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Politique commune de la pêche des Caraïbes : renforcer la résilience des écosystèmes et soutenir les moyens d'existence

17 septembre 2012

Une entrevue avec M. Milton Haughton à la FAO 30th session du Comité des pêches

M. Milton Haughton est le directeur exécutif du Mécanisme régional des  Pêches des Caraïbes (CRFM). Il a travaillé pour le CRFM depuis plus de 20 ans. Les membres du CRFM sont les États membres du CARICOM (Communauté des Caraïbes).

Q : La Communauté des Caraïbes a développé une politique commune de la pêche. Quelles ont été les principales motivations pour développer une telle politique ?

Le processus en vue d’établir une politique commune de la pêche (PCP) pour la région du CARICOM a commencé en 2003 et a mené à l'approbation de la PCP par les ministres de la pêche en 2011 – les textes sont maintenant en train d'être signé par les chefs d'États. Le processus a été long, et cela a été un processus très participatif.

Afin de comprendre nos motivations, nous devons d'abord considérer que certaines de nos ressources sont hautement migratoires ou partagées entre pays voisins et sont exploitées par les pays de la région et par des pays tiers – ces éléments appellent une politique régionale pour gérer nos pêcheries.

Nous devons également prendre en compte le fait que les pays du CARICOM ont créé un marché unique, dont une politique commerciale commune, qui régit les importations et les exportations de poissons.

Je dirais que les principaux objectifs de la PCP sont à la fois de gérer nos ressources de pêche de façon durable, en tenant compte de nos engagements internationaux pour une pêche durable – comme les décisions prises lors du SMDD (Sommet mondial sur le développement durable), en 2002, à Johannesbourg – ainsi que de contribuer à l'intégration des pêches dans l'économie et le marché unique des Caraïbes, dans le but ultime d'améliorer le bien-être de la population des Caraïbes, notamment ceux qui vivent de la pêche.

Q : Au cours de cette réunion du Comité des pêches de la FAO, une question sur laquelle plusieurs régions, y compris les Caraïbes, ont insisté, c’est la nécessité d'atténuer les impacts du changement climatique sur les pêcheries et l'importance de développer des réponses régionales pour cela...

Effectivement, le changement climatique est une des grandes questions auxquelles la région des Caraïbes doit faire face. Ses manifestations – élévation du niveau de la mer, blanchissement du corail, augmentation de l’intensité des ouragans – affectent les habitats marins, les populations côtières et la pêche dans son ensemble. Ici aussi, notre PCP a un rôle à jouer. En encourageant une gestion durable et la conservation des écosystèmes, elle contribue au renforcement de la résilience de ces écosystèmes au changement climatique. En outre, ce processus régional nous permet de coopérer et d'aborder ensemble les impacts du changement climatique, notamment sur le secteur de la pêche.

Par exemple, des actions de coopération ont été mises en place en cas de catastrophes, comme les ouragans: les habitants des zones côtières ont été informés de ce qu’ils doivent faire et où ils doivent aller dans une telle éventualité. Cette coopération a déjà montré des résultats: personne, dans les Caraïbes, n’a été blessé lors de l'ouragan Katrina, contrairement à ce qui est arrivé aux États-Unis. La raison était que nous étions bien préparés, au niveau régional, pour cette catastrophe.

Q : Vous avez mentionné que le développement de la PCP a été un processus participatif. Comment la participation des parties prenantes a été organisée ?

Le secteur de la pêche emploie plus de 180 000 personnes dans la région du CARICOM. Environ 99 % d'entre eux travaillent dans le secteur artisanal, vivent dans des collectivités rurales éloignées, avec très peu de moyens alternatifs pour leur subsistance. Le poisson, qu'ils capturent est la principale source de protéines pour ces collectivités. Pour nous, il est stratégique de s'assurer que ces personnes participent à l'élaboration de la PCP dès le début.

La première chose à faire, c’était de les aider à s’organiser. En 2004, une étude, appuyée par le CTA, a permis d’identifier les forces et les faiblesses des organisations de pêcheurs et leurs besoins organisationnels et a formulé des recommandations pour les aborder.

Cela a servi comme base pour la mise en place du réseau des organisations de pêcheurs des Caraïbes (CNFO), un réseau des organisations de pêcheurs au sein des états membres. Une des difficultés importantes identifiées pour assurer la participation de ces acteurs dans le développement de la PCP a été l'accès insuffisant à l'information pertinente et la capacité limitée des organisations existantes de communiquer et de développer des positions communes au niveau des Caraïbes. Le CNFO contribue à résoudre ces problèmes.

Q : Mis à part le secteur de la pêche locale, il y aussi des flottes de pêche lointaine actives dans la région des Caraïbes, y compris d’origine européenne. Comment gérez-vous les accès par ces flottes ?

Les flottes de pêche lointaine sont principalement composées de chalutiers ciblant les espèces de haute mer, les crevettes, les homards, et sont originaires du Japon, de Corée, etc.. Il y a aussi des intérêts espagnols dans la pêche au thon. Ces navires étrangers opèrent principalement dans le cadre de sociétés mixtes. Ce qui est notable au cours des dernières années, c’est le développement des opérations de sociétés mixtes inter-régionales.

Nous avons une expérience positive des sociétés mixtes de pêche, et nous voulons les encourager à l'avenir, car elles donnent des bons résultats en termes de création d'emplois et d'investissements à terre. Egalement, elles sont enregistrées comme entreprises locales et paient donc leurs impôts, contribuant ainsi à l'ensemble de l'économie.

Ces sociétés mixtes nous aident à fournir des produits sur les marchés régionaux, mais aussi internationaux. Le principal marché international demeure le marché américain, mais pour les espèces à haute valeur, le marché de l'UE se développe également.

Pour assurer la durabilité de ces opérations, des évaluations de stocks sont entreprises une fois par an, donnant lieu à des recommandations scientifiques, qui sont la base, pour les gestionnaires des pêches, pour contrôler le nombre de permis de pêche alloués.

Q : Une question souvent soulevée concerne la façon dont certains États des Caraïbes gèrent leur flotte en agissant comme pavillons de complaisance...

Les pays du CARICOM – Belize, St Vincent et les Grenadines, Trinité et Tobago – ont fourni des pavillons de complaisance pour les bateaux de pêche étrangers afin d’exploiter les possibilités de pêche en haute mer, et cela a mené à diverses difficultés pour correctement suivre et contrôler ces flottes. Mais je dois dire qu'il y a eu des changements au cours des dernières années, et ces pays voient plus en plus l'avantage économique qu’il y a mieux contrôler les navires battant leur pavillon.

Sur ce sujet, je tiens à souligner le rôle positif joué par la réglementation européenne pour lutter contre la pêche INN. Les pays du CARICOM ont un grand intérêt pour les effets qu'a de ce règlement sur l'exportation de nos produits de la pêche vers les pays de l'UE, mais aussi vers les territoires européens d’Outre-mer: la Martinique et la Guadeloupe. Les exigences de traçabilité pour se conformer à la réglementation de l'UE sur la pêche INN signifie qu'une meilleure surveillance et contrôle des activités de nos flottes a été nécessaire.

Q : Les Caraïbes ont été la première région à signer un APE avec l'UE en 2008. La pêche bénéficie-t-elle de cet accord ?

Globalement, c'est un accord mutuellement satisfaisant, bien que nous ne sommes pas entièrement satisfaits des règles d'origine, que nous estimons devoir peut être être revues. Le CARIFORUM a fait une déclaration unilatérale, attachée à l’APE signé, sur la nécessité de considérer comme originaires le poisson pêché dans notre ZEE. En ce sens, je comprends la position du groupe du Pacifique et leur demande concernant l'assouplissement des règles d'origine.

Mais ce qui très positif, c’est l'aide financière du Fonds européen de développement, qui nous aidera à éliminer les obstacles potentiels pour la pêche commerciale, notamment au niveau des exigences sanitaires et phytosanitaires (SPS) et à améliorer nos exportations de poisson vers l'UE.

Le projet que nous avons maintenant pour améliorer les conditions SPS dans le cadre de l'APE est très important pour la région, et conduira sans aucun doute à des améliorations générales, à la différence du projet précédent, le projet SPS ACP, qui, je dois dire, a été un désastre complet. Il a été centralement administré de Bruxelles; le processus de mise en œuvre était opaque et confus et il n'y n'avait aucune présence dans les régions concernées. En outre, l'ensemble du projet était à mettre en œuvre au niveau bilatéral. Nous avions proposé un plan régional pour les Caraïbes, spécifiant clairement quelle mesures devaient être prises, mais ils ne voulaient pas d’une approche régionale. À la fin du projet, il n'y n'avait aucun avantage pour notre région. Heureusement, le nouveau projet SPS dans le cadre de l'APE s'appliquera au niveau régional plutôt qu'au niveau bilatéral, et il y a aussi des améliorations notables dans la façon dont le projet est articulé avec les organes régionaux de pêche existants.

Q : Mis à part le cadre de l'APE, vous aussi avez une coopération bilatérale avec les États membres européens sur la pêche ?

L'Espagne est un partenaire important pour la coopération dans le domaine de la pêche. Ils ont récemment soutenu une étude visant à trouver les causes de la pauvreté dans les communautés de pêcheurs. Cette étude est intégrée à un atelier régional, avec tous les intervenants du secteur, qui se tiendra en décembre 2012, et qui examinera le projet zéro des lignes directrices de la FAO pour une pêche à petite échelle durable. Ce processus permettra également d'identifier la façon dont nos communautés de pêcheurs bénéficieront de notre politique commune de la pêche.

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