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Les changements sur les marchés des produits de base auront des effets à long terme sur les prix

18 mai 2013

Une analyse solide et approfondie de l’évolution des marchés des produits de base publiée par le Secrétariat de la CNUCED en mars a conclu, entre autres, qu’ont eu lieu « des changements structurels tant du côté de la demande que de l’offre sur les marchés des produits de base qui sont susceptibles d’avoir un effet à long terme sur les prix. » La documentation fournie par la CNUCED dans le cadre du Forum mondial sur les produits de base 2013 en mars dernier reprend des données plus complètes sur les résultats récents relatifs aux marchés des produits de base.

Certains des facteurs identifiés dans le Rapport sur les produits de base comme contribuant au changement structurel sont relativement incontestables. Parmi ceux-ci figurent la forte croissance gourmande en ressources des plus grands pays en développement, la tendance en faveur des biocarburants et « l’influence croissante des normes dans de nombreuses filières de produits qui », selon le rapport, « désavantagent les petits producteurs et renforcent le pouvoir des principales multinationales ». Si l’existence de plusieurs autres facteurs identifiés est plutôt largement acceptée, leur importance relative reste controversée. Ils incluent ce que le rapport appelle « l’asymétrie grandissante entre une plus grande concentration du pouvoir de l’acheteur et une diminution du pouvoir des producteurs de nombreux produits agricoles de base » ainsi que les changements en termes de stratégies commerciales.

Le rapport conclut que, malgré la récente flambée des prix mondiaux, il subsiste un « problème des produits de base », même si la définition d’aujourd’hui est quelque peu modifiée. L’objectif général du rapport est de « réexaminer les politiques » à la lumière des leçons tirées du « boom des produits de base de 2003-2008 » et d’expliquer la persistance, malgré ces hausses des prix, des « sempiternels problèmes rencontrés par les économies productrices de produits de base ».

Les échecs essuyés par plusieurs pays en développement tributaires des produits de base (PDTPB) ne sont pas minimisés. Plusieurs d’entre eux ne sont pas parvenus à « tirer le meilleur parti des produits de base » en refusant d’adopter des politiques qui auraient permis d’exploiter au maximum les liens sectoriels, éventuellement parce qu’ils étaient influencés par l’idée traditionnelle que les termes des échanges avec les fabricants risquaient de se détériorer avec le temps. Singulièrement, toujours selon le rapport, les PDTPB doivent « améliorer la compétitivité de leurs secteurs de produits de base traditionnels » ainsi qu’encourager une plus grande diversification et prendre des mesures pour atténuer les chocs à court terme.

Le rapport note que, par le passé, les PDTPB de l’Asie de l’Est et du Sud-Est « ont réinvesti les bénéfices tirés de leurs exportations de pétrole ou de produits agricoles dans des produits industriels et infrastructurels » pour soutenir la diversification de l’économie. Plus récemment, les PDTPB ont utilisé leurs bénéfices pendant le boom des produits de base pour « rembourser leur dette extérieure, établir des fonds souverains (…) et constituer leurs réserves de change ».

Des solutions potentielles aux « problèmes liés aux produits de base » sont proposées à plusieurs niveaux. Parmi les plus controversées, il y a celles liées à l’analyse de la contribution des marchés financiers aux booms des produits de base. Le rapport avance l’argument qu’il existe « un consensus selon lequel l’influence excessive du négoce à des fins financières et non commerciales sur les marchés des produits de base doit être limitée ». Le rapport invite les membres du G77 à s’impliquer davantage dans l’élaboration de politiques internationales visant à limiter la spéculation financière sur les marchés des produits de base. À l’échelle nationale et régionale, il encourage les pays pauvres à « mettre en place une certaine forme de réserve alimentaire ». 

Commentaire éditorial

Le réinvestissement des revenus des produits de base dans le développement économique au sens large est un défi de taille pour de nombreux pays ACP. D’anciennes recommandations politiques restent valables encore aujourd’hui : les gouvernements des économies essentiellement agricoles négligeant leurs secteurs ruraux réduisent à néant leurs propres efforts de développement ; l’agriculture doit devenir compétitive (et si elle le devient en encourageant la production des petits exploitants, c’est d’autant mieux).

Si le fonctionnement des marchés mondiaux pour certains produits de base a changé, alors les prescriptions politiques requises doivent également évoluer. La mesure dans laquelle les secousses sur les marchés mondiaux de ces dernières années représentent un changement structurel plutôt que cyclique reste controversée, et il en va de même pour l’importance relative des différents facteurs structurels.

Le rapport sur les produits de base de la CNUCED ne sera pas le dernier en la matière, mais il contribue de manière significative au débat. L’analyse de la présumée financiarisation des marchés (en vertu de laquelle les investisseurs n'ayant aucun intérêt pour les biens physiques jouent un rôle croissant dans les récents booms) est particulièrement controversée. Quoi qu’il en soit, si l’analyse détaillée du rapport de la CNUCED ne sera pas acceptée par tous, elle place, au minimum, la barre un peu plus haut, en exigeant que les critiques qui cherchent à minimiser l’importance de la financiarisation et donc la nécessité d’initiatives politiques à ce sujet avancent enfin des preuves solides.  

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