depuis 2006, à la lumière des cours mondiaux plus élevés et de l’extrême volatilité des prix. L’USDA souligne combien la mise en place d’un cadre politique pouvant relever le défi de la volatilité des prix mondiaux est jugée capitale par la Commission européenne dans l’élaboration des propositions pour l’avenir du régime sucrier.

Le rapport décrit en détail les nouveaux accords administratifs mis en place dans le cadre du processus de réforme de 2006, notamment l’abandon du prix d’intervention, auquel le sucre devait être acheté pour stockage, au profit d’un prix de référence autour duquel la CE tente de dicter les prix du marché par le biais de diverses mesures politiques (exigences variables de retrait et de report ainsi que l’utilisation des contingents tarifaires). Dans ce contexte, il souligne les nombreux contingents à droit nul et à droit réduit mis en place. Il note la non-utilisation depuis 2008/09 des subventions à l’exportation pour le sucre et les produits contenant du sucre (même si l’instrument reste en place en cas de besoin).

Il souligne les conséquences de la réforme sur la production, les quotas de production ayant été réduits de 24 % à 13,3 millions de tonnes, mais la production de sucre hors quota passant de 13 % de la production totale de betterave à 20 %. Il note que la moyenne de la campagne de transformation a été prolongée de 90 à 125 jours, ceci « réduisant les coûts de transformation moyens généraux ».

Le rapport décrit l’impact sur la distribution de la production de sucre à travers l’UE. Il note la réduction de 23 à 18 du nombre d’États membres transformant le sucre de betterave et la réduction significative des volumes de production en Italie, en Espagne et en Belgique.

Il relève en outre que, si l’objectif des réformes introduites était d’éliminer « les capacités de production non rentables », cet objectif n’a pas été totalement atteint. Il souligne que « l’abandon des quotas s’est produit dans toutes les catégories de productivité », 2,4 millions de tonnes de quotas sucriers ayant été abandonnés dans « des régions considérées par la Commission européenne comme étant les plus compétitives ». Près de 15,9 % de la production sont restés dans les zones présentant des coûts élevés ou très élevés.

Pays producteurs de sucre de l’Union européenne (classement par coûts de production pour le sucre blanc)

Catégorie de coûts États membres de l’UE Part dans la production totale de l’UE (%)
2003-2006 2008-2011

Faible coût :

moins de 525 $US/tonne

Pays-Bas, Royaume-Uni 12,2 13,2

Coût moyen :

525-625 $US/tonne

Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, France, Pologne 62,7 70,9

Coût élevé :

625-850 $US/tonne

Espagne, Hongrie, Irlande, Lettonie, Lituanie, Slovaquie, Suède, République tchèque, 15,6 10,6

Coût très élevé :

plus de 850 $US/tonne

Bulgarie, Finlande, Grèce, Italie, Portugal, Roumanie 9,5 5,3

Source : LMC International.

L’USDA note qu’après les réformes les zones de production affichant des coûts faibles et moyens « produisaient 1,4 million de tonnes de sucre en moins à la fin de la période de réforme qu’au début », soit une baisse de 10 % de la production dans les zones les plus adaptées à la production de sucre.

L’analyse de l’USDA note également qu’avec des prix du marché mondial supérieurs au prix de référence de l’UE en 2010/11 l’UE a été confrontée à un approvisionnement en sucre insuffisant du fait des faibles niveaux d’importation en provenance des fournisseurs privilégiés traditionnels (pays PMA/ACP). Les prix de l’UE étant « bas et non corrélés aux prix mondiaux », ces fournisseurs traditionnels se sont tournés vers « des destinations d’exportation plus rentables ».

Comme la plupart des accords d’approvisionnement de sucre de l’UE sont régis par « des contrats à long terme sur les prix du sucre », cela a laissé « très peu de sucre disponible pour les achats au comptant à des prix plus élevés ». La CE a ainsi dû introduire une série de mesures temporaires pour améliorer la situation de l’offre. L’USDA a cependant affirmé que ces mesures à court terme sont « probablement trop ad hoc pour servir de modèle à la planification politique de l’UE à long terme ». En considérant l’évolution probable des cours mondiaux, l’USDA affirme que, de 2014 à 2017, l’histoire pourrait à nouveau se répéter sur le marché de l’UE, où « les importations sont difficiles à attirer ». Cela devrait être aggravé par la demande croissante de sucre en Afrique subsaharienne, qui a toujours été un fournisseur privilégié de sucre de l’UE.

L’analyse de l’USDA conclut que l’abolition des quotas de production permettrait de combler une des principales lacunes des réformes de 2006, en encourageant sans équivoque un transfert de la production vers les zones de production à faible coût de l’UE, et l’abandon de la production dans les zones à coûts élevés et très élevés. Cela contribuerait grandement à la vision globale d’un « secteur plus compétitif ».

Commentaire éditorial

L’analyse de l’USDA souligne la nécessité impérieuse de réformer le régime sucrier de l’UE, au travers de l’abolition des quotas de production et de la libéralisation supplémentaire du régime des droits d’importation. Elle présente les réalités sous-jacentes qui informent à la fois les mesures politiques à court terme actuelles de la CE et les propositions de réforme à long terme. Elle dresse un tableau d’un régime sucrier émergent où la concurrence exercée sur les fournisseurs de sucre ACP est susceptible de s’intensifier au sein du marché de l’UE, venant aussi bien de la production intérieure de l’UE que des fournisseurs de sucre de pays tiers non traditionnels.

L’analyse met en lumière la façon dont les modèles d’investissement émergents des entreprises de l’UE dans le secteur sucrier des pays non membres de l’UE intensifieront la pression pour la libéralisation et l’accès différencié à l’offre de sucre brut sur différentes chaînes d’approvisionnement. Cela souligne implicitement l’importance croissante que les mesures politiques visant à renforcer le fonctionnement des chaînes d’approvisionnement du sucre auront pour les développements futurs du secteur sucrier dans les ACP.

Le groupe C4 et la Chine conviennent d’un accord de coopération en marge de la réunion ministérielle de l’OMC

25 février 2012

Dans le contexte de l’influence croissante de la Chine sur les marchés mondiaux du coton, les pays africains producteurs de coton du groupe C4 – Bénin, Mali, Tchad et Burkina Faso – ont conclu un accord de coopération technique avec la Chine. Au titre de cet accord, la Chine devrait « fournir des équipements, des connaissances et des matériaux dans le but d’augmenter et d’améliorer la qualité de la production locale ». Le ministre du Commerce chinois Chen Deming a suggéré qu’il s’agissait d’un « pas dans le sens de la sous-traitance de la production vers l’Afrique », déclarant qu’« à plus long terme nous pourrions déplacer en Afrique  certaines des activités textiles et de l’industrie de l’habillement ». L’accord a été présenté dans le cadre du soutien de la Chine au programme de « l’aide pour le commerce » de l’OMC.

L’accord a cependant suscité un certain scepticisme chez les analystes, notamment en ce qui concerne ses avantages, ces analystes soulignant que « les entreprises chinoises préfèrent acheter du coton des États-Unis en raison de sa bonne qualité et de son prix inférieur, en particulier avec l’appréciation du yuan chinois ». Comparé aux approvisionnements américains et indiens, « le coton africain est plus coûteux (…) et ne présente aucune garantie de qualité ».

Certaines entreprises chinoises ont déjà ouvert des usines de fabrication textile en Afrique. Parmi celles-ci, le groupe Yuemei, « qui détient des champs de coton, des usines de vêtements et des bureaux de vente dans les pays africains, notamment le Mali et le Ghana ». Yuemei opère également au Nigeria.

Au niveau mondial, bien que la reconstitution des stocks chinois en janvier 2012 ait contribué à freiner les baisses des prix du coton, en février, le Comité consultatif international du coton (ICAC) faisait état de perspectives moins positives pour les marchés mondiaux du coton du fait des niveaux de stock équivalents à plus de six mois de consommation. On s’attend à ce que les producteurs de coton, dont la production cette saison devrait atteindre « un record sur cinq ans de 26,8 millions de tonnes », répondent à la baisse des prix en réduisant les superficies consacrées à la culture du coton. La production devrait alors chuter de 1,9 million de tonnes en 2012/13.

Il s’agit là d’un revirement spectaculaire par rapport à la saison précédente, lorsqu’un ratio stock-utilisation de 37 % a alimenté « un prix record de 227 cents la livre sur les marchés à terme en mars [2011] ». Le prix de référence de mars 2012, en revanche, est d’environ 93,68 cents/livre, soit 59 % de moins que le record de l’année précédente.

Commentaire éditorial

Avec les États-Unis, la Chine est un grand pourvoyeur de subventions au coton, et la signature de l’accord de coopération technique à Genève en marge de la réunion ministérielle de l’OMC pourrait bien avoir été prévue pour détourner les critiques de cette réalité sous-jacente.

Plus généralement, les entreprises chinoises s’impliquent de plus en plus dans le secteur du coton ouest-africain à mesure que les processus de privatisation progressent. La Chine devient également un grand marché d’exportation pour le coton ouest-africain. Bien que cela puisse être jugé comme ouvrant de nouvelles possibilités de commercialisation, la grande question reste le prix d’achat pour ce coton et le prix généré pour les agriculteurs.

Rediriger tout simplement le commerce vers l’Asie au sein des modèles traditionnels de commerce d’exportation n’amènera pas nécessairement des avantages supplémentaires aux producteurs de coton en Afrique de l’Ouest. Le défi consiste à utiliser la nouvelle dynamique découlant de la demande asiatique en plein essor pour redéfinir l’insertion de la production de coton ouest-africaine au sein des chaînes mondiales d’approvisionnement de coton et de textile.

Nul ne sait précisément quelles opportunités ces échanges commerciaux croissants avec la Chine présentent à cet égard, comparé aux opportunités dans les marchés traditionnels où une plus grande différenciation de l’utilisation du coton semble s’imposer (voir articles Agritrade «  Analyse des développements dans le marché du coton biologique », 6 octobre 2011, et «  Le coton commerce équitable et bio susceptible d’augmenter la production... », juillet 2011). Ces développements doivent être envisagés dans le contexte d’une baisse de 80 % des exportations de coton ouest-africaines vers l’UE sur ces 10 dernières années, et des exportations de la Chine en 2010 plus de sept fois supérieures aux volumes des exportations de coton vers l’UE.

L’APE Pacifique sera conclu d’ici 2012

25 février 2012

Après avoir passé en revue l’état d’avancement des négociations d’APE lors de la réunion organisée à Auckland en septembre 2011, dans le contexte du rapport d’avancement du Plan Pacifique 2011, les dirigeants du Forum des îles du Pacifique ont noté la priorité accordée par la région à la conclusion fructueuse des négociations d’APE en 2012. Ce message a été réaffirmé aussi bien par le secrétaire des affaires étrangères des îles Salomon, Robert Sisilo, à la réunion du Comité ministériel commercial ACP organisée à Bruxelles en décembre 2011, que par le porte-parole ministériel PACP sur les APE, ’Isileli Pulu, le ministre du Travail, du Commerce et des Industries de Tonga, qui a réaffirmé le mandat PACP visant à conclure un APE complet en tant que région unique.

La conclusion d’un APE complet pour le Pacifique en tant que région unique semble, cependant, être tributaire d’une certaine flexibilité de l’UE sur les questions litigieuses restantes (par ex. les taxes d’exportation, l’approvisionnement mondial en poisson frais et congelé, la coopération au développement, les clauses de non-exécution, de protection des industries naissantes et de statuquo). M. Sisilo a noté qu’une flexibilité similaire avait été accordée par les gouvernements PACP dans leurs offres révisées d’accès au marché et les textes juridiques sur les clauses litigieuses qui ont été soumis à la CE en juillet 2011.

Le porte-parole ministériel PACP sur les APE a reconnu cependant que certains États PACP doivent encore finaliser certains aspects de leur travail avant les négociations formelles avec l’UE en 2012. Ils s’y emploient bien au-delà de leurs engagements actuels envers les négociations sur l’élargissement du PICTA pour inclure le commerce des services et les négociations PACER-Plus récemment initiées avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Les gouvernements de deux États PACP, Samoa et Vanuatu, ont travaillé en 2011 sur les accords d’adhésion à l’OMC. Bien que l’adhésion du Samoa ait été approuvée en décembre 2011 à la 8e réunion ministérielle de l’OMC, et celle du Vanuatu avant cela, ces processus de négociation parallèles ont mis les capacités de négociation des PACP à rude épreuve. La région reste néanmoins déterminée à avancer sur le front des négociations d’APE.

À la mi-janvier 2012, une analyse de presse citant un négociateur commercial du Pacifique à la retraite et resté anonyme a évoqué une série de questions qui restent non résolues dans les négociations. Parmi celles-ci :

  • l’absence de « mesures de développement » ;
  • l’absence de progrès sur les propositions bilatérales d’accès au marché formulées par les gouvernements du Pacifique ;
  • l’absence de progrès sur les textes proposés liés aux « clauses litigieuses » ;
  • la demande du Pacifique pour une amélioration supplémentaire des règles d’origine pour un éventail plus large de produits de la pêche ;
  • le changement de position et l’absence de consensus sur une base pour les accords sur l’accès aux pêcheries pour les navires de l’UE.

Commentaire éditorial

Si bon nombre des questions en suspens ont essentiellement trait aux questions non agricoles, les incertitudes générées par un manque de clarté quant à savoir quand et comment les négociations seront conclues comportent des implications pour au moins un secteur agricole, le secteur sucrier de Fidji. L’incertitude entourant l’accès futur au marché pour les exportations de sucre vers l’UE complique les efforts visant à obtenir un soutien d’un partenaire stratégique pour la restructuration et la modernisation du secteur sucrier (pour l’orienter dans une direction similaire au modèle de restructuration mauricien, afin de tirer profit des structures changeantes de la demande mondiale pour le sucre).

Au-delà des exportations de café et d’huile de palme durable, peu d’échanges commerciaux portant sur des produits agricoles et alimentaires ont lieu entre les États PACP et l’UE (par rapport au commerce entre les PACP et leurs voisins du Pacific Rim). En outre, le commerce intra-régional de produits alimentaires et agricoles est limité. 

Les négociations d’APE entre la CAE et l’UE en passe d’être conclues ?

25 février 2012

Des articles de presse rapportent que les négociations de l’APE CAE-UE devraient reprendre à un rythme plus soutenu au premier trimestre de 2012. D’après le vice-ministre de l’Industrie et du Commerce de la Tanzanie, Lazaro Nyalandu, « les progrès enregistrés dans les négociations d’APE entre les deux blocs (...) étaient impressionnants », et les deux parties étaient « toujours en train de préparer leurs questions pour le prochain cycle de discussions ». Des retards apparents ont été attribués aux préoccupations régionales, notamment « l’opérationnalisation de l’union douanière de la CAE, de l’union monétaire et de la nouvelle adhésion du Sud-Soudan ». Les questions découlant des nouveaux développements économiques, tels que la découverte de pétrole en Ouganda et la présence de gaz naturel en abondance en Tanzanie, doivent également « être éclaircies par les partenaires CAE avant de passer aux négociations d’APE avec l’UE ». Globalement, cependant, le processus de négociation d’APE a été décrit comme étant « maintenant à un stade avancé », les dernières discussions ayant été « très bonnes ». Selon des articles de presse, le vice-ministre aurait déclaré que le processus de négociation sera « probablement conclu cette année ».

D’après d’autres articles de presse, le ministre tanzanien de l’Industrie, du Commerce et du Marketing, Cyril Chami, aurait déclaré à une délégation suédoise en visite que « la coopération au développement devrait être partie intégrante d’un APE », pour s’assurer que les pays de la CAE sont capables de « s’ajuster aux nouveaux défis et d’exploiter au maximum les avantages offerts au titre de l’accord ». Ceci est jugé essentiel pour promouvoir une croissance durable et réduire la pauvreté. La délégation suédoise a au même moment exhorté les gouvernements CAE à signer l’APE.

D’après la presse, les ONG tanzaniennes ont appelé à « un examen minutieux des conditions » contenues dans le projet d’APE intérimaire avant la signature. Parmi les sources de préoccupation, il y a les pertes de revenus et le niveau de préparation de certains secteurs, en particulier l’agriculture, pour faire face à cette intensification de la concurrence. Le Groupe de dialogue œcuménique de la Tanzanie (TEDG) craint tout particulièrement les engagements d’APE qui rendent encore plus difficile de satisfaire aux besoins de la sécurité alimentaire. Parmi ceux-ci, figurent les limitations sur les mesures qui peuvent être prises contre les poussées d’importations et les « limites imposées à la liberté du bloc d’utiliser la politique tarifaire et la régulation du marché », telles que les restrictions à l’exportation et les taxes, « pour éviter un grave déficit de denrées alimentaires ». Le TEDG a spécifiquement appelé à ce que la coopération au développement devienne « partie intégrante de l’accord » et à ce que des fonds supplémentaires soient dégagés.

Les responsables du gouvernement tanzanien ont affirmé que, si les négociations venaient à échouer, la Tanzanie, l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi se verraient appliquer l’accès au marché de l’UE prévu dans le cadre de l’initiative Tout sauf les armes, tandis que le Kenya devrait se plier au SPG standard.

Commentaire éditorial

En se préparant à relever le défi d’une concurrence accrue dans le secteur agroalimentaire, un bon nombre des actions nécessaires sont sans doute internes à la CAE. Par exemple, de nombreux défis liés au développement de modèles plus compétitifs de production agricole au sein de la CAE bénéficieraient du retrait des barrières politiques au commerce intra-régional (par ex. l’utilisation régulière des interdictions d’exportation et autres mesures non tarifaires).

Toutefois, cela exigerait également une harmonisation croissante des politiques agroalimentaires parmi les États membres de la CAE, allant de la sécurité des denrées alimentaires et des normes de qualité des denrées alimentaires à la sécurité alimentaire régionale et aux politiques communes de commerce extérieur. Une meilleure harmonisation des politiques nationales, y compris dans de nouveaux domaines politiques tels que l’amélioration du fonctionnement des chaînes d’approvisionnement agricole, pourrait contribuer à la fois à une meilleure fourniture des intrants agricoles et à une meilleure commercialisation des produits agricoles.

À cet égard, des leçons importantes pourraient être tirées de la pratique interne de l’UE, et être appliquées de manière pragmatique à la lumière des réalités régionales. Ceci peut exiger une modification de certaines des clauses litigieuses contenues dans l’APE intérimaire, qui peuvent préoccuper les acteurs non étatiques dans le domaine de la sécurité alimentaire.

Pour aborder les contraintes en matière d’infrastructure de transports, qui représentent un coût énorme pour le commerce intra-régional, tant une action interne qu’un soutien externe semblent nécessaires. L’UE soutient depuis longtemps des projets de transports en Afrique. Toutefois, dans le contexte économique actuel de la zone euro, il convient de reconnaître que l’amélioration de l’efficacité de la fourniture de l’aide provenant des engagements existants de l’UE dans les activités de coopération au développement ACP pourrait potentiellement apporter davantage de bénéfices à la région CAE que toute augmentation prévisible du montant total des engagements d’aide de l’UE.

Des efforts sont actuellement déployés pour augmenter la production de cacao en Afrique de l’Ouest

25 février 2012

Le 30 janvier 2012, la Hershey Company a annoncé une augmentation de son soutien aux producteurs de cacao en Afrique de l’Ouest. L’entreprise a noté que les agriculteurs sont « désireux d’améliorer leurs méthodes de culture », une augmentation de 50 % de la production étant possible dans certaines régions. « En 2017, les partenariats public-privé de Hershey bénéficieront directement à 750 000 producteurs africains de cacao », d’après l’entreprise. Ceci est lié au lancement de chocolats différenciés en termes de qualité utilisant « 100 pour cent de cacao provenant des exploitations certifiées Rainforest Alliance ». Les programmes soutenus par Hershey vont de l’utilisation de la technologie de la téléphonie mobile pour disséminer les meilleures pratiques agricoles jusqu’aux programmes d’approvisionnement d’intrants, en passant par la création d’associations d’agriculteurs,. Ces initiatives ont récemment été consolidées au titre de l’initiative « Learn to grow » de Hershey.

Au même moment, des efforts sont consentis pour augmenter la production de cacao au Liberia, qui officiellement exporte actuellement à peine 9 530 tonnes (bien qu’une contrebande importante soit signalée). Des efforts sont également faits pour renforcer les organisations d’agriculteurs et améliorer la position commerciale des agriculteurs dans la chaîne d’approvisionnement. L’amélioration de l’organisation et de la commercialisation par les agriculteurs est jugée comme étant essentielle pour relever d’autres défis liés à l’amélioration de la qualité des récoltes. Bien que ces efforts soient soutenus par l’IFAD, un programme de replantation très attendu doit encore être mis sur pied et les niveaux de qualité restent problématiques.

Au niveau international, une utilisation de cacao inférieure aux prévisions en Europe lors de la période précédant Noël a fait dégringoler les prix du cacao au début de l’année 2012. Ceci reflète en partie la santé de l’économie européenne. Toutefois, cette situation a été compensée par les craintes que l’Afrique de l’Ouest n’enregistre pas la récolte record que les analystes prévoyaient. 

Commentaire éditorial

L’élargissement du programme de la Hershey Company doit être envisagé dans le contexte d’une demande de cacao en pleine croissance (+ 2 à 3 % par an). De nombreuses entreprises ont lancé des programmes similaires, tous conçus pour garantir un approvisionnement à long terme en cacao, afin d’être en mesure de satisfaire la demande croissante des marchés en Chine et dans d’autres pays asiatiques et pays en développement avancés (voir article Agritrade «  Une augmentation de la production de cacao s’avère nécessaire pour répon... », 27 décembre 2011).

S’agissant des agriculteurs, il convient de veiller à ce que les partenariats public-privé couvrant la fourniture d’intrants et les services de vulgarisation ne soient pas conditionnés à des accords d’approvisionnement exclusifs qui obligent les agriculteurs à approvisionner des entreprises particulières. Ces pratiques pourraient miner la position de négociation des agriculteurs dans le contexte d’une demande croissante, de marchés tendus et de prix volatils. Ceci suggère la nécessité d’une révision complète du fonctionnement des chaînes d’approvisionnement du cacao aux niveaux national et international.

Concernant les ACP, les gouvernements dans les pays ACP producteurs de cacao gagneraient peut-être à considérer avec attention comment on peut faire en sorte pour que la croissance de la demande dans les pays asiatiques et en développement avancés soit assurée de façon à améliorer les activités de transformation à plus forte valeur ajoutée pour garantir de meilleurs revenus pour leurs propres secteurs.

État d’avancement du débat sur la réforme de la PAC

25 février 2012

Lors de la réunion du Conseil de l’agriculture de l’UE en janvier 2012, les propositions de la CE pour des réformes supplémentaires de la PAC ont été débattues. D’après les rapports de l’UE, « le débat était axé sur les mesures exceptionnelles en cas de perturbation du marché et sur les mesures proposées visant à obtenir une chaîne d’approvisionnement alimentaire plus compétitive et plus performante ».

La plupart des États membres considéraient que la proposition de la CE sur les mesures exceptionnelles allait « dans la bonne direction ». Cependant, certains États membres ont souligné la nécessité d’une définition plus précise des circonstances exceptionnelles qui justifieraient le déploiement de fonds puisés dans la facilité d’urgence proposée. D’autres représentants des États membres « ont remis en question le financement de ce fonds de crise ».

Plusieurs États membres ont soutenu les propositions de la CE pour renforcer les organisations de producteurs en tant que moyen d’assurer un meilleur équilibre du pouvoir de négociation le long des chaînes d’approvisionnement. Toutefois, certains États membres ont jugé que cela devait rester « volontaire » et ne pas fausser la concurrence.

Dans le rapport de l’UE, « plusieurs pays ont mentionné que la fin des quotas sucriers prévue pour 2015 devrait être reportée pour permettre au secteur de mieux s’adapter ». Ceci n’est pas sans rappeler les appels de l’organisation d’agriculteurs de l’UE Copa-Cogeca pour que les quotas de production de sucre soient maintenus jusqu’en 2020 au moins.

S’exprimant à l’Oxford Farming Conference en janvier 2012, le ministre britannique de l’Agriculture, Jim Paice, a appelé à une PAC soutenant de plus en plus les investissements, l’innovation et la recherche, et à une vision à plus long terme d’une PAC où il n’y aurair plus de régime de paiement unique par exploitation. Bien que cela n’ait pas été prévu dans le cadre de la planification actuelle, le ministre a estimé que cela pourrait être obtenu « à terme ».

En février 2012, une déclaration conjointe franco-espagnole a été publiée, affirmant que les deux gouvernements « n’accepteront pas » une refonte du budget qui ne préserve pas le niveau actuel des dépenses agricoles de l’UE. Spécifiquement, ils ont indiqué qu’il était « essentiel de maintenir le budget de la PAC au moins au niveau des engagements obtenus à la fin de la période de programmation actuelle ». Ceci est jugé conforme aux propositions actuelles de la CE, tout en appelant à une introduction prudente de la convergence des paiements. La déclaration conjointe a remis en question l’approche communautaire envers le « verdissement de la PAC » (intégrant des considérations environnementales), notamment la proposition de lier 30 % des paiements agricoles à l’introduction de « mesures de verdissement ». Elle préconisait le déploiement de paiements plus ciblés pour réaliser bon nombre des objectifs environnementaux exposés par la CE.

Commentaire éditorial

Il n’y a pas encore de consensus sur le paquet global de mesures de réforme proposées par la CE. Le consensus ne semble émerger que dans des domaines où les initiatives politiques peuvent être prises sans avoir des implications budgétaires importantes (par ex. sur le renforcement du fonctionnement des chaînes d’approvisionnement).

Les débats récents doivent être envisagés dans le contexte du rejet par le gouvernement espagnol en octobre 2011 des propositions de réforme du système d’aide directe de la CE et l’expression générale de sa « déception » à l’égard des propositions communautaires, et du groupe dirigé par le Royaume-Uni qui préconise des réformes plus fondamentales.

Ce qui inquiète les ACP dans l’immédiat, ce sont les propositions d’abolition des quotas de production de sucre. Ici, les craintes d’un certain nombre d’États membres (Bulgarie, Espagne Finlande, Grèce, Hongrie, Irlande, Italie, Lettonie, Lituanie, Portugal, Roumanie, Slovaquie, Suède et République tchèque, principalement, où 15,8 % de la production est générée dans des zones de production à coûts élevés ou très élevés) concernant l’impact de l’abolition des quotas sur la production de betterave sucrière nationale se heurtent aux réalités commerciales du fonctionnement du régime sucrier actuel, qui a généré des déficits sucriers et des augmentations de prix au détriment des entreprises de transformation alimentaire à plus forte valeur ajoutée basées sur le sucre à travers l’UE.

Nul ne sait cependant comment ce débat sera résolu. La CE demeure engagée envers ses propositions initiales, la section consacrée au sucre dans le rapport de la CE de décembre 2011 sur les perspectives pour les marchés et revenus agricoles de l’UE étant basée sur l’hypothèse que le système actuel de quotas de production arrivera à échéance en 2015 (c’est-à-dire qu’il disparaîtra, si aucun consensus n’est obtenu concernant son renouvellement).

Globalement, le débat sur le niveau de financement total à mettre à disposition aura un impact majeur sur la structure finale des réformes convenues et les effets externes du déploiement des instruments de la PAC.

La Commission européenne dévoile sa stratégie relative au commerce et au développement

03 mars 2012

La CE a publié une nouvelle communication, intitulée « Commerce, croissance et développement », mettant à jour sa communication de 2002 sur le commerce et le développement. Dans sa nouvelle communication, la CE a souligné la nécessité de différencier de plus en plus les pays en développement, en mettant l’accent sur ceux qui sont le plus dans le besoin, et sur la nécessité pour les pays en développement partenaires d’entreprendre des réformes internes. Elle reconnaît que, si le commerce est une condition nécessaire pour le développement, il n’est pas suffisant et elle considère un certain nombre de questions telles que :

  • le lien entre commerce et sécurité alimentaire ;
  • la nécessité de s’assurer que les petits exploitants ruraux disposent d’un accès approprié à l’aide pour le commerce afin de faciliter leur implication dans les marchés extérieurs ;
  • l’importance des systèmes privés tels que l’étiquetage équitable, éthique ou biologique en tant que moyen d’encourager la croissance durable et inclusive.

La communication est à la fois proactive et réactive. Elle souligne comment, à l’exclusion des carburants, l’UE absorbe « [importe] davantage que les États-Unis, le Canada, le Japon et la Chine réunis ». Comme preuve de son soutien aux préférences efficaces, elle cite l’initiative TSA et les systèmes SPG+, la réforme de 2010 des règles d’origine (voir article Agritrade «  L’UE adopte de nouvelles règles d’origine », 25 décembre 2010), et le European Export Helpdesk pour les exportateurs des pays en développement. Elle affirme que, « dans le domaine de l’aide au commerce, l’UE et ses États membres portent l’essentiel des efforts au niveau mondial, comptant pour plus d’un tiers des flux totaux ». S’agissant des négociations commerciales de Doha, la communication est sans complaisance : « Nous avons présenté à maintes reprises des propositions de compromis. Mais des difficultés structurelles ainsi que le manque d’engagement de certains membres de l’OMC ont eu pour conséquence qu’il n’a pas été possible de parvenir à un accord sur les aspects clés. » Au niveau multilatéral, la communication affirme l’importance de réaliser des progrès à l’OMC sur l’application généralisée de l’accès en franchise de droits et de contingents pour les exportations PMA et de résoudre le problème du coton.

Considérant la prochaine décennie, la communication formule une série de propositions pratiques et communément admises. Elles mettent l’accent sur la nécessité de soutenir les petits opérateurs dans les pays en développement (y compris les agriculteurs et les agro-transformateurs) puisqu’ils « sont la colonne vertébrale de l’économie de nombreux pays en développement ». Ces propositions préconisent de :

  • donner une plus grande publicité aux informations pratiques sur les politiques commerciales et aux informations sur le marché ;
  • aider les petits producteurs à différencier leurs produits, par exemple au travers des indications géographiques et de l’étiquetage commerce équitable ;
  • mieux utiliser les diasporas en tant qu’agents de commercialisation ;
  • utiliser de manière plus proactive l’aide pour le commerce afin d’aider les petits producteurs à tirer profit des nouvelles opportunités d’exportation créées par les accords commerciaux.

La communication engage également l’UE à « [promouvoir] la suppression des barrières tarifaires et non tarifaires aux échanges des biens et des services présentant des avantages pour l’environnement ».

De manière plus controversée, la communication élargit l’argument utilisé dans sa proposition pour un nouveau SPG (voir article Agritrade «  Révisions dans le Système de préférences généralisées de l’UE », 25 octobre 2011), à savoir que la politique commerciale est un jeu à somme nulle, en ce sens que les pays les plus pauvres gagneront directement si les préférences sont réduites pour les pays riches. Elle ajoute que « l’UE doit concentrer ses efforts sur les pays les plus pauvres et les plus vulnérables et veiller à ce que ces efforts soient adaptés à leurs besoins et aux contraintes qu’ils subissent ». La bonne gouvernance est soulignée comme étant d’une « importance capitale pour le développement du secteur privé et une croissance durable fondée sur le commerce ». S’agissant des accords commerciaux bilatéraux ou régionaux en tant que moyen d’« ancrer solidement les réformes internes », la Commission note que « ces accords doivent inclure des règles qui favorisent la transparence, la prévisibilité et l’obligation de rendre des comptes ».

La communication réaffirme la nécessité de conclure les négociations d’APE avant 2014, et elle précise que, « si les pays ACP choisissent cette voie, les APE comprendront des engagements en matière de services et d’investissement, ainsi que dans les domaines liés au commerce et répertoriés dans l’accord de Cotonou en tant que moteurs importants de la croissance ». 

Commentaire éditorial

La communication de la CE présente un cadre stratégique pour les 10 prochaines années. Les commentaires sur la communication varient entre la mise en avant du déplacement de l’attention de la CE vers les pays les plus pauvres, les petites entreprises et la « bonne gouvernance », et les critiques selon lesquelles les principaux éléments de la communication reflètent de manière excessive les intérêts des entreprises de l’UE.

D’un point de vue agricole, bien que l’on fasse référence à la désirabilité de l’exclusion de l’aide alimentaire des contrôles des exportations et qu’un engagement soit consenti envers le renforcement du Mécanisme FLEX relatif à la vulnérabilité pour établir un nouveau régime d’amortisseurs concentré sur les chocs exogènes présentant une dimension transnationale, aucune référence n’est faite à d’autres questions commerciales agricoles identifiées dans le rapport des 10 agences préparé dans le cadre de l’initiative ministérielle du G20 2011. Parmi les actions identifiées dans le rapport figurait la nécessité d’aborder les problèmes d’insécurité alimentaire, notamment les mesures visant à gérer les « politiques commerciales des grandes nations » qui « augmentent la volatilité mondiale des prix et créent des externalités négatives pour les plus petits pays » (voir article Agritrade «  Le groupe de travail du G20 recommande une action générale pour réduire... », 5 juillet 2011). Cela incluait une référence aux politiques de soutien gouvernementales qui ont « largement influencé » la multiplication par dix de la production mondiale de biodiesel et la multiplication par quatre de la production de bioéthanol sur la période 2000-2009. Ces questions ne sont pas revisitées dans la communication de la CE.

En outre, la Commission note qu’elle « continuera d’œuvrer pour des résultats concrets qui bénéficient aux PMA », affirmant qu’« il est (…) important de parvenir à un résultat positif concernant le coton dans la négociation sur l’agriculture ». La CE a l’occasion de faire preuve de leadership sur les problèmes du coton au travers des propositions qu’elle présente sur l’avenir des paiements couplés dans le secteur du coton. L’abolition ou la réduction substantielle de ces paiements couplés pourrait fournir une direction claire sur cette question, malgré l’impact mondial relativement faible de l’action unilatérale de l’UE (voir article Agritrade «  Les développements récents du secteur du coton européen examinés par l’USDA », 2 mai 2011). 

Le débat sur la politique tarifaire applicable à la volaille sud-africaine s’intensifie

03 mars 2012

D’après des articles de presse, un rapport doit être publié très prochainement sur l’enquête concernant l’affaire anti-dumping de la volaille brésilienne. L’action anti-dumping lancée par le secteur sud-africain de la volaille contre les importations du Brésil suscite la controverse. L’Association des importateurs et exportateurs de viande (AMIE) affirme qu’« il y a beaucoup de mauvaises interprétations et de manipulation des statistiques », le mauvais classement des carcasses en tant que « oiseaux entiers » par l’Association de la volaille sud-africaine gonflant artificiellement le volume des oiseaux entiers, baissant ainsi les prix du produit importé.

D’après l’AMIE, l’industrie sud-africaine de la volaille n’est manifestement pas en détresse puisqu’elle est « relativement rentable (…) le retour sur investissement augmentant de près de 800 % entre 2008 et 2010, le flux de trésorerie brut augmentant de près de cinq fois et les volumes des ventes augmentant de 3 % pour les oiseaux entiers entre 2008 et 2010 ».

David Wolpert, DG de l’AMIE, a souligné que « les importateurs payaient déjà des droits de douane de 27 % sur les importations de volaille entière et 2,20 R/kg sur les morceaux désossés ». L’augmentation demandée des droits de douane « accroîtrait le prix de 28,96 % pour les oiseaux entiers et de 15,49 % pour les morceaux désossés ». D’après M. Wolpert, les importations d’oiseaux entiers et de morceaux désossés atteignaient entre 8 et 10 % de la production locale.

L’association brésilienne de la volaille a affirmé que toute augmentation des droits de douane se ferait au détriment des consommateurs, puisque cela éliminerait la concurrence au sein de ce qui constitue une industrie intérieure extrêmement concentrée. Le Business Day d’Afrique du Sud a rapporté que les autorités antitrust en Afrique du Sud avaient « relevé des infractions » en matière « d’allocation de marché et de partage d’informations par les producteurs locaux », et que les « négociations pour d’éventuels règlements ont commencé ».

Les producteurs en Afrique du Sud se sont plaints « de la hausse des coûts des transports, de l’électricité et de l’alimentation de la volaille ». D’après les articles de presse, après « la demande d’augmentations supplémentaires des droits de douane, les carcasses avaient été classées dans leurs propres sous-positions tarifaires ».

La décision de l’International Trade Administration Commission d’Afrique du Sud, qui imposera des droits de douane supplémentaires de 6 à 63 % au cours des six prochains mois, a exaspéré les exportateurs brésiliens, qui se tournent maintenant vers leur gouvernement pour porter l’affaire devant l’OMC.

L’association brésilienne de la volaille a affirmé que « le droit de douane sur les volailles entières sera de 63 pour cent en plus des 5 pour cent actuels, tandis que pour les morceaux désossés un droit de 47 pour cent supplémentaire sera appliqué en plus du droit de 27 pour cent » actuellement en vigueur. 

Commentaire éditorial

Des problèmes peuvent également se poser sur des segments spécifiques du marché de la volaille dans les pays en développement, étant donné leur profil de demande différent et la nature résiduelle du commerce des morceaux de volaille. Dans ce contexte, les autorités douanières d’Afrique du Sud cherchent à introduire un système plus désagrégé de classification tarifaire. Bien que toutes les modifications introduites par les autorités douanières auront un impact sur la SACU dans son ensemble, les producteurs de volaille voisins tels que le Botswana, le Lesotho, la Namibie et le Swaziland (BLNS) sont susceptibles d’être relativement peu affectés, puisque les produits de la volaille les plus compétitifs sur leurs marchés sont d’origine sud-africaine. Ces mesures affecteraient principalement les consommateurs des BLNS en augmentant les prix.

Actuellement, l’UE possède pas moins de 22 sous-positions tarifaires pour la viande de volaille, avec 13 droits de douane consolidés différents allant de 187 €/tonne à 1 024 €/tonne et de 10,9 % à 15,4 % pour la dinde et la viande salée, séchée ou fumée. Au sein de ce droit de douane consolidé, l’UE établit un éventail de contingents tarifaires pour être en mesure de répondre à une demande croissante pour des produits de volaille spécifiques.

D’après une évaluation de la CE réalisée en 2005, les droits à l’importation sont essentiels, les producteurs de volaille étant d’avis qu’en « l’absence de droits d’importation (…) le marché de l’UE serait rapidement influencé par les produits importés, les producteurs de l’UE étant de plus en plus contraints à approvisionner des marchés de niche ».

La politique tarifaire est par conséquent très importante pour le secteur de la volaille dans de nombreux pays différents.

La formulation des politiques, cependant, a été compliquée ces dernières années par la volatilité des prix de l’alimentation animale et du taux de change, qui peuvent transformer la position concurrentielle relative des différents secteurs de la volaille en quelques mois. Cette nouvelle réalité implique que les producteurs de volaille devront développer des politiques de marchés publics et de commercialisation de plus en plus sophistiquées pour se protéger contre la volatilité des prix et du taux de change. Le doublement des prix du maïs en Afrique du Sud en raison d’exportations excessives, à l’heure où les prix de l’alimentation animale représentent 50 % des coûts totaux de la production de volaille, souligne les difficultés qui peuvent être rencontrées en l’absence d’accords à long terme appropriés en matière de marchés publics pour l’alimentation animale ou, dans le cas du secteur sud-africain de la volaille extrêmement intégré, concernant le maïs. 

L’UE lance une nouvelle stratégie sur le bien-être animal

03 mars 2012

Le 19 janvier 2012, la CE « a adopté une nouvelle stratégie de quatre ans (…) qui vise à améliorer encore le bien-être des animaux dans l’Union européenne ». La stratégie reconnaît que le « marché ne fournit pas suffisamment d’incitations économiques pour la mise en conformité ». Il adopte une approche en deux volets : « une proposition pour une législation complète sur le bien-être animal et un renforcement des actions actuelles ».

La stratégie met l’accent sur :

  • le renforcement de la conformité ;
  • l’amélioration des informations des consommateurs sur les produits respectueux des animaux ;
  • l’optimisation des synergies au sein de la PAC.

L’accent sera mis sur l’amélioration de la fin de vie des animaux, y compris au travers d’une meilleure formation et éducation des personnes impliquées dans la manipulation des animaux. Au titre de cette nouvelle stratégie, les opérateurs se voient octroyer une certaine flexibilité quant à la manière dont ils atteignent les normes de bien-être nécessaires par différents moyens.

Une évaluation préparée en support de la nouvelle stratégie a révélé que « les normes de bien-être ont imposé des coûts supplémentaires (…) estimés à environ 2 % de la valeur globale des secteurs [du bétail et expérimental] ». Il n’existe aucune preuve que cela menace la durabilité de la production de bétail de l’UE. La CE affirme : « La compétitivité des producteurs de l’UE est un des objectifs clés de la politique de la Commission sur le bien-être animal. Il serait insensé d’améliorer les normes de l’UE en matière de bien-être animal si cela a pour effet d’augmenter les importations en provenance des pays tiers appliquant des normes moins strictes. » La Commission indique cependant que « les valeurs de l’UE envers les animaux seront promues à l’étranger », ajoutant qu’elle a investi des ressources sans cesse plus importantes pour développer des normes internationales sur le bien-être animal ».

Pour assurer un pied d’égalité entre les fournisseurs européens et des pays tiers, la CE :

  • continuera d’inclure le bien-être animal dans les accords commerciaux bilatéraux, pour augmenter les opportunités de coopération bilatérale ;
  • restera active sur la scène multilatérale, et organisera, lorsque nécessaire, des événements internationaux majeurs sur les questions de bien-être animal.

Le Copa-Cogeca a salué la nouvelle stratégie de la CE, malgré les craintes des agriculteurs au sujet des « actions concrètes pour savoir comment mieux répartir tout au long de la chaîne alimentaire les coûts de production élevés liés au bien-être animal que les producteurs européens doivent supporter ». Les agriculteurs remettent également en question la volonté des consommateurs de payer plus pour des produits respectueux des animaux. Le Copa-Cogeca exhorte également la CE « à veiller lorsqu'elle négocie des accords commerciaux (…) à ce que les normes européennes soient également appliquées aux importations ». 

Commentaire éditorial

L’élément de la nouvelle stratégie de l’UE qui permet aux opérateurs d’obtenir des résultats en matière de bien-être animal par différents moyens revêt une importance potentielle pour les exportateurs de bœuf ACP. Les principaux exportateurs ACP utilisent des systèmes de pâturage extensif, avec différentes exigences pour assurer le bien-être des animaux durant le transport. La flexibilité autorisée au titre de la nouvelle stratégie devrait permettre que des accords de bien-être animal adaptés aux systèmes de production en vigueur dans les pays ACP soient établis, à condition que les résultats escomptés en termes de bien-être animal soient atteints.

Bien que la CE affirme qu’elle n’a jamais cherché à utiliser les accords commerciaux pour imposer la conformité à ses propres normes de bien-être animal, en matière de pêche au thon, l’UE cherche de plus en plus à conditionner le droit de vendre sur le marché de l’UE à l’application de normes de production. Cette tendance pourrait en fin de compte être élargie au secteur du bétail, la conformité aux diverses normes liées à la production étant une condition préalable pour la vente des produits sur le marché de l’UE.

Les développements dans cette direction doivent faire l’objet d’un dialogue minutieusement structuré. 

Le commerce intra-régional africain devrait augmenter

03 mars 2012

L’UA a publié quatre documents affirmant que « le commerce n’a pas servi comme un instrument puissant (…) favorisant une croissance économique et un développement durables » pour de nombreux membres, en partie en raison du « niveau relativement faible du commerce intra-régional » en Afrique. Outre un rapport de synthèse, les documents incluent un document de réflexion, un plan d’action et un document cadre, avec « une feuille de route (...) pour le traitement accéléré de la zone de libre-échange continentale ».

Le rapport de synthèse de l’UA note « la forte orientation extérieure » du commerce en Afrique, et observe que l’agriculture est un secteur qui pourrait tirer d’énormes bénéfices d’une promotion du commerce intra-régional. À 10 %, le commerce intra-africain est bien inférieur aux 60 % réalisés en Europe, 40 % en Amérique du Nord et 30 % dans les pays de l’ANASE. La conséquence est que les pays ont tendance à exporter des produits non transformés plutôt que des versions plus transformées qui requièrent des matières premières importées. D’après un examen de la facilitation des échanges commerciaux dans la zone de libre-échange tripartite, « il est souvent plus économique » de ne pas exporter un produit transformé mais uniquement « une matière première (…) comme le sucre brut plutôt qu’une confiserie ». D’après la Banque mondiale, « l’infrastructure déficiente, en particulier les routes et les chemins de fer, représente un obstacle capital » au commerce intra-africain, avec des coûts de transport de « plus de 60 % supérieurs à la moyenne dans les pays développés ».

Une des conséquences des contrôles frontaliers onéreux et de l’infrastructure déficiente est qu’une part élevée des échanges commerciaux se fait de manière informelle, privant les gouvernements des recettes fiscales du commerce, générant la corruption et agissant comme un frein aux investissements des négociants plus prospères. Il a été estimé qu’en 2006 les exportations informelles et non déclarées de l’Ouganda vers ses cinq voisins atteignaient 86 % de ses exportations officielles.

Le rapport de l’UA note que les pays africains « ont été incapables d’exploiter totalement les synergies et les complémentarités de leurs économies et de tirer pleinement profit des économies d’échelle et autres bénéfices (tels que la génération de revenus et d’emplois) qu’une intégration de marché plus importante aurait pu apporter ». La gestion de ces problèmes exige toute une série d’actions sur un large front, et le Plan d’action de l’UA met l’accent sur sept domaines prioritaires transversaux : politique commerciale, facilitation des échanges, capacité de production, infrastructure liée au commerce, financements commerciaux, information commerciale et intégration du marché. La « feuille de route pour le traitement accéléré » se fonde sur « l’expérience pionnière de la zone de libre-échange tripartite COMESA-CAE-SADC ».

La promotion d’un commerce intra-africain plus intense est jugée comme étant une priorité urgente par la Banque mondiale, à la lumière du « net ralentissement économique en cours dans la zone euro », qui pourrait réduire la croissance de l’Afrique « de 1,3 point de pourcentage » en 2012. Le rapport de la Banque mondiale relève les « énormes opportunités pour le commerce transfrontalier de produits alimentaires en Afrique », mais considère que les décideurs politiques doivent aller au-delà des accords et embrasser « un processus plus holistique pour approfondir l’intégration régionale ». 

Commentaire éditorial

Comme le prouve l’examen de l’expérience de la ZLE tripartite réalisé par Tralac, il existe d’importantes barrières infrastructurelles et organisationnelles au commerce au sein de l’Afrique. Celles-ci augmentent inutilement le coût des produits que les Africains consomment et produisent. À l’heure d’une hausse des prix des denrées alimentaires, ces barrières préoccupent tout particulièrement le secteur agroalimentaire.

Étant donné que les différentes régions de l’Afrique présentent un potentiel agricole différent, le secteur agroalimentaire pourrait constituer un des plus grands bénéficiaires de l’intensification du commerce intra-régional. Toutefois, la récente annonce de l’interdiction d’exportation de maïs du Malawi (voir article Agritrade «  L’interdiction d’exportation de maïs du Malawi complique le débat sur la... », 12 février 2012) et l’annonce par le Kenya de son intention de stopper les exportations indiquent que les progrès vers le retrait des barrières politiques au commerce intra-régional même les plus évidentes sont extrêmement inégaux.

Une meilleure intégration commerciale rendra certainement l’Afrique plus riche, mais aura également des effets distributifs. Il existe une tension entre ces deux effets qui a contribué à la lenteur du retrait des barrières politiques. Des « économies d’échelle » impliquent de permettre à certains pays de produire suffisamment, non seulement pour leurs propres citoyens mais également pour leurs voisins. Mais si la production chute de manière imprévue, certains consommateurs pourraient sortir perdants. Si le libéralisme persiste, ce sont peut-être les consommateurs des pays producteurs qui seront forcés de payer des prix stimulés par la demande d’exportation (voir article Agritrade «  Le débat sur la réglementation des exportations de maïs s’intensifie en... », 12 février 2012). Ceci peut affecter non seulement les consommateurs finals mais d’autres chaînes d’approvisionnement agricole à plus forte valeur ajoutée (par ex. les producteurs de volaille et de bœuf). Toutefois, si des barrières d’exportation sont imposées, cela pourrait nuire aux consommateurs dans les marchés externes des producteurs, qui seront alors incapables d’obtenir ce dont ils ont besoin lorsqu’ils en ont le plus besoin. De la même manière, les interdictions d’exportation peuvent avoir des conséquences indésirables en matière de prix pour les producteurs nationaux, faisant baisser les prix locaux à mesure que les opportunités d’exportation disparaissent et que la concurrence pour les approvisionnements s’amenuise (voir article Agritrade «  Débat sur l’utilisation des interdictions d’exportation en Afrique orien... », 6 octobre 2011).

La conclusion du processus d’APE est jugée capitale pour les exportations de bananes africaines

03 mars 2012

George Kporye, président de la nouvelle Association des ananas et des bananes d’Afrique (APIBANA), « a demandé au gouvernement [ghanéen] de signer l’Accord de partenariat économique (APE) avec l’Union européenne (UE) » pour préserver l’accès en franchise de droits au marché de l’UE ». Il a souligné que, à la lumière des droits de douane réduits et de l’intensification de la concurrence de la part des exportateurs de bananes latino-américains, les exportateurs de bananes d’Afrique occidentale et centrale ne pourraient pas supporter une réimposition des droits à l’importation de l’UE.

L’APIBANA a rassemblé les producteurs de bananes et d’ananas du Cameroun, de la Côte d’Ivoire et du Ghana. Ces pays exportent près de 360 000 tonnes de bananes vers l’UE, soit 65 % des exportations totales de bananes d’Afrique. L’objectif de l’APIBANA est de « représenter, plaider en leur faveur et défendre les intérêts de ses membres dans les pays producteurs auprès d’institutions régionales telles que la CEDEAO, l’UEMOA, et de promouvoir les produits de ses membres sur tous les marchés, en particulier l’UE », y compris pour développer les marchés d’exportation dans d’autres pays africains.

En 2011, le Ghana a exporté 62 000 tonnes de bananes, les exportations de bananes augmentant de 2 à 5 % par an depuis 2006. Ceci a été facilité par les investissements dans l’infrastructure logistique nécessaire pour l’exportation de bananes de la qualité désirée. Une entreprise ghanéenne, Golden Exotics Ltd, gérée par M. Kporye, représente 90 % des exportations de bananes du Ghana.

Commentaire éditorial

L’importance de conserver un accès en franchise de droits pour les exportations de bananes et d’ananas pour les échanges commerciaux de l’Afrique de l’Ouest avec l’UE ne peut être sous-estimée. En l’absence des préférences tarifaires de l’APE, les exportations de bananes se verraient appliquer un droit de douane de 176 €/tonne. Les exportations d’ananas préparés et en conserve se verraient appliquer un droit entre 14,9 et 15,7 %. Cela constituerait un sérieux désavantage pour ces secteurs d’exportation, en particulier au Ghana, où le commerce d’exportation n’a percé que très récemment.

Ceci pourrait expliquer pourquoi l’APIBANA met l’accent sur la promotion des exportations vers tous les marchés, et s’attache à développer d’autres marchés africains ainsi qu’à défendre son accès au marché de l’UE.