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Une interview avec Fernando Frutuoso de Melo, directeur général de la DG Développement et coopération de la Commission européenne.

29 juin 2014

M. Frutuoso a une longue expérience européenne, ayant occupé différents postes dans plusieurs institutions de l’UE. À partir de 1987, il a été directeur général adjoint de la DG Ressources humaines et Sécurité et directeur adjoint du Cabinet du président Barroso. Depuis le 1er novembre 2013, M. Frutuoso de Melo occupe le poste de Directeur général de la DG Développement et coopération – Europeaid (DEVCO).

Q. : Quelle est l’importance de la pêche dans la politique européenne de coopération et de développement ?

Nous pensons que la pêche a un rôle important à jouer car les produits de la pêche contribuent directement au régime alimentaire de nombreuses populations dans les pays en développement. D’après le dernier rapport de la FAO sur la situation mondiale des pêches et de l’aquaculture, la pêche représente également une source de revenus cruciale pour 12 % de la population mondiale – parmi lesquels de nombreuses femmes – d’où l’appui politique de la DG Coopération et développement de l’UE à une pêche et une aquaculture durables dans les pays en développement. Entre 2007 et 2013, quelques 185 M € ont été consacrés à la pêche, principalement à travers des programmes régionaux, comme dans le Pacifique et dans l’Océan indien.

Néanmoins, nous remarquons que, à quelques exceptions près (comme c’est le cas pour l’Algérie, le Mozambique, le Yémen), la pêche n’a pas été identifiée comme une priorité nationale pour la coopération et le développement, même dans les pays où ce secteur joue un rôle clé pour la sécurité alimentaire et la croissance économique.

Q. : Pourquoi, selon vous, en est-il ainsi ?

Malheureusement, il existe depuis longtemps une sorte de fossé entre les accords de pêche bilatéraux, qui étaient considérés comme le principal cadre de discussion sur la pêche, et la coopération et le développement, qui ont longtemps été axés sur l’agriculture plutôt que sur la pêche.

Mais, dans un sens, on avait peut-être raison d’axer la coopération et le développement sur la pêche au niveau régional – du fait que la priorité n’est pas assez mise sur la pêche au niveau national –, de nombreuses questions liées à la pêche (comme la gestion des ressources, le contrôle et la surveillance, la facilitation du commerce) étant de nature transfrontalière et, de fait, plus adaptées à une gestion régionale.

On peut également remarquer que de nombreux besoins (comme le renforcement institutionnel ou des capacités) exprimés par les autorités nationales ACP en charge des pêches ont été couverts par des programmes généraux comme le programme ACP Fish 2 ou le projet d’appui à la mise en œuvre de la règlementation INN, pour un total de 32 millions d’euros.

La pêche et l’aquaculture méritent une attention appropriée dans la préparation de la nouvelle programmation 2014-2020, et devraient être pleinement intégrées à l’action de l’UE pour réduire la pauvreté et assurer la sécurité nutritionnelle et alimentaire.

Q. : Comme  vous l’avez dit, les produits de la pêche sont une importante source de nourriture. Comment les actions dans le domaine de la pêche et de l’aquaculture peuvent-elles contribuer à atteindre les objectifs de la coopération et du développement de l’UE en termes de sécurité alimentaire ?

L’UE est le plus gros bailleur de fonds mondial pour la sécurité alimentaire, avec une moyenne de plus d’1,4 milliards d’euros consacrés chaque année à la sécurité alimentaire et nutritionnelle, l’agriculture durable et la pêche. Notre principal objectif dans ce domaine, d’ici 2015, est de diviser par deux le nombre de personnes souffrant de la faim – comme spécifié dans les Objectifs du millénaire pour le développement. Nous sommes également attentifs à la question de la nutrition maternelle et infantile. En 2012, le Commissaire Piebalgs s’est engagé à réduire le nombre des enfants souffrant d’un retard de croissance de 7 millions d’ici 2025. Le poisson, source de protéines, oligo-éléments et acides gras, est essentiel pour le régime alimentaire des populations vulnérables, femmes enceintes et enfants.

Nos actions consistent à promouvoir une production durable dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture, mais également à appuyer les chaînes de valeurs, en particulier afin de réduire les pertes post récolte et améliorer de façon générale la qualité des produits de la pêche, etc.

Nous souhaitons aussi aider les communautés de pêcheurs ACP à assurer leur implication dans les processus décisionnels, et sécuriser leur accès aux ressources halieutiques, dont ils dépendent pour leurs moyens d’existence.

Nous promouvons également cette approche au niveau international. Au cours des prochains mois, le Comité pour la sécurité alimentaire mondiale débattra du rôle de la pêche et de l’aquaculture durables pour la sécurité alimentaire, et il est attendu qu’il adopte des recommandations pour renforcer davantage la contribution de la pêche et de l’aquaculture à la sécurité alimentaire et nutritionnelle. DEVCO participera activement à ces discussions.

Q. : Au niveau international, la FAO propose également des directives volontaires pour garantir une pêche artisanale durable dans un contexte de sécurité alimentaire et de la lutte contre la pauvreté. Ces directives pourraient-elles devenir une référence pour l’Union européenne ?

La contribution de la pêche artisanale à la sécurité alimentaire et nutritionnelle est cruciale. Elle représente 90 % des personnes engagées dans les activités de pêche et produit 50 % du poisson pour la consommation humaine directe.

L’Union européenne apprécie pleinement le travail qui a été accompli par la FAO de proposition de directives volontaires sur la pêche artisanale. Ce texte, bien qu’il ne soit pas encore formellement adopté, sera un complément important au Code de conduite pour une pêche responsable. L’Union européenne, et DEVCO en particulier, va étudier comment contribuer à la mise en œuvre de ces directives à travers ses différents programmes régionaux et nationaux de coopération.

En parlant de notre travail au niveau de la FAO, une autre initiative que nous sommes particulièrement heureux de soutenir est le registre mondial des navires de pêche, qui attribue un numéro d’identification unique (unique vessel identifier ou UVI) à chaque navire de pêche, et fournira des informations sur l’identité des navires de pêche, leurs histoire et les activités de pêche mises en œuvre. Cet outil sera important pour améliorer la gouvernance mondiale du secteur de la pêche.

Q. : Le secteur de la pêche a été identifié comme particulièrement important dans les rapports successifs sur la cohérence des politiques pour le développement (CPD). Selon vous, en quoi la réforme de la politique commune de la pêche (PCP) a-t-elle amélioré la cohérence ?

Le traité sur la CPD concerne toutes les politiques ; il ne s’attache pas seulement à la cohérence entre les politiques de pêche et de développement.

Afin de garantir que l’action globale de l’UE contribue réellement au développement durable des pêches et de l’aquaculture dans les pays partenaires, le plus important est de promouvoir la complémentarité entre les politiques de pêches, les politiques commerciales, la sécurité des denrées alimentaires et les normes, etc.

Concernant la réforme de la PCP à proprement parler, je dirais que, traditionnellement, les accords de pêche ont souvent été considérés comme les ennemis de la politique de coopération et de développement. Cette vision change actuellement, grâce à la façon dont la dimension extérieure de la PCP a été réformée.

Tout d’abord, la dimension extérieure de la PCP est devenue partie intégrante de la PCP, ce qui signifie que l’UE suivra les mêmes principes de durabilité pour ses politiques de pêche intérieure et extérieure ; l’UE a désormais une obligation de promouvoir la durabilité au niveau international.

Afin de rendre cet engagement en matière de durabilité plus visible, de promouvoir la durabilité au niveau international, les Accords de partenariat en matière de pêche (APP) sont remplacés par des Accords de partenariat pour une pêche durable (APPD). Les APPD doivent garantir que l’accès aux pêches des pays tiers se fasse sur la base d’avis scientifiques solides et que les flottes de l’UE ne ciblent que l’excédent de ressources halieutiques que les pays tiers ne peuvent eux-mêmes pêcher.

Il importe également de considérer que notre approche de la coopération et du développement va au-delà de ce qui est réalisé via les projets – nous cherchons comment nous pouvons aider à créer de la croissance économique, y compris dans le domaine de la pêche et de l’aquaculture.

Voici quelques temps, un ministre d’un pays tiers a dit à l’UE : « S’il vous plait, cessez de parler de lutte contre la pauvreté. Aidez-nous à créer de la croissance économique, aidez-nous à créer des emplois pour notre peuple – c’est ce que nous voulons. »

Dans ce sens, l’implication du secteur privé – qui connaît les implications des différentes politiques dans le secteur et investit dans les pays tiers - est cruciale et peut aider, d’une façon très concrète, à améliorer la complémentarité de nos actions, en veillant à ce qu’elles parviennent au développement de pêches durables.

Dans le secteur de la pêche, les entreprises de l’UE peuvent avoir un impact positif sur le développement de la pêche locale ; par exemple en aidant nos pays partenaires à accroître leurs capacités à pêcher de façon durable et à exporter vers l’UE, en conformité avec les normes de l’UE, c’est-à-dire en répondant aux besoins des marchés européens.

Dans la pratique, la réforme de la PCP signifie également que l’aide financière apportée par les APPD sera cohérente avec les projets de coopération et de développement mis en œuvre dans les pays tiers en question.

Q. : Cette cohérence entre l’aide financière apportée dans le cadre des APPD et celle de la coopération et du développement a été accentuée récemment, lorsque le Sénégal a paraphé un APPD avec l’UE…

En effet, à travers cette approche, le Sénégal devrait pouvoir appuyer le développement durable de son secteur, en mettant en œuvre un programme régional au niveau national. Cela signifie en fait qu’il y aura des fonds additionnels pour le secteur de la pêche sénégalais, outre ce qui est d’ores et déjà entendu dans le programme indicatif national - il ne s’agit pas de détourner de l’argent vers le secteur de la pêche. Cela devrait renforcer le partenariat.

Il s’agira pour les pays de faire appel directement aux fonds régionaux pour appuyer le développement du secteur local et des communautés de pêcheurs à travers le 11e FED.

Q. : Dans la pratique, comment la DG Développement et la DG Pêche collaborent-elles désormais pour améliorer la CPD ?

La DG Mare et la DG DEVCO renforcent leur coopération à travers une meilleure communication et coordination. La coopération s’étend depuis le niveau opérationnel jusqu’aux directeurs généraux eux-mêmes.

Le mois dernier, par exemple, le directeur général de la DG Mare, Lowry Evans, a représenté à la fois la DG Mare et DEVCO à la seconde Conférence des ministres africains des pêches et de l’aquaculture, s’adressant d’une seule voix à nos partenaires africains.

La DG DEVCO et la DG Mare travaillent désormais ensemble au quotidien : la DG DEVCO a maintenant un responsable des politiques qui suit les questions relatives à la pêche et à l’aquaculture. Les collègues travaillant dans les directions géographiques et dans les délégations de l’UE sont tous engagés dans les évaluations des APP et dans la mise en œuvre de la réglementation INN.

De l’autre côté, la DG Mare a été consultée dans l’exercice de programmation 2014-2020. Les programmes DEVCO relatifs aux pêches bénéficient de l’expertise de la DG Mare ; les deux DG se coordonnent avec d’autres DG, comme la DG Commerce, à travers les groupes interservices qui visent à assurer la cohérence et l’efficacité de notre action extérieure en matière de pêches dans les différents océans et régions. Les choses sont vraiment en train de changer…

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