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Comment tirer le plus grand profit des produits agricoles de base

26 mai 2013

Après le rapport de la CNUCED sur les produits de base et le développement qui critiquait les gouvernements qui n’avaient pas réussi « à tirer le plus grand profit des produits de base » en négligeant les politiques visant à maximiser les liens sectoriels (voir article Agritrade « Les changements sur les marchés des produits de base auront des effets à long terme sur les prix », à venir 2013), la Commission économique des NU pour l’Afrique (CEA) a consacré son rapport économique annuel 2013 à la présentation de ses perspectives pour l’avenir. Elle voit un rôle fort pour les gouvernements et pour les politiques interventionnistes. Le chapitre sur les denrées agricoles, par exemple, affirme que « des politiques interventionnistes de l’État sont essentielles pour tirer le plus grand profit des matières premières agricoles ». Citant les exemples de l’Indonésie, de la Malaisie et du Brésil, le rapport considère que « les restrictions à l’exportation [sont] importantes pour augmenter le contenu en valeur ajoutée des produits exportés ».

Le rapport comporte des éléments de preuve issus de sept études de cas de pays d’Afrique subsaharienne, Afrique du Sud, Cameroun, Éthiopie, Ghana, Kenya, Nigeria et Zambie, les études de cas agricoles étant consacrées au cacao, au café, au thé et aux produits agricoles (essentiellement les produits horticoles frais).

Le rapport reconnaît pleinement le potentiel de développement de l’agriculture, affirmant par exemple que « la transformation agricole est l’un des secteurs industriels les plus développés d’Afrique ». Tout en reconnaissant qu’il « n’existe pas d’approche politique “passe-partout” pour une industrialisation fondée sur les produits de base », aussi bien dans ses recommandations politiques que dans l’analyse des études de cas, le rapport met l’accent sur le rôle que les gouvernements devraient jouer pour maximiser l’impact de la production et de l’exportation des produits de base en termes de développement. Cela recouvre plusieurs rôles indiscutables, tels que la création de « mécanismes institutionnels inclusifs et transparents de politique institutionnelle », « la stimulation des compétences et des techniques locales » et la prise en compte des « contraintes et des goulets d’étranglement en matière d’infrastructure ». Cependant, certaines recommandations sont plus controversées, comme élaborer « une politique de contenu local orientée convenablement » (pour laquelle le rapport affirme que les règles de l’OMC « offrent une marge de manœuvre juridique (...) et [que] un grand nombre de pays trouvent des mécanismes véritables pour faire avancer et soutenir des politiques de contenu local »).

Le rapport estime que les gouvernements devraient « mettre en œuvre des mesures stratégiques pour donner aux entreprises locales les moyens de s’insérer dans les chaînes de valeur régionales ». Cette dernière recommandation découle d’un élément clé de la méthodologie de recherche du rapport, qui a mis l’accent sur la place des entreprises africaines dans les chaînes de valeur mondiales. Il montre, par exemple en ce qui concerne l’industrie horticole kényane et l’industrie du cacao ghanéenne, comment une relation de confiance au sein d’une chaîne de valeur mondiale peut aider les entreprises africaines à se moderniser et à s’accaparer une part plus importante de la valeur finale des produits fabriqués à partir de leurs matières premières. Cependant, il est noté que cela prend un temps considérable et exige un soutien public approprié.

Le rapport compare favorablement, par exemple, l’expérience du secteur du cacao du Ghana avec celle du Cameroun. Il souligne que, « contrairement à de nombreux autres pays producteurs, le Ghana n’a pas démantelé son office de commercialisation du cacao (…) [et] tout en permettant aux acheteurs privés et agréés de contrôler le marché national, le gouvernement ghanéen continue de contrôler les exportations et, surtout, le classement et l’assurance qualité ». Il explique la croissance récente du secteur et ses primes sur les prix partiellement par ces caractéristiques. En revanche, il constate l’absence de telles caractéristiques dans l’expérience peu concluante du Cameroun « pour promouvoir la transformation locale » et une base plus bénéfique pour l’intégration dans des chaînes de valeur agricoles mondiales. 

Commentaire éditorial

L’utilisation par la CEA de la méthodologie des chaînes de valeur mondiales offre un moyen utile pour identifier comment l’Afrique pourrait mieux tirer parti de ses ressources naturelles pour éviter la « malédiction des ressources » et au contraire utiliser les recettes du commerce pour soutenir un développement durable. L’approche de la chaîne de valeur mondiale met l’accent sur les facteurs qui déterminent la répartition de la valeur finale d’un bien entre les nombreux éléments de la filière allant « de la ferme à l’assiette ». Les mots clés sont « relations de pouvoir », « confiance », « hiérarchies » et « entreprises leaders ». Fondamentalement, l’approche fait valoir que le retour financier pour les producteurs primaires est déterminé par « ce qu’ils peuvent négocier » avec les entreprises leaders dans une chaîne de valeur mondiale qui est elle-même fortement influencée par ce qu’ils peuvent offrir. Les gouvernements peuvent faire beaucoup pour augmenter le pouvoir de négociation de leurs entreprises. Certaines leçons utiles peuvent être tirées de la politique de l’UE en matière de renforcement du fonctionnement des chaînes d’approvisionnement.

Toutefois, la manière dont les politiques sont mises en œuvre revêt également une importance cruciale. Comme le souligne le rapport de la CEA, il y a eu des exemples de politiques interventionnistes couronnées de succès – mais il y a eu aussi de nombreux échecs.

Le rapport de la CEA montre clairement les possibilités et les dangers liés au commerce régional. Il note les difficultés que de nombreux producteurs éprouvent pour pénétrer les chaînes de valeur mondiales en restant rentables, étant donné les normes de qualité et d’approvisionnement extrêmement exigeantes appliquées par les acheteurs de l’OCDE. Il suggère que les marchés régionaux pourraient offrir une première expérience « par la pratique » de l’exportation vers les marchés mondiaux. Toutefois, il fait état de la concurrence extrarégionale croissante sur les marchés régionaux. Le rapport mentionne également le rôle précurseur des supermarchés sud-africains dans l’approvisionnement local à mesure qu’ils se multiplient à travers le continent, et dit espérer que cela encouragera les supermarchés européens (avec leurs propres chaînes d’approvisionnement établies) à leur emboîter le pas et à s’approvisionner davantage au niveau local. Ici encore la politique gouvernementale pourrait jouer un rôle en exigeant que les nouveaux investisseurs dans la vente de détail, en tant que partie intégrante des accords de licence, ouvrent des dialogues avec les producteurs locaux sur les normes et les exigences en matière de produits (voir article Agritrade « Appel à une meilleure information sur les plans des détaillants afin de stimuler le développement du secteur », à venir 2013).  

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