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Le processus d'évaluation du MSC : un repère pour évaluer les progrès vers la durabilité

16 mai 2012

Une entrevue avec Dr Oluyemisi Oloruntuyi

Dr Oluyemisi Oloruntuyi est la directrice du Programme pêches des pays en développement du Marine Stewardship Council (MSC). Actuellement, près de 250 pêcheries sont entrées dans le processus de certification du MSC, et, au niveau mondial, près de 6% du poisson sauvage capturé est certifié par le MSC.

Q : Quels sont les principaux défis auxquels doivent faire face les pêcheries des pays en développement qui souhaitent entreprendre la certification MSC ?

Pour la pêche des pays en voie de développement, obtenir la certification MSC peut être complexe pour un certain nombre de raisons. Il s’agit de la carence en matière de données, de l’appui inadéquat des institutions existantes pour progresser vers une pêche durable (ce qui aboutit souvent à une mauvaise gouvernance des pêches) et une connaissance limitée du système de certification MSC et de la manière dont il fonctionne. Un élément qui a été particulièrement important pour aider les pays en développement à s'engager dans la certification MSC a été le développement de partenariats visant à améliorer la capacité des acteurs impliqués dans les activités de pêche et à leur fournir les ressources pour apporter les améliorations nécessaires au niveau de la pêcherie afin de satisfaire aux normes de certification MSC.

Nous avons eu à développer des outils appropriés pour nous assurer que, malgré toutes ces contraintes, les pêcheries des pays en développement puissent être certifiées MSC si elles sont durables.

Q : De quelle manière le Programme pêches des pays en développement du MSC fait face aux contraintes clés comme la disponibilité limitée de données sur les pêches ?

Au MSC, nous avons développé une approche basée sur l’évaluation des risques qui peut être utilisée dans le cas des pêcheries pauvres en données. Notre méthodologie d’évaluation des pêcheries inclut un cadre basé sur le risque, qui peut être utilisé pour évaluer les pêcheries pauvres en données par rapport aux standards MSC.Cette méthodologie permet aux certificateurs de mesurer des aspects liés à la pêche en termes d'échelle et d'intensité de l'exploitation, de productivité des espèces, etc. Cela afin de déterminer les risques concernant la pêcherie évaluée et de mesurer, en utilisant l'approche de précaution, les impacts de cette pêche, et quels scores elle obtient par rapport à des normes spécifiques du MSC. Un aspect important pour assurer que cette approche fournisse une évaluation crédible, c’est d'avoir un apport solide des intervenants de la pêcherie concernée, particulièrement les petits pêcheurs.

Q : une critique souvent entendue concernant le MSC, c'est qu'il n'est pas accessible à la pêche à petite échelle. Le MSC compte-t-il régler ce problème par l'adoption de cette nouvelle approche?

En effet, le développement de cette approche axée sur l’évaluation des risques a été déclenché par notre engagement à fournir à la pêche à petite échelle pour lesquelles il y a des données des pêches insuffisantes la possibilité d'être certifiées par le MSC, et cette nouvelle approche est actuellement utilisée pour évaluer plusieurs pêcheries à petite échelle dans les pays en développement, comme dans le cas de la pêcherie de homards de Si’an Ka’an et Banco Chincorro (Mexique). Dans d’autres cas, comme la pêche de sole en Gambie et de la pêche de poulpe à Madagascar, la pré-certification est utilisée comme base pour développer un processus permettant de répondre à certains enjeux identifiés. Comme je l'ai dit, de telles initiatives impliquent souvent des partenariats permettant d’amener les améliorations nécessaires pour permettre à la pêche de s'embarquer dans un processus d'évaluation complet. En bref, le processus d'évaluation du MSC donne des points de repère pour les partenaires qui veulent être capables de visualiser les progrès engrangés par une pêcherie vers la durabilité.

Q : Où en est-on en ce qui concerne l'évaluation par le MSC de la pêche de sole en Gambie ?

Ces deux dernières années, l’Agence pour le Développement de la pêche artisanale en Gambie (GAMFIDA) a travaillé avec le gouvernement de la Gambie, WWF et d'autres partenaires, y compris le principal exportateur de soles de Gambie, avec le soutien financier de l'USAID, pour élaborer un plan de cogestion de la pêcherie de sole, afin d'aider à obtenir la certification MSC. C'est une pêche pour laquelle les pêcheurs artisans utilisent des filets maillants de fond à bord de leurs pirogues motorisées.

Un enjeu qui a été identifié au cours de ce processus a été la nécessité de mettre en place des structures de cogestion plus claires, afin de permettre aux pêcheurs de pouvoir participer activement à la gestion de leur pêcherie. Par conséquent, des comités de cogestion ont été mis en place au niveau des sites de débarquement, composés de pêcheurs élus par leurs collègues, ainsi que d'un Comité national de cogestion.

L'autre enjeu important qui a été identifié, c’était le manque de données scientifiques sur l'état des ressources, bien que les pêcheurs aient des quantités importantes de connaissances locales sur cette pêche. Le processus d'évaluation du MSC a aidé à identifier les priorités de recherche et à développer la base de collecte d'informations scientifiques. Par exemple, les pêcheurs remplissent maintenant des registres de captures, fournissant ainsi des données sur les prises bien utiles pour les évaluations de stocks.

Le processus d'évaluation du MSC a aussi donné naissance à de nouvelles mesures de gestion, telles que des fermetures spatio-temporelles: la pêche à la sole est maintenant arrêtée une partie de l'année dans une zone protégée proche du littoral, permettant à la sole de se reproduire.

Q : Ces efforts de la part des pêcheurs se traduiront-ils en meilleurs prix et revenus plus élevés pour eux ?

Ce qui est sûr est que la certification MSC de la pêcherie de sole ouvrira de nouveaux marchés pour eux, étant donné que certaines entreprises, notamment en Europe, achètent maintenant seulement des produits MSC. Déjà, ces efforts visant à obtenir la certification MSC ont été remarqués par une chaîne de supermarchés allemande, Kaufland, qui s'est déjà engagé à promouvoir ces efforts grâce à une campagne auprès de leurs clients. Cette campagne consistait à réaliser une donation à l'initiative gambienne pour aider à établir des installations sanitaires dans les sites de débarquement en Gambie, ce qui contribuera à améliorer la qualité du poisson destiné à l'exportation. Ce détaillant espère, si la pêche devient certifiée, pouvoir offrir la sole de Gambie certifiée MSC dans ses magasins.

Q : Qu'en est-il la certification de certaines autres pêcheries à petite échelle à l'aide sélective engins, tels que la pêche du poulpe à petite échelle la Mauritanie ? Pourquoi n'est-il pas possible pour eux d'obtenir la certification ?

Parfois, la difficulté, c’est qu’il existe des problèmes avec l’état général du stock. Si ces stocks sont ciblés par tant des opérateurs industriels que des artisans, les pêcheurs artisans ne peuvent pas, seuls, assurer la durabilité du stock. Cela reste un défi et demande que toutes les parties prenantes de la pêcherie travaillent ensemble. Une chose, c’est de clarifier que le standard MSC ne détermine pas la répartition des droits d'accès aux utilisateurs. Cependant, pour être certifié, une des demandes à rencontrer, c’est que le système de gestion doit contenir un mécanisme pour assurer que les droits de ceux qui dépendent de la pêche pour leur subsistance soient respectés. 

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