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Malgré son importance, la pêche n’est pas encore une priorité pour la plupart des pays africains

10 novembre 2013

Un entretien avec Sloans Chimatiro, Conseiller principal pour la Pêche, NEPAD

Dr Sloans Chimatiro est conseiller principal pour la pêche au Secrétariat du Nouveau Partenariat pour le Développement de l'Afrique (NEPAD) depuis 2006. Dr Chimatiro était auparavant Directeur des pêches au Malawi. Sloans Chimatiro a plus de 20 ans d’expérience dans la recherche halieutique, ainsi que dans la gestion de la pêche. Il a également été gestionnaire de programmes de développement régionaux et continentaux dans le secteur.

Q: Comment le NEPAD est-il impliqué dans la pêche?

On peut dire que c'est le sommet du NEPAD, tenu à Abuja en 2005, « Du poisson pour tous », qui prévoit le mandat de notre action. Le sommet d'Abuja a réuni des décideurs africains et souligné la nécessité pour les pays africains de relever les défis de la gouvernance de la pêche, une priorité pour que les bénéfices de la pêche soient améliorés.

Pour faciliter les réformes nécessaires, le  Partenariat pour les pêcheries africaines (PAF) a été créé en 2009, avec la collaboration de la Banque mondiale. Le PAF contribue au Programme détaillé de développement de l'agriculture africaine (PDDAA).

Pour la pêche, la prochaine étape fut la première Conférence des ministres africains de la Pêche et de l'Aquaculture (CMAPA), qui s'est tenue à Banjul en 2010, qui a recommandé l'élaboration d'une stratégie africaine globale pour la pêche et l'aquaculture. Cette stratégie, approuvée par les chefs d'État de l’Union africaine, sera présentée à la prochaine CMAPA en février 2014.

Q: Comment expliquez-vous que, malgré tout cela, la pêche ne soit toujours pas une priorité pour la plupart des pays africains?

Effectivement, la pêche n’est pas une priorité pour la plupart des pays africains – et ce, malgré l'importance de la pêche en matière de moyens de subsistance des communautés de pêcheurs, de sécurité alimentaire et de commerce. Il est très révélateur que, dans la coopération au développement avec l'Union européenne, dans la programmation du Fonds européen de développement, aucun pays africain n'ait mis la pêche comme un secteur prioritaire pour l’aide.

À mon avis, la raison principale en est que  les ressources halieutiques sont quelque chose de ‘tenu pour acquis’ par les gouvernements africains. Elles ont toujours été là, alors pourquoi s'embêter à devoir les gérer? La vérité est que la plupart des pays africains doivent encore réaliser la valeur de leur capital en ressources naturelles halieutiques et la nécessité d'investir dans la gestion de la pêche, afin d'éviter la surexploitation. Compte tenu de l'état d'exploitation d'un grand nombre de nos ressources, nous devons inciter à ne pas à exploitation davantage nos ressources et à optimiser les bénéfices tirés de nos pêcheries.

Q: A quel type de mesures incitatives pensez-vous?

Les conditions d'accès à la pêche doivent être réformées, d'une manière qui permet aux pays de vendre les droits d'accès aux ‘plus offrants’. Pour ce faire, il faut faire une évaluation économique des ressources halieutiques, afin que les membres de l'Union africaine se rendent compte la valeur de la richesse actuellement perdue, et la valeur qui pourrait être générée si la pêche était gérée correctement. Une grande partie de nos ressources sont capturées par les flottes lointaines, qui devraient payer plus pour leur accès.

Mais il est aussi nécessaire pour les membres de l'Union africaine d’être en mesure de garantir que les communautés locales de pêcheurs pratiquant la pêche artisanale auront un accès durable aux ressources.

Cela signifie que la protection de leurs droits d'accès doit être assurée, qu’un soutien adéquat leur soit offert, mais également que des limites doivent être introduites pour la pêche artisanale, de manière à ne pas faire obstacle à leurs perspectives de développement durable.

Tout cela nécessite des choix politiques difficiles. C'est en effet difficile de trouver un équilibre entre la maximisation des avantages liés à la présence des flottes étrangères et la garantie des moyens de subsistance pour les communautés côtières.

Q: Comment ces choix pourraient-ils être facilités par le NEPAD?

La promotion de la bonne gouvernance – en particulier la transparence dans la gestion des pêcheries et l'harmonisation des conditions d'accès au niveau régional – est essentielle. Dans ce domaine, nous pouvons certainement aussi partager des exemples de bonnes pratiques, tels que ceux énoncés dans la Convention sur les conditions minimales d'accès récemment ratifiée par la Commission sous régionale des pêches d’Afrique de l'Ouest.

Cela devrait également contribuer à éviter la duplication des efforts entre les différentes initiatives. Nous avons un mécanisme visant à garantir une cohérence au niveau africain en matière de pêche, afin de revoir et partager les informations existantes sur les différents programmes, les différentes initiatives et parties concernées. Un tel système de partage d'information contribuera à renforcer les canaux de communication sur les politiques de pêche et d'aquaculture et le dialogue stratégique en Afrique. Un autre élément important est le renforcement du suivi, contrôle et surveillance, ainsi que la lutte contre la pêche INN.

Enfin, concernant la création d'un environnement favorable pour la pêche artisanale africaine, je pense qu'il sera important de promouvoir la mise en œuvre des directives volontaires de la FAO pour une pêche artisanale durable (Voluntary Guidelines for Securing Sustainable Small-Scale Fisheries, VG SSF), qui seront présentées pour adoption lors du prochain Comité des pêches de la FAO en 2014.

Q: C’est un domaine où les organisations de la société civile africaine ont été particulièrement impliquées...

En effet, le NEPAD valorise grandement la participation des OSC, notamment dans le développement de la Stratégie de réforme de la pêche et de l'aquaculture africaine.

Pour y parvenir, le PAF a favorisé une approche participative en groupes de réflexion afin d'encourager la transparence et la participation des acteurs dans la constitution des avis. Des groupes ont été établis dans cinq domaines clés: la bonne gouvernance, le commerce et l’accès aux marchés, l'aquaculture, les finances et investissements, et la pêche illégale. Ces groupes s'inspirent d'expériences auprès des divers intervenants, y compris les communautés de pêche, l’industrie, les gouvernements, les experts, etc.

Des rencontres de ces groupes de réflexion ont eu lieu dans différents pays africains, y compris la Côte d'Ivoire et le Cameroun et, c’est sur base de leurs résultats que nous proposons un cadre pour une politique de pêche et une stratégie de réforme panafricaine.

Mais la participation des OSC africaines peut encore être améliorée. Personnellement, je pense que les OSC peuvent jouer un rôle important dans la promotion d'un alignement des politiques de pêche nationales et régionales avec les directives VG SSF de la FAO mentionnés précédemment.

Ce plaidoyer est également souhaitable, à mon avis, afin d’assurer une meilleure intégration de la pêche dans l'après-Rio +20, dans l’élaboration de lignes directrices sur le développement durable.

Un autre domaine où les OSC jouent – et continueront à jouer – un rôle important, c’est la promotion de la cohérence entre les politiques de pêche et les politiques de sécurité alimentaire, étant donné l'importance stratégique de la pêche et de l'aquaculture pour la sécurité alimentaire en Afrique.

Ceci transparaissait déjà en 2006, lors du sommet du NEPAD sur la sécurité alimentaire, où les chefs d’Etat de l’Union africaine se sont accordés pour que les produits de la pêche et de l'aquaculture soient considérés comme des produits stratégiques, comme le riz, le maïs et d’autres denrées alimentaires. Ce qui est aussi important, c’est que l’année prochaine – 2014 – sera l'année de l'Agriculture africaine, la sécurité alimentaire et la Nutrition.

Selon moi, cela peut fournir une occasion en or pour nous concentrer, lors de la prochaine CMAPA, sur les manières dont la pêche peut promouvoir davantage de moyens de subsistance et la sécurité alimentaire.

Q: comment la politique africaine commune future affectera les relations de pêche avec l'UE ?

Une des recommandations de la CMAPA, était l'élaboration d'une politique commune de la pêche pour l'Afrique. L'UE elle-même a une politique commune de la pêche et est donc bien consciente de l'importance de développer une politique commune dans ce domaine.

Pour nous, il y a encore un long chemin à parcourir, mais nous progressons vers cet objectif. Dans le cadre de ce processus, un dialogue devrait être établi avec les nations de pêche lointaine, notamment avec l'Union européenne.

L'architecture d'un tel dialogue existe : l'Union africaine et la Commission européenne se rencontrent régulièrement pour discuter de coopération. Car ce que nous souhaitons, c’est que nos relations futures de pêche avec l'Union européenne reposent sur la coopération et le partenariat. Et je suis convaincu que le processus d'élaboration de notre propre politique commune de la pêche va aider pour que cela devienne une réalité.

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